Souvenirs, p
victime... En fait, Verger n’a pas pu étre fort surchauffé par Saint-Nicolas, ot l’on a fort bien discerné a qui l’on avait affaire, puisqu’il en a été chassé, en Troisiéme, pour cause de vol. De plus, il est extrémement douteux que Renan l’y ait « connu », Verger étant entré au petit séminaire comme éléve de Sixiéme en septembre 1841, c’est-a-dire au moment méme ou Renan entrait A Issy 2.
Revenons au principal de notre sujet.
Nous venons de faire avec Renan le procés de la rhétorique de Saint-Nicolas, ou, pour mieux dire, de la rhétorique de l’époque, car la pratique du petit séminaire ne se distinguait de celle de l’Université que par des nuances. Il est temps que nous revenions sur nos pas pour nous remettre en présence du probléme général que cette appréciation souléve, et dont elle néglige, par suite d’un point de vue trop personnel, certains éléments capitaux. Renan oublie une partie de l’essentiel : 4 savoir que cette rhétorique, affectée et confite 4 plus d’un égard, était une rhétorique, et que, par des voies trop contournées a coup sir.et semées de trop de fleurs artificielles,
1. J’emprunte ce renseignement a l’abbé Cognat qui, sur un fait aussi gros, mérite certainement créance. Il a d’ailleurs tort de dire ' que Verger « ne fit que passer » A Saint-Nicolas, car il y resta plus de trois ans.
2. L’abbé Scheener, qui donne Ia liste des éléves de Saint-Nicolas pour toutes les années ot M. Dupanloup en a été le supérieur, ne mentionne Verger qu’a partir de la sixiéme.
un apprentissage nécessaire s’y accomplissait. Ces compositions, ot la convention avait trop de part, mais ot elle ne pouvait pas d’ailleurs n’avoir point une certaine part, sans quoi ce n’eussent pas été des travaux de collége, ces compositions, dis-je, offraient un avantage immense, dispensaient un irremplagable bienfait : c’étaient des compositions, de vraies compositions, concues de maniére 4 obliger et 4 aider tout a la fois un esprit novice & chercher méthodiquement tout ce qu’un sujet contient, 4 classer, mettre en bon ordre, développer, c’est-d-dire considérer sous tous leurs aspects, les idées qu’il appelle. Ces matiéres sentaient un peu le moisi ; encore était-il impossible qu’étant matiéres de collége, on les allat prendre dans les débats de la Chambre des . Députés ou dans les négociations des diplomates.
‘Mais elles étaient élaborées par des pedagogues
nourris d’tine vieille tradition, initiés aux finesses de leur art et habiles a les approprier a leur but. Liidée de faire travailler des jeunes gens de seize ans sur « le fond des choses », nous la voyons a l’ceuvre depuis trente 4 quarante ans que Von s’est avisé d’occuper nos rhétoriciens et nos bacheliers | 4 des exercices qui n’en sont pas, qui ne les exercent
a rien : je veux dire ces dissertations sur des sujets
de critique et d’histoire littéraire, les plus difficiles et les plus délicats de tous les sujets, ceux sur lesquels il leur est le plus impossible de penser, a leur age,
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304 iene JEUNESSE D’ ERNEST RENAN
quelque chose de « personnel », et dont ils ne se tirent qu’en récitant du Brunetiére, du Faguet, du Lanson, ou bien les legons d’un professeur qui, bien souvent, n’a aucune personnalité, ce qui n’est pas indispensable pour étre un utile professeur, mais le serait pour étre professeur de critique littéraire. La cause immédiate -de l’abaissement de culture intellectuelle dont nous soufirons réside la. Elle tient 4 ce qu’on ne fait plus sa rhétorique, ou qu’on ne peut plus, no-
nobstant le bons sens de tant de maitres qui sauvent
ce quils peuvent de l’ancienne institution, la faire que trés faiblement. La peur de parattre pédants, cette peste des pédagogues, a poussé les directeurs de notre pédagogie 4 en bannir jusqu’au nom méme,
qu’ils ne savaient plus entendre dans un sens male.
