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232 ‘LA JEUNESSE D’ERNEST RENAN historique parasitaire. Je ne dis pas qu’il se soit attaché d’une maniére constante 4 cette conception, commune a beaucoup d’esprits de son siécle. Elle l’a longtemps séduit. Il ne la jamais abandonnée tout 4 fait. Il a souvent parle, avec les Allemands, de la religion « pure », c’est--dire affranchie, non d’esprit métaphysique, mais de tout dogmatisme arrété. Ne lui serait-il pas naturel de se féliciter de ces relachements, de ces concessions qui peuvent préparer de plus ou moins loin une dissolution bienfaisante, d’ou sortira une religion intellectuellement épurée en laquelle Vesprit ne trouvera plus de géne ? Une telle réforme serait certes dans ses veux. Mais il ne compte pas pour y conduire sur des orateurs faibles de pensée. La faiblesse de pensée ne réforme rien. Il faudrait une initiative hardie, s’attaquant 4 fond aux supports intellectuels vermoulus de la croyance et les remplagant en quelque facon pour sauver l’ame précieuse de celle-ci, sa substance et sa bienfaisance morale. Pour cette ceuvre, Renan va jusqu’a dire qu’il compterait plus encore sur Saint-Sulpice, a cause de son intégrité de pensée et du sérieux de ses fonciéres connaissances théologiques, que sur les libéraux superficiels. Nous retrouverons plus d’une fois son esprit s’exercant sur ce champ de réves ou d’hypothéses. Retenons seulement son extréme séverité pour toutes les formes de ce qu’il appelle le « néo-catholicisme » de la premiére moitié du
-xixe siécle. i ie croit steuilest tant au point de vue ig la tradition et de la conservation qu’a celui de l’ave-
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nir et du progrés.
Ayant ainsi jugé la théologie de Saint-Nicolas- du-
Chardonnet, Renan en apprécie dans le méme esprit.
et d’une maniére non moins mémorable les huma-
nités, l’enseignement littéraire et profane. Nous allons l’entendre sur ce sujet. Mais comme ses obser-
vations générales sont ici assez profondément affec-
tées du souvenir de certaines expériences toutes personnelles, sans la connaissance desquelles on ne les pourrait bien saisir, commengons par reprendre le contact de sa personne méme, et par le regarder , se mouvoir dans cette maison parisienne, prodigieusement éloignée de ses premiers réves, ou l’a porté
. la fortune.
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Les premiéres impressions du jeune Breton séparé de sa mére et subitement transplanté furent pénibles. Au regard des Parisiens, le petit séminaire de Saint- Nicolas était une tranquille retraite, abritée du monde. Si on le comparait au, petit collége rustique et tout patriarcal de Tréguier, a Vhumble demeure maternelle, aux rues mortes de la petite ville bretonne, c’était le monde lui-méme, c’était Paris et tout son mouvement. La solitude morale est plus cruelle
4 endurer dans le bruit d’une vie intense au milieu
de laquelle on est jeté sans pouvoir y participer, que dans un lieu paisible et dans le silence amical des choses. L’abbé Cognat, témoin des débuts d’Ernest Renan a Saint-Nicolas, évoque Pimage de ce nouveau venu, « pale et malingre, un corps chétif portant une grosse téte dont les yeux semblaient lire sous terre et ne se levaient que pour regarder de cété, timide jusqu’a la gaucherie, pensif jusqu’au mutisme, ne se mélant jamais aux jeux, fort embarrassé de lui-méme pendant les récréations, causant peu, et avec un trés petit nombre d’amis+ ». Quelles pensées s’agitaient