Heywood, p
quelque chose au vide de la captivité. Quant aux premières, .elles méritent plus d'attention, car elles expriment la pensée intime d'Elisabeth sur les grands et sur les classes inférieures. On y trouve en germe son système de gouvernement. Reine, elle taillera des éclaircies parmi ces chênes, dont la personnalité dominatrice absorbe la lumière et la rosée céleste ; elle fera plus belle au soleil la place des arbrisseaux, des tamaris et des ronces. En d'autres termes, abaisser l'aristocratie, prendre son appui sur les communes et le peuple ; telle sera la règle de conduite, qu'elle méditait peut-être déjà sous les ombrages de Woodstock, tandis que le pas mesuré de son gardien Tenchainait à la dure réalité du présent *.
Elle lisait les Livres saints. La bibliothèque Bodléienne d'Oxford possède encore son exemplaire des Epîtres de saint Paul. La couverture est ornée de devises qu'elle broda de sa main *. Sur une page, elle traça en latin les réflexions que l'Apôtre lui inspirait. On remarquera que sa manière de dire est identique dans les lignes qui lui appartiennent incontestablement, et dans les citations faites par Heywood ; « Aotii. — Je me promène souvent
1. Miss Agnès Sirickland admet qu'Elisabeth avait reçu la permission de se livrer au plaisir de la chasse dans le parc de Woodstock et s'appuie sur les papiers de Bedingfeld. A la vérité^ nous y trouvons une lettre de la reine au gouverneur, en date du 7 juillet 1554, Tautorisant : !• à s'absenter du château quand il le jugera à propos, & condition de laisser lin de ses frères à sa place et de rentrer pour la nuit; 2* à chass^er la perdrix et le lièvre, au faucon et au chien, dans le manoir de Woodstock et les fonds y attenant. (Bedingf, Pap , p. 197.) Pas un mot ne concerne Elisabeth directement ni indirectement. C'est une faveur personnelle et spéciale à Bedingfeld. On lui accorde un peu de récréation.
2. Thomas Warton en a donné la description suivante dans sa Vie de sir Thomas Pope y 1780, p. 74 : La couverture porte d'un côté sur le bord : Cœlum patria, Scopus vitx XPVS. Christo vive, — Au milieu, un cœur, «t à l'entour : Eletm cor sursum ubi E. C, (est Christus). De l'autre côté de la couverture, au bord : Beatus qui diviiias Scripturx legeits verba veriit in opéra. Au milieu, une étoile, et à l'entour : Vicit omnia pertinax virtusE, C, (Elisabethae captivœ). Les trois premières devises sont purement religieuses : Jésus, le but de la vie. Élever nos cœurs vers le Christ. Mettre en pratique les paroles de l'Écriture. Il n'en est pas de même de la quatrième, où le naturel reprend le dessus et lance un défi : « L'opmiàtre ▼ertu d'Elisabeth prisonnière triomphe de tout. »
dans les agréables campagnes des saintes Écritures ; là , je recueille les herbes excellentes des sentences ; je les émonde ; je les mange en lisant ; je les rumine en méditant ; je les dépose enfin au siège éminent de la mémoire, où je les rassemble. Ainsi, ayant goûté leur douceur, je ressens d*autant moins les amertumes de cette misérable vie *. »
Quelques vers écrits au charbon sur un volet sont d'une allure plus franche. C'est le cai*actère, et non Tédification évangélique qui les a dictés. Elle adresse des reproches à la Fortune : « Fortune, comme tes incertitudes sans trêve accablent de soucis mon esprit troublé I Témoin cette prison, où le destin m'a conduite, et les joies que j'ai dû quitter. C'est toi qui délivres les coupables des liens dont on charge les innocents. Par toi, tel se voit resserré étroitement qui était sans reproche ; et la liberté est pour ceux qui méritaient la mort. Mais leur haine sera impuissante. Puisse Dieu envoyer à mes ennemis ce qu'ils ont machiné contre moi ! Signé : Elisabeth, prisonnière 2. » Or ces ennemis contre lesquels éclataient ainsi ses imprécations et ses menaces, ce n'était rien moins que les membres du Conseil privé.