Souvenirs, p
m2 ' LA JEUNESSE D’ERNEST RENAN
famille immédiate, de sa parenté prochaine. lena -
fait le berceau de ses péres du vé® siécle. C’est la un A renseignement beaucoup plus particulier que ceux que Von acoutume de rechercher dans la nuit des temps. Mais voici, je suppose, comment il y a été conduit. Enfant, adolescent, il aura été charmé par la vue de cette terre ou! sa mére le menait visiter ses cousins, et se délasser aux jours de vacances. La beauté du lieu ou elle se trouve aura enlevé V’imagination du petit poéte habitué a étouffer dans les rues de Tré- -guier et de Lannion. La couleur des vieilles pierres usées, la massive vétusté des grands batiments rustiques qui, depuis des siécles, regardent la mer, la mystérieuse inscription visible sur le bloc de granit rectangulaire qui forme le linteau de la principale porte d’entrée, tout cela aura mis en éveil le penchant naturel, le penchant de race qui déja le porte a pénétrer dans la brume des passés obscurs. En ce lieu propice, la vague image de ses lointains aieux laura -hanté plus qu’ailleurs. Et plus tard, le souvenir de
ses impressions d’enfance, s’associant 4 ce qu’il a pu .
par ailleurs conjecturer de plus probable sur leurs ori-
gines, il en aura complété et, pour ainsi dire, para-
chevé le tableau 4 l’aide de ce poétique détail. Aprés tout, il a bien fallu que le clan des antiques Renan ait eu un centre ou « une sorte de centre » et, si ce
n’était pas 4 Meskanbelec, qui s’appelle, parait-il,.
Keruzec, ce ne pouvait en étre bien loin.
De cet ensemble de données quelque peu mythi-
ques, mais si expressives, ce qu’il convient de retenir
est ceci : une lignée purement celte ou bretonne de bonnes gens, fixés pendant des siécles 4 la méme place, dans la condition humble, pauvre et libre, jamais quittée, des hommes de la terre et des hommes de la mer.
« Ils vécurent 1a, treize cents ans d’une vie obscure, faisant des économies de pensées et de sensations dont le capital accumulé m’est échu. Je sens que je
pense pour eux et qu’ils vivent en moi. Pas un de ces
braves gens n’a cherché, comme disent les Normands, a gaaigner; aussi, restérent-ils toujours pauvres. Mon incapacité d’étre méchant ou seulement de le paraitre vient d’eux. Ils ne connaissaient que deux genres d’occupations, cultiver la terre et se hasarder en barque dans les estuaires et les archipels de rochers que forme le Trieux a son embouchure }. » Picse pense pour eux, ils vivent en moi. » Mots de poéte, mots vrais qui éclairent d’un jour profond les rapports cachés de Vhérédité morale.
« Peu avant la Révolution, trois d’entre eux gréérent une barque en commun et se fixérent a Lézardrieux. Ils vivaient ensemble sur la barque, le plus souvent retirée dans une anse du Ledano ; ils naviguaient 4 leur plaisir et quand la fantaisie