‹ La jeunesse d'Ernest RenanChapitre 29 sur 64 · Lagrange, t. I, p · texte numérisé non relu

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ses actions suprémes. Un anthrax s’était declare dans la région lombaire ; il avait fallu pratiquer une large incision qui mettait le patient dans Vimpossipilité dé s’adosser et le forcait de se tenir assis sur le bord de son lit, soutenu par deux valets de chambre. Chateaubriand, dans son portrait merveilleux, mais inique, ou se déchainent les ressentiments de la personnalité blessée, a tiré d’étincelants effets de style du spectacle de ce prince « aux trois quarts pourri, une ouverture gangréneuse au coté ». Pour “nous, a qui la faiblesse du talent conseillerait de ne pas chercher les effets, quand méme le godt du naturel et du vrai ne nous en détournerait point, nous ne pouvons nous empécher de trouver bien forte l'image de ce mourant qui, au, terme d’une carriére publique de soixante ans, sans cesse livrée 4 la tempéte des révolutions, et ou il a su, par le mélange de la supériorité avec la légéreté de l’esprit, réunir les plus brillantes facilités de la vie, assiste et prend part dans une situation pareille 4 ces débats au sujet d’une décision qu’on attend de lui et qui va faire parler toute l'Europe *.

1. Chateaubriand, rapprochant la séance de l Institut et la mort, écrit : « Malgré tant de spectacles dont nos yeux ont été rassasiés, on a fait la haie pour voir sortir le grand homme ; ensuite il est venu mourir chez lui, comme Dioclétien, en se montrant a l’univers », La séance académique eut lieu le 3 mars et la mort est du 17 mai. Sans vouloir diminuer la grandeur d’un grand poéte, ni la magnificence un peu africaine de ces pages célébres sur Talleyrand, il sera permis de remarquer a ce propos que les poétes qui savent atteindre

Car il y eut débat et, de sa part, sous des formes courtoises et nuancées, mais nettes et fermes, défense jusqu’au bout. Il ne refusait pas, mais il posait des délais. L’abbé Dupanloup, toutes précautions oratoires négligées maintenant, et avec lentiere chaleur d’un zéle « dont il n’est plus maitre », l’'adjure de faire ce qu’il faut pour son salut, et tout d’abord, de signer la déclaration. Les instants sont comptes. Le malade acquiesce gracieusement, mais il veut encore examiner la chose avec madame de Dino. « C’est sa maniére », dit-on autour de lui pour se rassurer. Au fond, avoue l’abbé Lagrange, « on était loin d’étre tranquille ». Cependant, Paris averti arrive, les salons se remplissent et, sous les dehors du silence et du respect 4 peu prés observés, les visiteurs sont divisés en deux camps, selon leurs espérances contraires. L’abbé Dupanloup expédie

Ala beauté sans forcer la réalité sont d’une race supérieure et plus pure. Si défendu que ftit Sainte-Beuve contre les prestiges de Chateaubriand, son étude semble avoir été influencée par la version morale furieuse de celui-ci. De plus, Sainte-Beuve s’est beaucoup appuyé sur l’article de la Biographie Universelle de Michaut (ancienne édition) qui est un véritable pamphlet, trés remarquable d’ailleurs, et plein de précieuses données de premiére main. Dans la nouvelle édition publiée sous le second Empire, cet article a été condamné, comme passionnément partial, et remplacé par un autre qui, je crois, blanchit: un peu trop le personnage privé. Il sera bon de lire les deux. Pour nous, notre tendance n’est pas du tout de peindre Talleyrand en noir. L’histoire juge un homme sur la facon dont il a fait son métier public. Ce n’est pas en ce moment de la vie nationale que nous pouvons étre trés curieux des cétés faibles d’un homme qui a supérieurement servi, dans les négociations les plus difficiles, les intéréts de la France,

des émissaires 4 l’Archevéché pour y entretenir la confiance, tandis que l’Archevéché le presse d’agir et de terminer. Enfin, il use du grand moyen : Pauline. Et le miracle que les autres n’avaient pu qu’espérer, la touchante enfant l’accomplit. Elle obtient de son oncle, non pas la signature encore (c’ett été bien impulsif !), mais la promesse de la signature pour le lendemain entre cing et six heures du matin. Il est huit heures du soir. A onze heures, alerte; ,

on croit qu’il va passer, Pauline retourne vers lui,

les papiers et la plume 4 la main. « Je t’ai dit entre cing et six heures, chére enfant, je te le promets encore. » A l’heure dite, il signait en présence de cing témoins, parmi lesquels M. Royer-Collard, qui faisait ses réflexions. Il lui restait exactement neuf heures et demie 4 vivre.

