‹ La jeunesse d'Elisabeth d'AngleterreChapitre 88 sur 133 · PROJET DE MARIER ELISABETH AVEC LE DUC DE SAVOIE · texte numérisé non relu

PROJET DE MARIER ELISABETH AVEC LE DUC DE SAVOIE

Tels sont les fails de Thistoire intérieure de la captivité d'Elisabeth à Woodstock. Il faut maintenant en suivre Thistoire extérieure, en nous transportant à la cour. Là, on délibérait sans fin sur la prisonnière, et Ton ne s'arrêtait à aucun parti. On renonçait aux grandes rigueurs, puisqu'il ne se trouvait pas de preuves positives contre elle ; et l'on cherchait quel moyen de la mettre en liberté, avec sûreté pour sa sœur : autre problème dont la solution n'était pas facile à trouver.

Nous avons vu que Marie avait conçu la pensée de l'expatrier aux Pays-Bas, sous l'œil de la reine de Hongrie. Pour mieux la river au continent, on songeait toujours à un mariage, et l'on revint à l'idée du jeune duc de Savoie. L'Empereur l'avait repoussée d'abord, au printemps de 1554; mais bientôt il l'avait trouvée beaucoup plus acceptable, dès qu'il avait entrevu la possibilité que le prince de Piémont dirigeât ses vues vers Marguerite de France, sœur de Henri II *.

1. n est à remarquer que ce mariage, qui fut inséré en effet dans le traité de Cateau-Cambrésis en 1559, fut proposé par Gardiner dès l'automne de 1554, lorsque Marie songeait à une médiation entre TEmpereur et le

Alors, au moment où Elisabeth allait sortir de la Tour, il avait fait partir Jean de Corrières, seigneur de Montmorency, pour la persuader à son passage à Richmond ; et Noailles, prompt à contrecarrer de tels desseins, avait aposté au même endroit son agent, ce porteur de pommes dont il a été parlé. Toutefois les Impériaux ajournèrent leur négociation *. Il entrait aussi dans leurs plans de marier le fils du comte d'Arundel avec une fille de la duchesse de Lorraine, douairière de Milan *. Ils comptaient de cette manière rompre à l'intérieur du royaume et les intrigues du comte d'Arundel pour son fils, et la tenace ambition des amis de Courlenay, qui rêvaient pour lui quand même un retour de faveur et la main d'Elisabeth '. Noailles était de ceux-là, et, pour s'entretenir en espérance, il se faisait une philosophie de l'histoire d'Angleterre ; comment le naturel des Anglais était d'aimer la mutation et nouveauté; et que de tout temps celluy qui a esté le plus foible et chassé de ce pays a souvenues fois par ce peuple esté remis avec bien peu d'ayde et de secours de testrangter et mesmes des François *. Ce qui se peut espérer de Courtenay et de Madame Elisabeth *.

Dès qu'il avait eu venl du projet concernant le duc de Savoie,

roi de France. Noailles, Mémoires envoyés au roy, le 18 novembre 1554. Vertot, t. IV, p. 11.

1. Noailles : Suite de la relation de ce qui se passe au Parlement... 17 avril 1554. Vertot, t. III, p. 166, 167. Lettre au roi, 19 mai. /cf., ibid., p. 226 : « Vous verrez par là, sire, comme ledict Empereur a converty la maulvoise pensée qu'il avoit contre ladicte dame Elizabeth, à en faire ung instrument pour s'ossurer que caste couronne ne lui eschappe, advenant que ladicte royne n'ayt enfans. » Lettre au roi, 24 mai. Id., ibid , p. 236, 237.

2. Advis envoyez au roy le 19 may 1554 (par Noailles). Archiv. aff. étr.y Angleterre, 1553-1556, t. I et II, p. 343.

3. Renard à Charles-Quint, 23 novembre 1554. Papiers <fÉtat de Granvelle, t. IV, p. 341.

4. Par exemple, lorsque le comte de Richmond, réfugié en France, était parti d*Harfleur avec deux mille hommes, avait renversé Richard III, terminé la guerre civile des deux Roses en 1485, et fondé la dynastie des Tudors sous le nom de Henri VII.

5. Noailles au Connétable, 10 août 1554. Archiv, aff. étr,, Anglet., 1553- 1556, t. I et II, p. 467.

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l'ambassadeur français était venu en aide à la répugnance présumée certaine d'Elisabeth pour un arrangement qui devait l'expatrier, et auquel il était évident qu'elle ne se soumettrait que par contrainte.

11 pratiqua, raconte-t-il, un très-proche parent de la jeune princesse du côté de sa mère, pour lui faire entendre dextrement le tort qu'elle se ferait d'épouser un prince déshérité et dont l'Empereur ne voulait que forger un instrument pour lui ôter le droit qu'elle pouvait espérer à la couronne d'Angleterre. Cela n'empêchait pas l'ambassadeur français de craindre que, pour recouvrer sa liberté, elle n'y consentît, tant elle était maltraitée *. Les Impériaux n'ignoraient, pas plus que lui, les dispositions de la recluse à la résistance. Ils avaient néanmoins la confiance qu'ils les surmonteraient et qu'elle plierait sous l'autorité de la reine par amour ou par force *. Ni les uns ni les autres ne connaissaient encore Elisabeth.

Se laisser transplanter de son île natale sur le continent, pour y subir l'exil, perdre son indépendance personnelle, peut-être la succession au trône I Gomment acquiescer ? Et comment résister? Mais elle savait combien sa sœur était tendre à la religion ou à l'apparence de la religion. Est-ce dans cette vue, et afin de mieux tenir pied d'un côté en cédant de l'autre, qu'elle en vint à un redoublement de ferveur catholique et qu'elle fît sa communion solennelle du 26 août ' ? Toujours est-il que Marie se sentit inclinée de plus en plus vers la mansuétude. Mais restait la difficulté de la résolution à prendre.

\. Noailles au roi, Londres, 26 juin 1554. Vertot, t. III, p. 262, 263. Ces mots se rapportent aux premiers temps de Woodstock, rigoureux en effet.

2. « Quant à ladicte Elizabetz, il ne sera facile Tinduire a mariaige estrangier, et néantmoins il sera nécessaire achever avec elle selon Tadvis de Votre Majesté. » Renard à Charles-Quint, 23 novembre 1554. Papiers cTÉtat de Granvelle, t IV, p. 341. Advis envoyez au Roy (par Noailles), 19 mai 1554. Archiv. aff. éir., Anglet., 1553-1556, t. I et II, p. 343. Les mots : par amour ou par force^ sont dans la correspondance de Noailles.

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