Certes la vieille rhétorique décorative était 4 renouveler et a remplacer par une rhétorique moderne, qui fat encore, dans la plénitude du terme, une rhétori-
que. Et sans doute était-ce 14 une tache rendue extré-
mement difficile et presque désespérée par l’état de la civilisation et des mceurs francaises, état trop instable et trop troublé pour qu’on y put asseoir le fondement d’une éducation intellectuelle qui se montrat digne de ce nom en joignant la: fermeté, la fixité a un suffisant accord avec Vépoque, a une suffisante ouverture d’aération. Du moins, qu’on ne donne pas de faux noms aux choses et qu’on ne prenne pas pour un renouvellement des institutions tels expédients
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hatifs et grossiers, impropres 4 rendre aucun des
“services de ce qu’on remplace. Du temps de Renan,
la vieille institution branlait ; elle tenait encore. Il a beau la harceler de ses justes traits. Il luia da. des bienfaits incomparables. Le résultat de tant de compositions latines et frangaises, épluchées par un maitre qui n’avait pas de grands horizons, mais savait le métier, de tant de narrations, d’élégies, de fables en vers et en prose, tournées et limées avec soin, de tant de beaux morceaux littéraires analyses et disséqués, ce résultat s’est inscrit au plus intime de sa formation. Il y a gagné (pour toute la part qui ne revient pas 4 la nature, mais la nature seule n’est rien) cette aisance, cette grace, cette souplesse, cette limpidité, cette exquise finesse, que V’absorption des plus rudes matiéres scientifiques et philosophiques n’altérera point par la suite, tant ces qualités auront acquis’ de résistance chez lui. Les bonnes humanités qu/il a faites sont a la base de ses vertus de grand écrivain.
Mais les Souvenirs de Renan, s’ils soulévent toute la question de la rhétorique et de l'éducation litteraire, sont essentiellement Vhistoire de son esprit. Prise de ce point de vue, comme cette critique nous intéresse et nous émeut! Elle nous montre Renan engagé, plus quil ne le croit, dans sa propre voie,
celle ou ses premiers amis le verront « avec terreur »
s’avancer bientdt. Il nous dit qu’a Saint-Sulpice
ses condisciples le découvrirent d’une « autre race » qu’eux. Dés Saint-Nicolas, ne confie-t-il pas a un ami qu’il se sent au milieu, d’eux « seul de son espéce » ? Ces magnifiques disciplines littéraires que ses maitres dispensaient, ot: ils voyaient un monument immuable, et comme l’expression profane et humaine d’un ordre éternel, il a commencé de les voir sous l’aspect de ce qui se passe, de ce qui nait, devient et meurt, sous la perspective enivrante et décevante de Phistoire. Perspective contagieuse ! Des lettres ne s’étendra-t-elle pas 4 la religion ? Les images de l’éternité métaphysique que nous propose le dogme chrétien, cet esprit ne les verra-t-il pas bientot se détacher de la votite céleste ot sa croyance les rattache encore et tomber dans le fleuve des temps historiques pour s’abimer bientét dans ses ondes, aprés en avoir, le long de quelques centaines de siéeles, illuminé la surface ?
Certes, 4 Pheure ot: nous sommes, Ernest Renan ne renferme pas encore en son esprit méditatif de telles pensées. Mais le germe, encore peu, perceptible, en est entré en lui. « Je t’assure, écrivait-il 4 Liart en février 1841, qu/’il s’est passé je ne sais quel changement dans mon esprit depuis quelque temps. Je commence a tout voir d’un autre eeil. »
On observe dans cette méme lettre que le départ récent d’Henriette venait de lui causer une tristesse qui le plongeait davantage en lui-méme et le rendait
plus secret. Elle s’était placée’ comme institutrice
~ dans la famille du comte Zamoyski et l’avait suivie
en Pologne. La correspondance d’Ernest avec elle pour la période qui va de février 1841 4 mars 1842
est perdue. Du moins ne se trouve-t-elle ni dans les
recueils imprimés, ni dans le fonds manuscrit de la Bibliothéque. C’est une perte trés regrettable.
Au mois d’octobre 1841, Renan entrait au grand séminaire d’Issy, avec une foi religieuse encore intacte et tranquille, quoique menacée de prés, et surtout avec un formidable appétit d’apprendre.
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SEMINAIRE SAINT-SULPICE
La maison d’Issy.
