V. plus haut, p. 256, et note
3. Mémoire de Renard à Philippe, février 1555. Papiers (TEtat de Granvelle, t. IV, p. 395, 396, 397, 398. Quand Renard rédigea ce Mémoire, Philippe avait rintention de repasser sur le continent, où le rappelait la
L'influence du roi, en même temps que la recrudescence de . piété chez Elisabeth, concourut donc à Tapaisement ; il y a plus : quelques historiens affirment que la réconciliation se serait opérée dès ce même automne, dans une entrevue privée des deux sœurs à Hampton Court, et que peu après elle aurait été scellée publiquement par un second voyage d'Elisabeth à la cour, lors des fêtes de Noël (1554). Marie donna un éclat particulier à ces fêtes, en réjouissance de son inariage et de la réunion du royaume au Saint-Siège. Là, dans le palais de Wîiitehall, Elisabeth aurait occupé sa place d'héritière de la couronne, soit à la même table que la souveraine lors du banquet de cérémonie, soit au grand tournoi qui eut lieu cinq jours après; puis elle aurait été réintégrée pour quelques mois encore à Woodstock. Edouard Gourtenay lui-même, tiré de Fotheringay pour la circonstance, aurait joui également d'un accueil conforme à son rang. Nous ne voyons pas, il faut le dire, sur quelles autorités s'appuie ce récit *. Les contemporains, soit les Anglais, soit les
guerre contre Henri II. Bien que cet écrit soit postérieur de deux ou trois mois à Tépoque qui nous occupe, nous nous en servons ici, parce que son contenu concorde avec ce qui a précédé et donne la clef de la conduite du roi envers Elisabeth à la fin de Tannée 1554.
1. Miss Agnès Siricklaud, Mary, p. 629, 630; Elizabeth, p. 107-110. Cette anecdote nous paraît avoir été mise en circulation par Th. Warton dans sa Vie de sir Thomas Pope^ p. 89 (1780), et par John Nichols {Voyages et Fêtes de la reine Elisabeth : Pi^ogi'esses and public processions of gueen Elizabethf 1788-1823, t. I, p. 18). Ils renvoient à la Chronique manuscrite (Bibl. Cottonienne, Vitellius, F, 5) connue aujourd'hui sous le nom de Journal de Machin [Machin's Diary). Nous avons examiné attentivement le manuscrit original et reconnu qu'il ne contient pas un mot de ce double voyage d'Elisabeth à la cour. Il est évident aussi que le manuscrit, trèscomplet en cet endroit, ne présente pas de lacune. Malgré l'autorité de ces écrivains et malgré la confiance que nous inspire miss Agnès Stricklaud, nous croyons qu'elle est dans l'erreur. Foxe ne parle pas de cet événement. En fait de voyages d'Elisabeth à Hampton Court, il ne raconte que celui qui mit fin à sa prison de Woodstock en avril 1555. Holinshed, Stow, Heywood n'en disent absolument rien. Aucune mention non plus de la présence d'Elisabeth aux fêtes de Noël 1554, ni dans la correspondance de Renard {Papiers d'État de Granvelle), ni dans la correspondance de Noailles. Ce dernier parle uniquement du voyage près de la reine que fit Elisabeth, délivrée de prison, en 1555 {Ârchiv, aff". étr,). Enfin on trouve
trois ambassadeurs, français, impérial et vénitien, gardent le silence. Le ton de leur correspondance et différentes choses ultérieures y contredisent. Nous ne suivrons donc pas sur ce terrain hasardeux Tauteur brillant des Biographies des reines d'Angleterre.