« Je ne me suis jamais pressé, je suis toujours arrivé 4 temps », avait-il coutume de dire, sil faut en croire une tradition. Il arrivait 4 temps. L’attente du dernier moment pour faire quelque chose qui ne fait pas entiérement plaisir est une méthode dont les avantages, comme les risques, tiennent a ce qu’on ne sait pas ce qui peut arriver. Mais quand le dernier moment qu’il s’agit de ne point’ devancer, sans pourtant en étre surpris, est celui de Vexistence, on conviendra que c’est un chef-d’ceuvre que d’avoir su, comme M. de Talleyrand, rencontrer le juste point.

L’abbé Dupanloup remercia le ciel avec effusion. Négativement, il y avait de quoi. Le résultat auquel il avait participé épargnait 4 l’Eglise une insigne défaite et arrachait au calendrier de la libre pensée un nom éblouissant, un patron du plus haut vol. Cepen- : dant, si ’on a égard aux circonstances, on trouve excessif le lyrisme de son cantique. Sans insister — sur ces atermoiements, sur cette exécution obstiné- ment et savamment reculée jusqu’a la derniére minute, qui ne semblent pas Ja marque d’une Ame tou-— chée et gagnée, ni d’un succés spirituel vraiment digne de l’hosannah, les rétractations de M. de Talleyrand n’étaient pas en elles-mémes des piéces bien reluisantes. Le désaveu des torts qu’il s’est donnés envers l’Eglise par sa conduite publique s’y trouve assurément, mais présenté en termes généraux et fort pales, sans aucun accent personnel. Le mélange des deux rédactions : celle du diplomate qui édulcore et se ménage, celle de la main ecclésiastique qui, non sans prudence, a mis les choses au point voulu, communiquent au documeut une faiblesse et. une fadeur qui engendrent une incertitude de style frisant Vincorrection. C’est une piéce toute politique. Jamais paroles suprémes ne furent plus insignifiantes de ton et moins pénétrantes. Ce n’est Yoeuvre de personne. Pauvre trophée, d’une victoire qu’il était plus sage de ne pas chanter sur’ les toits, !

Il y a plus. Les torts de Talleyrand envers l’Eglise n’ont pas été ses seuls torts publics. Il n’était pas pur du cdété de l’argent. Certes, 4 aucune époque de sa vie, aucun prix qu’on y ett pu mettre ne lett fait fléchir, comme négociateur ou ministre, sur les intéréts de la nation francaise, dont la grandeur a été son idée constante a travers tous ses avatars politiques. Mais, dans la marge d’action que lui laissait le patriotisme, il a trés librement profité de ses fonctions pour s’enrichir, soit qu’il donnat le mauvais exemple de spéculer et d’agioter sans tréve et sans mesure, grace 4 sa connaissance des evénements, soit qu’il prélevat des tributs princiers sur les fournisseurs publics et les principicules allemands dont il prenait en main la cause dans les affaires. Ces tributs lui servaient 4 soutenir un faste et un train d’existence nécessaire 4 son prestige et a son influence méme. II ne poussait pas le mépris du bon ordre jusqu’a n’en point mettre un peu de cote. Je concois certes qu’il ne lui fit demandé aucun compte ostensible de ces abus déja anciens et sur lesquels Napoléon avait ferme les yeux. Mais, comme Yabbé Dupanloup ne nous rapporte aucun indice de pénitence qui y ait correspondu, fut-ce trés discrétement, on éprouve encore de ce chef un certain malaise de le voir si pieusement satisfait. Ne doutons pas d’ailleurs qu’il ignorat ce que tout le monde savait et que le soupcgon n’en soit pas venu a son

esprit, tout possédé, en cette occasion, par les beaux et les flatteurs cétés des choses.