La compagnie de Saint-Sulpice. Son obscurité volontaire. — Ce qu’en ont dit deux grands écrivains : Saint-Simon et Renan. — Comparaison de Saint-Sulpice et des grandes congrégations catholiques. Celles-ci ménent au milieu du siécle le combat pour l’Eglise. Saint-Sulpice éléve des clercs- — La science sulpicienne. Sa sobriété, son humilité, sa solidité, son sérieux.
Attaques catholiques contre Saint-Sulpice au x1x® siécle. — Accusations de gallicanisme, d’ontologisme et de rigorisme.
Les deux esprits de Saint-Sulpice. — L’un dérive de son fondateur Olier. L’autre du successeur d’Olier, M. Tronson. — {” « oraison » a Saint-Sulpice. Saint-Sulpice fermé au monde et agissant sur le monde. ;
Portrait des Sulpiciens par Renan. — Fermeté d’esprit. Respect de la personnalité. Impassibilité. Observation attentive.
- Les matiéres a@’études de Renan A Saint-Sulpice. — Intérét
impersonnel, signification générale de sa crise d’idées,
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Les Souvenirs d’enjance et de jeunesse ont des pages trés riches d’intérét et de sens, mais sujettes 4 commentaires et A discussion, sur Venseignement philosophique et la formation religieuse qui se donnaient, dans les années 1841-1845, au grand séminaire d’Issy. Is en ont de ravissantes, et qu’il ne faut pas essayer de refaire, sur les objets de réverie offerts 4 imagination d’un poéte par les souvenirs historiques de cette maison et les beaux aspects de son pare célébre. Issy avait éte primitivement un pavillon, élevé pour les plaisirs de la reine Marguerite de Valois, femme de Henri IV, qui en fit sa résidence favorite et y emmenait sa petite cour peuplée de tous les beaux esprits du temps. Ce pavillon est devenu, par l’adjonction de deux grandes ailes construites en longueur, la partie centrale de Védifice du grand séminaire que l’on voit aujourd’hui. « Aprés la mort de la reine Margot, le casin fut vendu et appartint 4 diverses familles parisiennes qui Vhabitérent jusque vers 1655. » Il fut alors acquis par M. de Bretonvillers, ami et l’un des premiers compagnons du fondateur de la Compagnie de Saint-Sulpice, Jean-Jacques Olier, et son successeur dans la cure
de Saint-Sulpice comme dans la charge de supérieur. de la Compagnie. M. de Bretonvillers, possesseur d’immenses biens, légua Issy 4 ses confréres, qui commencérent par y transférer la Solitude, maison de noviciat ot il est d’usage que l’on passe un an ou deux d’études et de méditation, avant d’étre agrégé 4 la Compagnie. Ils y trouvérent aussi un lieu de repos pour ceux d’entre eux 4 qui la vieillesse | ou la maladie conseillaient le séjour de la campagne. Cette derniére circonstance est 4 relever, parce qu’elle rendit Issy le siége d’un événement mémorable dans les annales de l’Eglise de France. Quand se produisit entre Fénelon et Bossuet la grande querélle du Quiétisme, et avant qu’elle ne s’envenimat de V’irritation des personnes, ces deux grands hommes. convinrent de conférences, ot, aidés des lumiéres de M. de Noailles, archevéque de Paris, et de M. Tronson, supérieur de Saint-Sulpice (le troisiéme en date, et qui a eu sur l’esprit de la Compagnie une influence plus profonde peut-étre qu’Olier), ils chercheraient une entente sur la vraie doctrine. M. Tronson vivait retiré 4 Issy, et, comme son délabrement lui rendait -incommode le voyage 4 la ville, c’est chez lui que ces illustres personnages se rencontrérent. De 1A le nom d’ « articles d’Issy » donné aux trente-quatre décisions de théologie mystique qui furent signées en commun. Dans le parc, une cabane ornée d’une inscription et de deux bustes commémore |’endroit
: mi . t LE SEMINAIRE SAINT-SULPICE bitors ou eurent lieu ces entretiens. Depuis cette époque, la maison d’Issy n’a pas eu d’histoire. Son paisible sort s’est fondu dans celui du séminaire Saint- Sulpice de Paris, dont elle est devenue annexe, réservée aux deux premiéres années d’études cléricales. | Cependant Issy et Saint-Sulpice n’ont jamais cessé de jouer un réle aussi efficace que peu bruyant dans histoire de la société francaise, par l’ascendant que leurs exemples ont pris sur la direction de nos grands séminaires de province. Ils ont été, pour une bonne part, le conservatoire supérieur ou sélaborait et se maintenait, a l’usage du clergé national, un type @éducation commune. Les bouleversements qu’ils eurent 4 souffrir du fait de la Révolution ne leur furent pas propres; tous les établissements religieux en connurent de semblables. La tempéte passée, les deux maisons se reconstituérent sur leurs anciennes bases. « Chaque porte, écrit Renan, tourna dans ses anciens gonds, et, comme d’Olier A la Révolution rien n’avait subi de changement, le xvir® siécle eut un point dans Paris ot il se continua sans la moindre modification *. » Je ne sais ce que pensa Jean-Jacques Olier quand M. de Bretonvillers lui offrit retraite dans le parc délicieusement aménagé, dans les salles ornées de
