‹ La jeunesse d'Ernest RenanChapitre 7 sur 64 · TOME DEUXIEME · texte numérisé non relu

TOME DEUXIEME

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Il va de soi que nous ne saurions donner la preuve

des origines de race d’Ernest Renan, telles que nous

les définissons d’aprés lui-méme. Une filiation remon-

tant jusqu’au vie ou vue siécle, surtout quand il

s’agit d’une suite de familles obscures, peut se supposer, non se démontrer. Encore moins réussirionsnous a rendre évidente la proposition que voici le sang celte que Renan tenait de cette filiation lointaine ne s’est mélangé jusqu’a lui (si ce n’est peut-étre en infimes proportions) d’aucun autre sang, et par la il nous représente, a ne le considérer que de ce cote paternel, la personnalité d’un Celte des plus caracterisés. Telle est cependant notre pensée, conforme, en ce point aussi, 4 celle de Villustre écrivain. Nous ne la proposons pas comme une certitude, mais comme une induction vraisemblable et dont les raisons résultent moins encore de ce que nous allons en dire a cet endroit méme que d’un ensemble d’impressions que le lecteur pourra recueillir dans la suite de notre étude *. Au temps de la jeunesse d’Ernest Renan, on trou-

1, Les renseignements fournis ci-dessous résultent, pour la plupart, des documents sur la famille et l’enfance de Renan réunis en grande abondance dans le précieux ouvrage de René d’Ys : Ernest Renan en Bretagne. René d’Ys est le pseudonyme de M. Théophile Janvrais, journaliste a Lannion.

OeSneties LA JEUNESSE D’ERNEST RENAN

vait des Renan dans tous les villages qui avoisinent le petit port breton de Lézardrieux, peu éloigné de ‘Tréguier. Il y en avait 4 Lancerf, 4 Plounez, Penvern, Ploudaniel, Pleumeur-Gautier, Plourivo, 4 Lézar- | drieux méme. Tous ces gens-la étaient cousins a quelque degré. Tous exergaient, de pére en fils, la profession de cultivateurs ou celle de marins. De 4 “mémoire d’homme, on n’en citait aucun qui ett vécu autrement.

Depuis combien de temps cette humble et prolifique lignée se trouvait-elle établie par la et d’ot y était-elle venue ? Par les documents (actes civils des familles) nous en pouvons suivre l’histoire jusqu’au milieu du xviié siécle. A cette époque, nous la voyons occuper, peu s’en faut, les mémes lieux ou on la rencontre deux cents ans plus tard, y tenant le méme rang, y subsistant des mémes labeurs, y menant la méme vie. Quant a remonter plus haut que le xvu® siécle, les chercheurs de papiers n’en ont point trouvé qui le leur permit. L’idée d’Ernest Renan, c’est qu’on peut se passer de papiers, et que ceuX que nous pourrions avoir touchant ses plus vieux ancétres bretons nous les montreraient sous le méme aspect que les plus récents : toujours des laboureurs et des gens de mer, habitant la méme contrée et faisant le méme métier, non depuis deux cents, mais depuis treize cents années, c’est-a-dire depuis le temps des émigrations. Celles-ci les auraient

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portés dans ces parages ; ils y auraient élu demeure

et n’en seraient plus sortis. La conjecture nous plait.

- Mais quels en sont les motifs ?

‘Il y a d’abord le fait que, depuis les vieilles immigrations forcées qui apportérent a ces cotes leur fond de population, cette population n’a pas été — renouvelée par des apports étrangers, un pays pauvre comme la ‘Bretagne ayant toujours fourni beaucoup plus d’émigrés que re¢u d’immigrants. Il y a ensuite les indices tirés du nom méme de Renan, auquel les celtisants attribuent la plus vieille provenance celtique. Il y a enfin une question de flair. Renan s’attribuait, non sans quelque raison, une

‘certaine aptitude A lire le passé dans le présent, a

discerner, A travers les états modernes d’une société humaine, la trace et les linéaments de ses anciens états. « En Bretagne, avant 1830, a-t-il écrit, le passé le plus reculé vivait encore. Le x1v®, le xvé siéele étaient le monde qu’on avait journellement sous les yeux dans les villes. L’epoque de l’émigration galloise (ve et vie siécles) était visible dans les

-campagnes pour un ceil exercé* ». Il aura appliqué ce

coup d’ceil 4 sa propre ascendance. Observant tous ces Renan qui vivaient et avaient, en toute hypothése, longtemps vécu resserrés dans ce petit espace, leurs parentés, leur ressemblance de type, leur commu-

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