Une pléiade de personnages fameux entouraient Philippe et ornaient la cour d'Angleterre : le duc d'Albe, Ruy Gomez, les comtes d*Egmont et de Homes, bientôt le prince d'Orange, le duc de Savoie, Emmanuel-Philibert, ministres ou capitaines, qu'attendaient, dans un avenir prochain, de brillants triomphes ou de lamentables catastrophes par la main du maître dont ils servaient alors la grandeur. Le duc de Savoie, prétendant en titre d'Elisabeth, voulut paraître avec un éclat digne d'une si haute ambi-
ce passage décisif dans des AdviSj à la suite d'une lettre de Noailles au roi, en date du 26 décembre 1554 : « Le roy et la royne, à ce que l'on dict, doibvent bientost faire venir vers eulx Madame Élizabeth et Courtenay, pour incontinent les mettre en liberté après, à la requeste dudit seigneur roy. » (Vertot, t. IV, p. 82.) Ainsi ni Elisabeth ni Courtenay n'étaient & Londres, à la cour, en décembre 1554. Les lettres de Giovanni Michieli au doge de Venise, Venii^ri, donnent une indication indirecte dans le même sens. Il y est fait mention, le 8 avril 1555, du pardon accordé à Courtenay et du pardon prochain d'Elisabeth, « Tune et l'autre grâce, d'autant plus agréables à ce royaume qu'elles étaient moins attendues, car ou n'y croyait pas devoir compter avant les couches de la reine. » Si Elisabeth avait fait ces deux apparitions, la seconde si honorée à la cour, comment Sa Grâce, au mois d'avril suivant, aurait-elle étonné si fort le public? — Nous nous servons pour ces lettres vénitiennes, qui vont du 12 juin 1554 au 26 janvier 1556 (7) : 1» de l'édition donnée par M. Paul Friodmann (Venise, 1869), qui parvint à deviner le chiffre usité dans cette correspondance; 2> des rectifications et additions de M. Luigi Pasini (Venise, 1869), qui retrouva aux Archives de la République la clef originale du chiffre. Sur Tannée 1554, il n'y a que trois lettres sans intérêt en ce qui est de notre sujet. Les mesures prises par la reine dès le mois d'octobre pour le logement du duc de Savoie à Londres dans la maison d'Elisabeth, et la correspondance de Noailles nous fourniront encore d'autres preuves qu'Elisabeth n'était pas à Londres en ce mois de décembre. Carte, au siècle dernier, en 1752 {A gênerai history of England), savait ce qu'on a méconnu depuis, lorsqu'il dit que « le duc de Savoie, venu un peu avant les fêtes de Noël, avait été flatté de l'espoir d'épouser Elisabeth. Mais sans doute elle déclina la proposition : aussi ne la fit-on pas venir à la cour; et le duc s'en retourna bientôt après les fêtes. » (T. III,
lion. Malgré la pauvreté qui retarda son départ, il emmena une suite de cinquante gentilshommes de marque, avec un train de deux cents chevaux '. Mais, sur cette fin de décembre, la mauvaise saison ne Tépargna pas à la traversée du détroit; il resta malade à Douvres, tandis que, par tous ces délais, les provisions disposées le long de la route de la capitale pour lui et ses gens se gâtaient '. Le roi et la reine, qui Tattendaient impatiemment, Thonorèrent d'une hospitalité magnifique à Londres (27 décembre). Il fut logé dans l'ancien palais du duc de Somerset, sur le Strand, palais qui avait été précédemment assigné à Elisabeth pour sa résidence d'apparat en ville, mais que la captivité de Woodstock faisait considérer comme actuellement disponible '. S'il n'arriva pas à temps pour le jour de Noël, il assista du moins à une partie des fêtes, aux joutes, aux jeux de cannes, dans lesquels les seigneurs, le roi le premier, firent briller leur force et leur adresse. Sur ces entrefaites, vint la nouvelle que les Français en Piémont avaient surpris la ville dlvrée, une des dernières et des meilleures d'Emmanuel-Philibert. Il ne put pas s'empêcher de faire une amère comparaison entre les amusements de Londres et les sérieux accidents dltalie *. Ses espé-
1. Calendar foreigtif 1553-1558, p. 146. Thomas Stukeley à sir Thomas Cheney, Calais, 20 décembre 1554.
2. Noailles au roi, 26 décembre 1554. Vertot, t. IV, p. 81. NoaiUes à ; d'Oysel, 21 décembre 1554. Archiv, aff. éL, Anglet, 1553-1556, t. I et II,
3. Noailles au roi, 9 décembre 1554. Vertot, t. IV, p. 36. «... Le prince de Piedmond est icy attendu dans quatre jours, luy ayant préparé le
I logeis du feu duc de Sommerset, qui mainctenant estoit à Madame Eliza-
I beth, sœur de ceste royne. » D une part ce langage, et d'autre part cet
I emploi fait par la reine d'un palais assigné à sa sœur indiquent claire-
! ment qu'Elisabeth n'était pas alors à Londres. Une lettre de Francis
Yaxley à sir R. Cecil, datée de la cour, le 12 octobre 1534, nous apprend que, la veille, l'ambassadeur de Savoie était allé visiter la maison de lady Elisabeth sur le Strand, et qu'ordre avait été donné de la mettre en état pour le duc son maître. Ellis, Original letters^ 3* série, t. III, p. 314.
4. Noailles au roi, 2 janvier 1554 (5). Vertot, t. IV, p. 96, 97. Miss Agnès I Strickland {Mary, p. 637) semble placer au 9 janvier 1555 l'arrivée du
duc à la cour. Mais le langage de Noailles, le 2 janvier, prouve qu'il y I était dès lors. Holinshed (p. 1126) et Stow (p. 624) indiquent formelle-
rances d'alliance avec la maison des Tudors parurent aussi s'évanouir comme un mirage. Le bruit courut seulement que le roi et la reine devaient bientôt faire venir Elisabeth et Gourtenay, pour les mettre incontinent en liberté *. On prétendit ensuite que l'opposition du chancelier faisait ajourner ce retour jusqu'après la séparation du Parlement, qui était en session depuis le 11 novembre et y resta jusqu'au 16 janvier 1555 '. D'un ajournement à l'autre, on alla jusqu'au mois d'avril. Quant à Emmanuel-Philibert, les déconvenues ne lui manquaient pas. Outre qu'il se heurtait à la détermination arrêtée d'Elisabeth de se soustraire à ce mariage, il rencontra aussi un refus de l'Empereur quand il lui demanda le généralat et le gouvernement de la Lombardie '.
