‹ La jeunesse d'Ernest RenanChapitre 35 sur 64 · Souvenirs, p · texte numérisé non relu

Souvenirs, p

Cette étude et cette analyse alJlaient, comme on

- sait, aboutir 4 un rejet complet des formules dogmatiques du christianisme. Et c’est parvenu a un état d’entiére incroyance que Renan compare et juge les divers types de pensée catholique qui ont mis ou essayé de mettre leur empreinte sur sa jeunesse. Or le jugement qu’il porte n’est pas du tout celui qui semblerait s’accorder avec une telle position d’esprit. D’ou une apparence au moins de contradiction que nous devons tenter de résoudre.

Parmi ces maniéres de présenter le catholicisme, différentes de moyens, et pour ainsi dire de couleur, quoique répondant 4 une égale foi de fait, sil y ena une gui devrait lui sembler maintenant moins inacceptable que les autres, n’est-ce point celle-la ot le coté dogmatique s’offre avec le moins de relief et s’enveloppe le plus volontiers de considérations de morale, d’esthétique ou de sentiment, humainement accessibles ? Au contraire, celle-la ot le dogme se déclare et s’accuse dans toute sa carrure et sa pesanteur théologique, dans toute !a plénitude et la rigueur de ce formulaire immuable dont tant d’esprits modernes sont rebutés, ne devrait-elle pas lui inspirer le plus grand éloignement ? On sait qu’il n’en

est rien et ott vont ses préférences. I] explique celles-

ci par une raison d’honnéteté intellectuelle. Le refus

intégral et franc de croire est honnéte. La déclaration

intégrale et sans ambages de ce qu’il faut croire est

A Se ent wrt Bh Be oe iret r Eee, 5

honnéte. Ce qui-est d’une probité moins stire, c’est un

opportunisme subtil qui biaise ou fait des fagons avec l’expression de la croyance exigée, pour la faire passer plus aisément, qui y met des artifices, qui la fait scintiller de lueurs spécieuses, propres 4 en dissimuler plus ou moins la vraie figure, de maniére a obtenir par 1a une foi « implicite », qui accepte tout, mais ne se met pas en face de tout ce qu’elle accepte. « Les conversions opérées par des prédications de cette sorte ne sont bonnes ni pour la religion, ni pour Vesprit humain. On croit avoir fait des chrétiens : on a fait des esprits faux, des politiques manqués. Malheur au vague ! mieux vaut le faux. La vérité, comme a trés bien dit Bacon, sort plutét de l’erreur que de la confusion ?. »

L’apparente contradiction n’est pas encore résolue. Il y a un autre point de vue d’ot l’on pourrait supposer que Renan ne voyait pas d’un mauvais ceil Yantique vigueur du dogme énervée par les mollesses de l’école romantique et de lécole liberale. Il juge l’éducation religieuse de sa jeunesse en incroyant, non en homme irréligieux. Pour lui, la religion ne se confond pas avec le dogme. L’essentiel, Léternel, dans le christianisme, c’est un enseignement moral qui a sa plus haute expression dans l’Evangile et dont les dogmes n’offrent qu'une superfétation

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