Sa relation n’a pas trait seulement a l’acte de rétractation publique, mais au téte-a-téte qu il eut quelques heures plus tard avec le malade et ou il le pressa, s’étant « réconcilié avec l’Eglise », de se « réconcilier avec Dieu ». M. de Talleyrand fit sa confession, et le confesseur nena parlé que dans la mesure ou cela lui était permis. Cette limite observeée, il ne s’est pas, sur ce point tout personnel, montré plus sobre d’effusion. On croirait lire le récit de la confession d’un saint :

Je m’approchai, et aussitél, ses deux mains saisirent les miennes, et les prenant avec une force et une émotion extraordinaires, il ne les quitta plus pendant tout le temps que dura sa confession ; j’eus méme besoin d’un grand effort pour dégager ma main des siennes, quand le moment de l’absolution fut venu. Il la recut avec une

humilité, un attendrissement, une foi qui me firent verser des larmes.

Et il termine :

Dieu voit le secret des cceurs ; mais je lui demande de donner 4 ceux qui ont cru pouvoir douter de la sincérité de M. de Talleyrand, je lui demande de leur donner a Vheure de la mort les sentiments que j’ai vus chez M. de Talleyrand mourant et dont le souvenir ne s’effacera jamais de ma mémoire.

C’est un peu violent ! En principe, la foi de ’abbé Dupanloup. l’autorisait 4 croire qu'une influence

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surnaturelle avait accompli ce miracle chez le moribond, et fait de lui, a la derniére heure, un chrétien saisi, 6ému, pénétré. Mais de telles transformations, pour étre rendues vraisemblables, doivent correspondre 4 quelque disposition manifeste de la nature, ou a quelque travail préparatoire qui a eu le temps de se faire dans les sentiments. Or, s’il est un genre de natures et d’esprits chez qui ces sortes de révolutions psychologiques, de secousses intérieures, ne soient guére 4 prévoir, et qui semblent invinciblement parés contre elles par lexcés méme de leur facilité et de leur souplesse, c’est celui, le. moins déchiffrable pour un homme comme Dupanloup, auquel appartenait Talleyrand. Quant au travail qui avait pu s’opérer chez celui-ci, l’abbe s était infiniment exagéré la portée de quelques propos courtois et délicats (la délicatesse de Talleyrand savait étre exquise) sur Saint-Sulpice, les bienfaits et la bonté de la religion, les souffrances et les vertus du clergé de France. Ces propos, il les avait, a la lettre, transfigurés. Et qu’on ne me fasse nullement conclure de 14 que Talleyrand ait manqué de sincérité A son lit de mort et joué une farce au preétre qui l’assistait. La jolie boutade d’un de ses contemporains disant « qu’apres avoir roué tout le monde, i] avait réussi A rouer Dieu » me paraft téméraire. En tous cas, elle force la note. Ce qui se passe dans un esprit, aux suprémes instants ol il se posséde

encore, est mystérieux. Il est trés possible (ce serait, si j’en osais faire une, mon hypothése) que Talleyrand ait cédé aux voeux de Vabbé et de son entourage par une inspiration de bienveillance et de douceur tout humaines 4. Il n’est pas impossible

1. Sur la mort de Talleyrand, dont je n’ai parlé que pour les clartés qu’elle projette sur le caractére et Vesprit de l’abbé Dupanloup, il existe une abondante littérature. La relation de l’abbé Dupanloup se trouve citée en grande partie dans sa Vie par Lagrange, et, en entier, dans la Vie privée de Talleyrand, par. B. de Lacombe. L’article de Sainte-Beuve, dans les Nouveaux Lundis, contient A ce sujet des données de premiére main et des traditions de source contemporaine. Depuis, ont paru les Mémoires de la com- — tesse de Boigne, dont le tome IV contient un récit de l’événement fait dans un esprit de scepticisme et de malignité, mais non sans finesse et philosophic. Madame la princesse Radziwill, née Castellane, a publié (1908) une lettre de son aieule, la duchesse de Dino, 4 V’abbé Dupanloup, destinée a confirmer les appréciations de celui-ci sur les sentiments dans lesquels Talleyrand est mort. Je n’indique que les principaux documents. Pour l’interprétation des faits, on connait les pages célébres de Renan au chapitre 11 des Souvenirs d’enfance. On trouvera au tome II de |’Histoire du petit séminaire de Saint-Nicolas par ’abbé Schoener, une page et une note substantielles sur le sujet. Historien remarquable, esprit ouvert et judicieux, M. Scheener est bien loin d’occuper, comme l’abbé Maynard, position d’adversaire 4 l’égard de Dupanloup. C’est un admirateur éclairé, un respectueux et clairvoyant ami. Il écrit: « Talleyrand signa juste quelques heures avant sa mort, une rétractation suffisante et Dupanloup affirma lui avoir donné |’absolution. Mais n’entre-t-il pas un peu de candeur dans les mots qui terminent la relation qu’il fit de ces derniers moments... ? » J’ai cité ces mots. « Il faut bien avouer, dit encore M. Scheener, avec!’ Ami du Clergé (5 mai1904) qu’on a le droit de souhaiter une préparation 4 la mort plus pleine d’espérances et on est effrayé de penser que Talleyrand aurait fini sa vie par une derniére duperie ». Ma propre version considére cette supposition comme trop forte. Mais quelle faiblesse de jugement chez cet autre biographe qui dit 4 ce propos que Dupanloup « était assez connaisseur d’hommes pour ne pas se laisser jouer! » Qui veut trop prouver... L’abbé Cognat, dans son livre M. Renan hier et aujourd’hui, écrit pour réfuter les Souvenirs d’enfance et de jeunesse, s’exprime comme s’il ett