1. Souvenirs Wenfance et de jeunesse, p. 212.
gracieuses peintures mythologiques, au gotit de la moins janséniste des princesses. Edtt-il approuvé qu’aprés lui, quand le développement de son ceuvre eut rendu insuffisants les locaux du séminaire Saint- Sulpice, un séjour aussi agréable aux yeux fit offert a de jeunes clercs dont le principal souci devait étre, a son gré, de cultiver, au moyen de l’oraison fréquente, l’abstraction des sens ? Eut-il trouvé suffisant, comme adaptation 4 ce nouvel emploi, que les Venus des chambres de Marguerite « devinssent des vierges » et qu’ « avec les Amours on fit des anges » ? Il admettait, il est vrai, la beauté sensible et les recherches des arts dans le sanctuaire ; il ne refusait pas le luxe des riches ornements aux murailles, aux objets qui ont pour destination le culte de Dieu, aux livres sacrés qui contiennent sa parole. Issy conserve sa grande Bible, splendidement ouvragée et décorée. Mais, quant aux ministres de ce culte et aux interprétes de cette parole, il estimait que leur habitation et leur train extérieur ne sauraient étre trop sévéres et trop dénués de toutes les apparences qui flattent les regards. Comme on construisait sur ses ordres le séminaire Saint-Sulpice, il ne voulut pas tout d’abord de la pierre de taille, jugée trop fastueuse, et ne l’accepta que pour la raison de solidité. Il fit interrompre un travail de moulure trés “simple que l’on avait commencé dans Yentablement, « ailmant mieux y laisser quelque chose irrégulier
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LE SEMINAIRE SAINT-SULPICE Re ies
et d’imparfait que d’y souffrir le moindre ornement qui aurait ressenti la magnificence ou le faste » t
Les enchantements du Petit Olympe d’Issy avaient été célébrés en 1609 par le poéte Michel Bouteroue, courtisan de Marguerite de Valois, dont Renan nous rapporte les jolis vers. :
Qu’on ne vante plus la Touraine Pour son air doux et gracieux, Ny Chenonceaux, qui d’une reyne Fut le jardin délicieux,
Ny le Tivoly magnifique
Ou, d’un artifice nouveau
Se faict une douce musique, Des accords du vent et de l’eau.
Issy de beauté les surpasse,
En beaux jardins et prés herbus, Dignes d’estre, au lieu de Parnasse, Le séjour des sceurs de Phébus.
‘Mainte belle sourc> ondoyante, Découlant de cent lieux divers, Maintient sa terre verdoyante
Ft ses arbrisseaux toujours verts.
Environ un siécle et demi aprés, l’Olympe, transformé en séminaire, inspira 4 la muse latine d’un jeune poéte rhétoricien, Francois-Marie Coger, alors simple maitre és-arts et clerc de la paroisse Saint-
1. Vie de M. Olier, par M. Baudrand, curé de Saint-Sulpice, reproduite dans Bertrand, Histoire littéraire de Saint-Sulpice, t. 11.
