Souvenirs d’enfance et de jeunesse, p
nauté de mceurs, il se sera dit : « Ces familles maintenant séparées d’intéréts et de destinée par les institutions civiles modernes, ne l’ont pas été toujours; dans un état social antérieur elles ont dda ne faire qu’un corps; elles ont un air de clan; elles sont la survivance d’un ancien clan; elles sont un ‘clan éparpillé. Si ce n’est pas cela méme, c’est quelque chose comme cela ». Or les Gallois étaient arrivés et s’étaient installés a état de clans, et il existe en Bretagne bien des vestiges de l’ancienne vie de clan. D’ot la conclusion discrétement tirée en cette phrase : « Notre grand-pére, par le cété paternel, appartenait a une sorte de clan de paysans et de marins qui peuple tout le pays de Goélo! ». Une sorte de clan : ces termes pesés n’affirment pas expressément l’origine que l’écrivain a dans Vesprit ; ils l’insinuent, ils mettent Vimagination sur la voie. ‘Au total, ce qu’ils disent est vraisemblable.
Un point sur lequel notre auteur semble s’étre quelque peu, abandonné au réve, c’est 1a ot il désigne, avec précision quant au lieu, avec moins de précision quant 4 la chose elle-méme, ce qu’il appelle « le centre du clan des Renan ».
« Il y a dans le pays de Goélo ou d’Avaugour, sur le Trieux, un endroit que l’on appelle le Lédano, parce que la le Trieux s’élargit et forme une lagune
1. Ma seur Henriette (dans le recueil des Lettres intimes), p. 11.
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avant de se jeter dans la mer. Sur le bord du Lédano,
“est une grande ferme qui s’appelait Keranbelec
ou Meskanbelec. La était le centre du clan des Renan, bonnes gens venus de Cardigan sous la conduite de Fragan, vers l’an 480? ». ;
Si je sais interpréter une formule dont le vague méme est suggestif, l’endroit ou s’éléve cette ferme serait celui ot la tribu exilée aurait fait son premier établissement, lequel en serait demeuré, par la suite, le principal. Et pour sa postérite, essaimée tout autour,
‘Keranbelec ou Meskanbelec serait resté le lieu
d’origine auquel les générations pensent avec respect, la terre patriarcale vers laquelle elles tournent leurs
regards, le foyer de la tribu.
Détail étrange : ces noms n’existent pas. On n’en a pas entendu parler dans le pays. On n’y connaitt pas plus Keranbelec que Meskanbelec. Peu importe. La ferme existe, parait-il, sous un autre nom. Elle a été identifiée. Elle fait partie du village de Traou-Du, dont elle forme la plus importante batisse. Elle a longtemps appartenu a une branche de Renan qui en étaient propriétaires dés le xvir® siécle, et ’ont vendue
en 1860. De cette branche sont sortis les Renan de
Tréguier, et c’est la qu’Alain Renan, grand-pere d’Ernest, a vu le jour. Pour Ernest Renan, le soidisant Meskanbelec était donc le berceau de sa