qu'une étincelle bien tardive d’émoiion chrétienne i se soit réveillée dans son Ame usée. Mais dans ce ae cas méme, la manifestation de ce qu’il éprouvait ; m’a pas eu, ce pathétique qui était si peu dans ses

cordes, ne s’est pas accompagnée de ces attitudes | a « d’humilité », d’ « attendrissement », de ferveur qui,

« prétées a un tel homme », comme dit l’abbé May- q nard, sont des « visions ». Le pathétique religieux de

cette scéne, c’est l’abbé Dupanloup qui l’y a mis Pe de toutes pieces. Il y a de quoi étre touché de sa : candide confiance. Mais n’y a-t-il pas aussi (je le demande au simple point de vue de la vérité psychologique, qui seul me préoccupe ici) de quoi avoir la cervelle un peu irritée de son aveuglement ? S’étant engagé dans cette affaire avec la plus vive ardeur, il a pris cette ardeur pour la mesure de son: succes.

été présent au séminaire, ainsi que Renan, au moment ow l’abbé Dupanloup avait a s’occuper de la grande affaire de cette mort prochaine. « I] nous demandait, dit-il, de prier pour l’illustre mourant.» Or, celui qui devait devenir l’abbé Cognat n’est arrivé a Saint- Nicolas qu’a la fin de l’année 1838, c’est-a-dire sept ou huit mois aprés l’événement. L’abbé Cognat est un de ces esprits de l’école de Dupanloup, vivement affirmatifs, mais peu doués pour appréhender le fait, le réel. Il est de la méme lignée respectable et légére que Mgr Lagrange.

Renan, dans ses Souvenirs, appelle « visée de génie », le choix que l’archevéque avait fait de Vabbé Dupanloup pour la direction de Saint-Nicolas. L’expression est A peine hyperbolique. Les sept années pendant lesquelles il a gouverné cette maison ont été pour elle une période d’éclatante renommée au dehors, de « vie intense », de débordante activité scolaire, de ferveur littéraire enthousiaste, de vertu et de flamme juvéniles, au dedans. Tous ceux qui s’y sont trouvés a cette époque en ont gardé un étonnant: souvenir. ;

Dans le vieil et austére établissement de la rue de Pontoise, le nouveau Supérieur n’était arrive que pour tout renouveler. La faveur des familles du faubourg Saint-Germain et du faubourg Saint-Honore, faveur portée au, comble par le succes de sa mission - auprés de Talleyrand, lui en avait procuré les moyens. Comme elles lui offraient tout ce qu’il voulait, il leur demanda de l’argent pour rebatir des locaux sombres et insuffisants. Et il leur demanda leurs fils, souhaitant que sa maison fat « une maison d’éducation modele, telle qu’il la concevait, et non plus un séminaire au

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type ascétique et clérical'.... La jeunesse destinée a l’état ecclésiastique et la jeunesse destinée au premier rang social lui paraissaient devoir étre élevées de la méme manieére. » Il espérait que la future élite cléricale qu’il préparait gagnerait 4 ce « mélange avec des jeunes gens du monde, soumis aux mémes disciplines, une teinture et des habitudes plus distinguées que celles qui résultent de séminaires peuplés uniquement d’enfants pauvres et de fils de paysans ». En méme temps, les ressources apportées par cette clientéle riche lui permettaient de faire une vie plus douce et plus délicate 4 tous ces enfants qui ne payaient point. Qu’une telle conception lui ait inspiré une ardeur particuliére pour la réaliser (a lui qui mettait tant d’ardeur’a tout) on le comprend profondément, si l’on songe qu’elle était comme une émanation de sa personne elle-méme, en qui le hasard complexe de sa naissance avait réuni un aristocrate de haute lignée avec un enfant du peuple recueilli par l’Eglise et lui devant tout ”. .

