‹ La jeunesse d'Ernest RenanChapitre 52 sur 64 · IM · texte numérisé non relu

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qu’on y ait passé. L’esprit doit avoir connu, em-

“prassé les choses de l’histoire, de la littérature, de

la vie, sous cette forme dont les symétries et les cadres clairs s’obtiennent au prix de quelque artifice, pour pouvoir plus tard s’y attaquer avec streté dans la complexité redoutable de leur tissu réel.

‘Les matiéres des devoirs que raille Renan avaient

délibérément ce caractére simplificateur. Elles

donnaient 4 développer des idées qui sont dans la.

vérité et dans la nature, qui dominent véritablement la vie des hommes et des peuples. Mais elles leur prétaient un rdle plus dégagé des contingences que celui qu’elles jouent en fait; elles leur faisaient subir une idéalisation logique et morale qui ne les adul-

. térait pas.

Etes-vous convaincu, Breton ? — Non ! il ne Vest pas. Craignons méme qu'il ne nous ait pas beaucoup écouté. C’est qu’il garde un point trés fort de raison, et assez troublant, et qui emporte pour lui, 4 tort d’ailleurs, toutes les autres considérations du probléme.+ pet |

Les compositions de college roulent sur le lieu commun. Mais, s’il y a des lieux communs qui sont, a quelques nuances prés, de tous les temps, du moins de tous les temps civilisés, il y en a d’autres qui n’ont qu’un temps. Ils tiennent 4 un certain état des moeurs, des croyances, des institutions, de

la civilisation et perdent leur raison d’étre quand cet .

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état disparait ou se transforme. Alors, ils n’existent plus qu’a l’état de souvenirs historiques ; ils ne correspondent plus 4 rien de vivant et de ressenti dans l’ame d’une époque ultérieure ; ils sont comme morts; Péloquence ne saurait plus les animer qu’a froid, par pastiche pur et jeu d’archaisme. Victor Le Clerc, dans une précieuse étude 4, a suivi, de ce point de vue, | les vicissitudes des matiéres de rhétorique depuis la haute antiquité grecque. Il les montre se renouvelant et changeant de genre, quand, autour de Pécole, la vie publique éprouve quelque renouvellement vigoureux qui concentre sur de nouveaux objets les intéréts élevés des. hommes et crée des sources nouvelles d’émotions communes. I] les montre survivant, au contraire, aux idées et aux moeurs qui s’y étaient reflétées, et prenant bientét l’aspect de vaine déclamation, quand les idées et les mceurs qui se sont fait jour depuis offrent un caractére, non de renouvellement, mais de dissolution et de décadence, ou, tout au moins, n’offrent rien d’assez fixé, d’assez généreux, d’assez pur, d’assez unanime pour qu’on en puisse extraire 4 l’usage de la jeunesse des modéles de bien penser et de bien agir. C’est ce qui arriva sous l’empire romain, au temps ot Pétrone se moquait des sujets traités dans les écoles de rhéteurs et qui s’inspiraient de l’esprit militaire, civique

1, V. Le Clerc, Rhétorique (supplément, p. 252) (1830),

et religieux de la vieille Rome, dont ils semblaient

noffrir plus que la solennelle caricature. « Pourquoi ces fictions oratoires ne produisaient-elles plus le méme effet sur les jeunes esprits ? C’est que les

hommes et les choses étaient changés... Toutes ces matiéres d’éloquence qui n’avaient rien que de naturel et de vrai, lorsqu’il y avait une patrie et des lois, n’étaient alors que de vains jeux d’esprit, source inépuisable de pensées fausses, parce que tout était factice et que l’imagination, accoutumée a d’autres spectacles, défigurait par l’exagération une grandeur qu’elle ne concevait plus +. » Situation difficile pour le pédagogue. Il n’a pas de grands themes éducateurs 4 puiser dans le courant actuel du. monde, trop contradictoire, trop dispersé, trop depourvu de hautes directions: Et les vieux thémes qu’il garde d’une époque plus assise et plus forte, étant privés de contact avec la vie, n’inspirent plus aucun intérét aux plus intelligents entre ses éléves, 4 ceux dont la téte a de l’activité. Comme ils ne peuvent plus étre traités avec naturel, ils favorisent tous les vices littéraires.

C’est une expérience de nature assez semblable qu’a faite Ernest Renan. La conception du discours de rhétorique, tel qu/il florissait alors, était comme tournée en dérision par de puissants faits modernes

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