COURT
Cependant le roi, en quête de la bienveillance publique, étendait sa protection par delà Elisabeth, sur les restes de la faction de Wyatt, détenus à la Tour depuis un an. Il décida Marie à leur ouvrir les portes de leur prison (18 janvier 1555) ; parmi eux étaient Harrington et Tremayne, officiers de la maison d'Elisabeth, les trois Dudley, fils du duc de Northumberland, James Grofl, Nicolas Throgmorton, gardé sous clef malgré le verdict du jury qui l'avait absous. On leur dit qu'ils étaient pardonnes, à la requête de TEmpereur, par le roi son fils *. Telle était la politique à laquelle une sage appréciation des circonstances avait amené Charles-Quint. Tout récemment, dans une conversation avec l'ambassadeur de Marie, sir John Masone, il avait exprimé la conviction que le roi saurait mettre dans sa conduite tant de douceur *, que nul parmi les gens de bien n'aurait sujet d'être mécontent que Dieu eût permis sa venue dans le royaume.
1. Noailles au roi, 20 janvier 1554 (5). Vertot, t. IV, p. 146, 147. Lingard, Hist, (TAngUt. Strype, t. III, p. 208.
2. Ce mot est en français dans le texte anglais, comme la propre parole de TEmpereur.
Ensuite il avait discouru longuement sur la différence qu'il y a entre gouverner avec rigueur et sévérité, et gouverner de telle sorte que prince et sujets se peuvent s'entre-entendre et s^entreaimer *. On a peine à imaginer que cela ait pu se dire avec vérité du futur Philippe II.
Le roi ne se laissa pas détourner de cette voie de douceur par un complot qui fut dénoncé au mois de février (1555). Des gentilshommes du Hampshire, de Cambridge et du Suffolk avaient résolu de proclamer roi Edouard Gourtenay, d'enlever Elisabeth de Woodstock, de les marier ensemble et de rétablir la religion réformée *. Cette affaire, étouffée promptement, n'eut pas de suite, soit qu'elle fût sans gravité, soit que le chancelier continuât de couvrir Courtenay, ou que des personnages trop considérables fussent compromis '. Courtenay, pour sortir de Fotheringay, avait choisi un moyen plus sûr. Au mois de février 1555, il sollicita l'intercession de celui dont il avait été le rival. Un ami porta en son nom au roi une lettre, où il le priait de lui obtenir de la reine la même grâce qu'il avait procurée à d'autres. La missive était en anglais. Le roi ne savait pas cette langue. Avec son caractère circonspect, il demanda une autre lettre en français ou en latin, afin de se dispenser d'interprète et de n'avoir pas besoin de rien confier à un tiers. Il était d'ailleurs tout prêt, ajoutait-il, à user à son égard de la même bonne volonté qu'envers tous ceux qui avaient eu recours à lui. Ce fut donc en français que Courtenay le supplia très-humblement de se faire son protecteur et de l'accepter à son service. Le porteur de la lettre redoutait que la découverte du complot ne refroidit pour longtemps les dispositions favorables du prince * ; il n'en fut rien.
1. Également en français dans le texte. Sir John Masone au CionseU, 25 décembre 1554. Tytler, England under..,, t. II, p. 465.
2. Renard à Charles-Quint , sans date (février 1555). Papiers d'État de Granvelle, t. IV, p. 402, 403. Strype, III, p. 211. Giov. Michieli, 26 mars 1555, édit. Friedmann, p. 19.
3. Renard à Charles-Quint, sans date (fin mars 1555). Papiers cfEtat de Granvelle, t. IV, p. 423.
4. Cette curieuse négociation se trouve dans la correspondance véni-
Edouard Gourtenay fut délivré de sa prison au commencement d'avril. Admis le 8 du même mois à baiser la main du roi et de la reine, à Hampton Court *, il partit le 28 pour les Pays-Bas ', précédé de lettres royales très-favorables. Philippe prescrivit même au duc d'Albe, sll se trouvait encore à Bruxelles lors de l'arrivée du jeune homme, de le présenter en personne à l'Empereur et de lui faire tout Thonneur possible ', genre de courtoisie que le sceptique Noailles appelait Véclairer d'aussi près que s'il eût été encore en captivité *, Au fond, le roi désirait qu'il fût absent d'Angleterre au moment des couches de la reine, de peur de quelque mouvement populaire en sa faveur, si Marne venait à succomber ^. Charles-Quint témoigna une gracieuse bienveillance à Courtenay. Mais on lui fit attendre plus de cinq mois la permission d'aller étudier en Italie. Marie, en l'accordant, manifesta le désir qu'avant ce lointain voyage il revint la voir. Philippe, alors à Bruxelles, sans doute peu satisfait de tant d'indulgence, ne prit pas bien la demande d'Edouard Courtenay de repasser d'abord en Angleterre ; il se chargea un peu brusquement de l'excuser auprès de la reine. Alors Edouard se dirigea à petites journées vers l'Italie, en prenant par l'Allemagne, novembre 1555 *.
11 était naturel que sa sortie de prison fît espérer la même grâce pour Elisabeth. Effectivement l'une suivit l'autre de près. On persistait dans l'intention de dépayser cette princesse et de la confiner dans les Pays-Bas sous la surveillance de l'Empereur et de la reine de Hongrie. Au mois de février, alors que le partienne. Giov. Michieli au doge de Venise, 16 mars 1555. — Déchiffrement Friedmann, p. 20, 21. Renard à Charles-Quint (février 1555). Papiers d^Etat de Granvelle, t. IV, p. 405.
1. Giov. Michieli au doge, 8 avril 1555. Friedmann, p. 27. — Strype, III, p. 212.
2. Mémoires et Instructions du sieur de La Marque allant vers M. le Connestahle, 7 mai 1555. Arch, aff. étr., Anglet., 1553-1556, t. I et II, p. 827.