Calendar domestic, 1547-1580, p. 71, n
don de Courtenay se négociait déjà, la reine députa près d'elle lord John Williams de Tame i, pour la porter à exprimer ellemême le souhait d'aller en Flandre. Mais, soit mécontentement qu'on eût restreint la facilité de ses communications avec la captive, soit tout autre motif, il revint en disant qu'il n'avait pas osé lui en parler. On sut pourtant qu'ils avaient eu des entretiens secrets, et l'on en inféra que, docile aux instigations de William Howard et des autres parents des Boleyn, il avait dû la mettre au courant de quelque conspiration et d'intrigues ourdies pour elle. Les plus emportés parlèrent de le mettre à la Tour, pour avoir amsi abusé le roi, la reine et le Conseil, et de le confronter avec Elisabeth 2. Toutefois on s'apaisa, sans
1. Au moins nous pensons que ce ne peut être que lui, ce lord que Renard désigne sous le nom de milord Willaume {Papie7's d'Etat ^ t. IV, p. 404), et Noailles sous celui de milord Jehan Wilhem {Archiv. aff. étr.). Renard le représente comme très-affectionné à Elisabeth, et nous savons en effet quelle honorable hospitalité lord John Williams de Tame avait donnée à cette dernière pendant son voyage de la Tour à Woodstock. M. Fronde, t. IV, p. 329 et 356, croit que c'est lord William Howard, amiral d'Angleterre. Mais il n'a pas connu la dépêche de Noailles conservée aux Archives du ministère des affaires étrangères, où se trouve le prénom de Jehan, qui appartenait à lord Williams et que lord William Howard ne portait pas. De plus, il ne prend pas garde que la dépêche de Renard, à laquelle il renvoie, devient inintelligible dans le passage suivant, si c'est William Howard qui a été envoyé : « et y a grande persuasion et conjecture qu'il (milord Willaume) y ait traicté avec elle (Elisabeth) plusieurs conspirations, qu'il l'ayt avertie des emprinses, du temps, du joiu* et que ce qu'il a faict soit esté par le conseil de l'amiral et aultres parens de ladicte Elisabetz. » Si l'envoyé s'est conduit d'après les conseils de l'amiral,, il n'était donc pas l'amiral lui-même. Foxe (t. VIII, p. 619) mentionne un projet de John Williams, lord de Tame, d'obtenir la translation d'Elisabeth de Woodstock dans sa propre maison, du consentement donné par la reine, et du contre-ordre qu'elle signifia brusquement, quand tout était prêt. Nous supposerions que cette circonstance se rattache au voyage de lord John Williams à Woodstock et au mécontentement qui s'ensuivit à la cour.
2. Renard à Charles-Quint, sans date (février 1555) ; Papiers cCEtat de Granvelle, t. IV, p. 404, 405. Noailles (lettre au connétable, 10 mars 1555) parle de ce voyage de lord Williams. Archiv. aff, étr.^ Anglet., 1553-1556, p. 711. Mais, ne connaissant pas le fond de l'affaire, il se trompe sur le motif qu'il attribue à Philippe : u qui me faict croire que ledit sieur Roy a mauvaise espérance du fruict de ladite dame (la reine), comme (j') ay
doute par le crédit des Howard. On comprenait aussi que le moment était passé d'expatrier la princesse par un coup d'autorité. Voilà comment on en vint peu à peu à l'idée de la remettre en liberté, avec TAngleterre pour résidence.
Ce fut à la fin d'avril 1555 que Woodstock rendit enfin sa proie. Le 17, la reine, par un ordre daté de Hampton Court, où elle s'était transportée depuis peu *, pour y attendre ses couches, prescrivit à Bedingfeld de lui amener lady Elisabeth dans cette résidence aussi promptement que faire se pourrait, avec ses serviteurs et la garde accoutumée *. Au moment de quitter la prison qu'elle avait tenue onze mois, Elisabeth prit plaisir à fixer par une raillerie le sens de cette époque de sa vie. Avec un diamant, elle traça sur une vitre le distique fameux : « Beaucoup de soupçons contre moi ; — rien de prouvé ; — voilà ce que dit Elisabeth prisonnière '. » En effet, c'est bien en cela que consista son innocence, selon l'acception étroite et la plus judaïque du mot.
Son voyage dura quatre jours. Le troisième jour fut marqué par l'empressement de ses gentilshommes et de ses tenanciers, dont soixante accoururent à Colnebrook, avides de revoir leur maîtresse, après avoir tremblé de si longs mois pour sa vie. Mais Bedingfeld les somma de par la reine d'avoir à se retirer, et il ne souffrit auprès d'elle que l'huissier, les trois femmes de chambre, deux valets et un officier de la garde-robe, c'est-àdire à peu près le personnel de Woodstock *. La raideur de ces
escript au Roy (Henri II), voulant luy la (Elisabeth) gratiffier devant qu'il se puisse descouvrir de ce qu*il crainct advenir de sa femme. »