C’est ce caractére aristocratique qui était nouveau. L’admission, parmi les futurs clercs, d’un certain nombre de jeunes gens destinés a l'état laique, se pratiquait déja dans beaucoup de petits séminaires. Comme ceux-ci étaient alors les seules maisons d’en-.

1. Souvenirs d’enfance et de jeunesse, p. 170. 2. J’avais rédigé pour ce passage une note inspirée par lacte de naissance de Dupanloup et la trés curieuse piéce qui s’y trouve

seignement catholique, les familles qui désiraient faire élever leurs enfants par les: prétres étaient

obligées de les y placer, jusqu’aux deux derniéres. années d’études, lesquelles, en raison du monopole,

devaient s’accomplir au,lycée, si Von voulait avoir accés au, baccalauréat. Mais il était entendu que cette admission ne constituait qu'une tolérance révocable et que élément profane devait se plier aux moeurs et aux régles de lélément clerc, et en revétir, si j’ose dire, la grise couleur. A Saint-Nicolas, les choses prirent une tournure différente. D’une part, Péclat social des noms que Vabbé Dupanloup attirait se communiqua 4 sa maison et la mit a la mode; Cousin, dans un discours parlementaire de ce temps, observe que la bourgeoisie riche trouve maintenant « du bel-air » de placer ses fils au petit séminaire de Paris. D’autre part, lautorité du Supérieur était trop grande et il était, dirai-je, trop

prétre dans l’Ame, pour accepter que le sérieux des

annexée ; documents que je m’étais procurés a Saint-Félix, prés d’Annecy, ot l’évéque d’Orléans a vu le jour. Tl y a la tout un roman, sinon un drame. C’est dire quel acte de vertu j’accomplis, moi, homme de lettres, en sacrifiant cette note qui n’aurait d@ailleurs déshonoré aucune mémoire, mais que les amis, survivants

encore, de Mgr Dupanloup eussent jugé peut-étre en user de trop-

familiére facon avec un souvenir qui leur. est resté ardemment cher et qui le mérite a de si nobles titres. Tl me suffira de dire que le pére de Félix Dupanloup ne s’appelait pas Dupanloup (bien qu’il y eat des Dupanloup a Annecy), mais portait un des grands noms de France. Sa famille exerca sur enfant et la mere une haute et assidue protection. Cette origine était connue dans le faubourg Saint- Germain, qui considéra toujours Dupanloup comme un des siens.

meoeurs eit a soufirir d’un renom si parisien. Il voulut © ~ que Saint-Nicolas atteignit un grand prestige mondain pour la délicatesse des maniéres et l’élégance brillante des études, et qu'il restat petit séminaire pour la sévérité de la discipline morale et la prépondérance de la religion. Deux desseins qu’il embrassait avec une égale ferveur et qu’il était homme 4 concilier. On jugera de sa rigueur par le trait suivant : le jeune neveu de Victor Hugo lui ayant été proposé comme éléve, il posa pour condition que l’oncle ne vint jamais porter au parloir le bruit d’une renommée trop étourdissante pour de jeunes oreilles, trop fascinatrice pour de jeunes cceurs!. Faire accepter une telle sévérité 4 des gens du monde, réaliser un - complet amalgame moral entre des jeunes gens pris" aux antipodes de la société, était chose difficile. L’abbé Dupanloup y parvint par son ascendant. Renan observe que la considération primordiale par lui attachée au talent l’y aida beaucoup : « L’idée que le talent primait tout le reste, étouffait les divisions et, au bout de huit jours, le plus pauvre garcon débarqué de province, gauche, embarrassé, s’il faisait un bon théme ou quelques vers latins bien tournés, était l’objet de l’envie du petit millionnaire ‘qui payait sa pension sans s’en douter ?. ».

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