Roch, plus tard professeur de rhétorique au collége Mazarin et recteur de l’Université de Paris, des louanges ot: le grave et l’agréable sont joliment balancés. S’étant vu fort bien traité dans une visite quil fit 4 Issy au printemps de 1742, il écrivit en ‘Thonneur de ses hétes quelques douzaines d’hexamétres qui furent imprimés dans le Mercure du mois d’avril, ou ils eurent du succés. Il y chante, comme Bouteroue, les délices des bosquets, des charmilles, des viviers, des fleurs, des poissons et des oiseaux. Il salue le vieux cardinal de Fleury, pensionnaire illustre, qui, sur le déclin de ses jours, avait trouvé a Issy une tranquille retraite. Mais ses vers n’oublient pas la haute et pieuse affectation des lieux qui Vont charmé : :
Ne dubites ; videas Virtutum ex ordine Turbam ! Ceelesti micat ante alias spectabilis ore Relligio, Pietasque soror ; dein omnia longum Explorans, dubiosque regens Prudentia gressus ; Fulgenti tum sese infert circumdata nimbo,
Et placido sequitur veneranda Scientia passu : Hic exultat ovans oculis miranda benignis Integritas morum quam non de tramite recto Impia sacrilegi flexit contagio luxus... 1
N’en doute pas ; tu vois en ces lieux la troupe rangée | des vertus! A leur téte étincelle le front céleste de la
1, Cette piéce a été reproduite au tome Iet de l’ Histoire littéraire de M. Bertrand,
Religion et de la Piéte, sa sceur. Vient ensuite, explorant longuement toutes choses et surveillant ses pas, la Prudence. A son tour, s’avance d’une démarche tranquille la Science vénérable, ceinte d’un nimbe éclatant. Voici, joyeuse et les regards rayonnants de bienveillance, 1’ Intégrité des mceurs, ferme dans le droit chemin d’ou ne la détourne pas la contagion impie d’un luxe sacrilége.
Et ce trait, un peu équivoque au point de vue de
-Pexactitude théologique, car on ne voit pas s’il parle
de Vhomme avant ou, aprés le péché originel :
Hic qualem gens prima tulit Constantia vitae Nudaque Simplicitas mendacis nescia fuci...
Voici, telles que les portait la race primitive, la constance dans la vie et la pure simplicité, ignorante du noir mensonge... Tet
Renan, installé A Issy, décrit a sa mére les attraits de sa nouvelle résidence « ou rien ne manque pour Vagrément extérieur ». Il, lui dit les beaux effets du printemps et de l’automne dans le pare, la piéce d’eau et «ses habitants dorés », « le bosquet de hauts puis et de tilleuls ou se réfugient des milliers d’oiseaux », les statues, les grottes peintes, les petites chapelles.
Vous me demandez, ma chere maman, si on y entre.
Qui, oui; ce sont de petits bijoux 4 lintérieur, toutes
peintes, toutes dorées, bleues, comme le ciel. Nous avons
aussi une grotte de rocailles et de coquillages, décoree avec
beaucoup d'art, mais remarquable surtout parce que Fénelon et Bossuet y ont eu plusieurs conférences avec d’autres personnages célébres, lors de leur fameuse controverse 1,
Le plus insigne de ces pieux monuments était une imitation de la Santa-Casa de Lorette, « que la piété sulpicienne a choisie pour son lieu de prédilection et décorée de ces peintures emblématiques qui lui sont chéres » 2,
Nous devions nous arréter sous ces ombrages ot notre séminariste a tant médité, tant révé, au cours de ces deux années lentes et décisives. C’est 14 qu’il a connu la volupté des longs repliements sur soiméme, des longs téte-a-téte avec sa pensée. C’est 1a quil a éprouvé a loisir ce qu’il avait déja goute en Bretagne, ce qui lui avait forcément manqué a Saint-Nicolas, au milieu de la rumeur urbaine et sous le harcélement impérieux de M. Dupanloup : la douceur intellectuelle de la solitude, cette complicité silencieuse de la nature, ce bercement serein et mélancolique des choses, qui communique tant d’amplitude aux mouvements de Vesprit et tant de charme a ceux-la mémes qui le conduisent aux constatations les plus désolées. C’est 14 qu’il a lu les philosophes. C’est sous ce ciel charmant d’un—