Sans doute on craignait de le placer sur un terrain où ses intérêts particuliers comme duc de Savoie auraient pu primer ou balancer dans sa conduite les vues de l'Empereur ; et puis, Nice et Villefranche, seuls débris qu'il conservât de ses Etats, souriaient à la convoitise de ses patrons. Philippe avait dessein d'en exiger la cession pure et simple, si le mariage avec Elisabeth s'accomplissait *, Toute la munificence du roi se réduisit à une
ment le 27 décembre 1534. Le prince d'Orange arriva le 9 janvier 1553 et fat reçu avec le même cérémonial.
1. Noailles au roi, 26 décembre i554. Vertot, t. IV, p. 82. Noailles ne manque pas d'attribuer cette conduite du roi à l'intention de s'en prévaloir près d'Elisabeth, « s'il advenoit fortune de la royne sa femme, comme beaucoup de gens craignent, ne se pouvant délivrer de sa grossesse. » Cette opinion, quoique non fondée, ne tarda pas à se répandre.
2. Noailles au roi, Avis, 2 janvier 1554 (5) : « On dict que Madame Élixabeth et Courtenay ne seront mandez venir vers ceste royne, jusque après la termination de ce Parlement, et ce, par l'oppinion de Tevesque de Winchester, qui a eu commandement de ce faire. » Vertot, t. IV, p. 101 . Les indications données par l'ambassadeur français les 26 décembre 1554 et 2 janvier 1555 démontrent encore surabondamment qu'ÉUsabeth n'était pas présente à la cour pendant les fêtes de Noôl et les joutes.
3. Sa lettre à Charles-Quint, Bruxelles, décembre 1554. Papiers d'État de Granvelle, t. IV, p. 349. Calendar foreigrij 1553-1558 ; sir John Masone au Conseil, 22 février 1554 (5).
4. C'est ce que prouve un Mémoire de Granvelle pour le cas du mariage entre Emmanuel-Philibert et Elisabeth d*Angleterre, sans date (1555), en
pension de dix mille écus assignée sur Milan et d'un recouvrement très-incertain >.Ge n'était pas même l'équivalent des douze mille écus de revenu qu'il venait de perdre avec Ivrée, pendant les réjouissances de Londres.. Il quitta cette ville le 28 janvier (1555) et repassa le détroit, fort peu satisfait d'un voyage entrepris sous des auspices si flatteurs. Les diplomates français, qui n'étaient pas sans avoir affermi de leur mieux les virginales résolutions d'Elisabeth, riaient entre eux de la déconvenue du prince '.
espagnol. Papiers d'État, t. IV, p. 512 : « Qae Madame Elisabeth étant, comme elle est, déclarée héritière de la couronne par le Parlement d'Angleterre, la reine Marie étant sans enfants et consentant à ce qu'elle épouse le duc (de Savoie}, le mariage consommé : le duc, dans le cas où il en aurait un fils ou une fille, remettrait au roi d'Espagne les citadelles de Nice et de Villafranca, pour sûreté que le duc ou ses enfants parvenant au royaume (d'Angleterre), le comté de Nice, le port et la ville de Villafranca avec ses dépendances appartiendraient au roi (d'Espagne) sans autre compensation... » L'éminent éditeur des Papiers d'Etat a fait une erreur dans l'analyse de ce document, en supposant qu'il s'agit du cas où le duc ou ses enfants rentreraient en possession des Etats de Savoie, tandis qu*il s'agit d'avènement au royaume par droit de succession d'Elisabeth, conséquemment du royaume d'Angleterre.
1. Aduis envoyez à la royne régente d'Ecosse (par Noailles) , 8 fé^ vrier J55i (5). Arch. ajf. étr., Anglet., 1553-1556, t. I et II, p. 684. Charles- Quint lui donna une sorte de dédommagement en le nommant lieutenant des Pays-Bas en l'absence du roi, avec un riche traitement, 27 octobre 1555. Calend. for., 1553-1558, p. 194.
2. Le protonotaire de Noailles au Connétable, 4 février 1554 (5). Il lui parle d'une dépêche égarée où il lui disait « que parmy ce peuple ou faisoit bruict du mariaige de monsieur de Savoy e et de Madame Elizabeth, mais que je vous asseurois pour le dire où il appartiendroit, qu'il m^ s'en feroit rien. »> Vertot, t. IV, p. 172, 173. On voit combien peu M. Fronde est dans le vrai quand il prétend que ce mariage fit long feu (had hung fire)f à cause de l'invincible éloignement de Marie à pardonner ou à se reconnaître en quoi que ce fût envers sa sœur (t. VI, p. 354). Il est entendu, pour rhistorien anglais, que, des deux sœurs, Marie est la seule susceptible de se donner des torts à l'égard de l'autre, et il en inscrit libéralement à son compte.