Tristes, II, v
pas avoir chanté en quelque épopée les guerres de Troie et de Thèbes ou les grands sujets nationaux de l'histoire romaine; il aurait du, avant tout, célébrer les exploits d'Auguste; mais il n'a pas osé :
Parce qu'elle ne craint pas de se jouer dans un lac de faible étendue, une barque ne doit pas pour cela se confier à rOcéan. Peut-être même, j'ai des doutes, je ne suis pas assez apte à la poésie légère, je ne sutiis pas à des chants d'inspiration modeste. Que si tu m'ordonnes de dire les (iéants domptés par la foudre de Jupiter, à un tel essai je ruinerai en vain mes forces. Pour que l'œuvre ne soit pas au-dessous du sujet, il faut un génie fécond à celui qui chante les actes immenses de César. Et, cependant, j'avais eu cette audace : mais je craignais de commettre un sacrilège, de compromettre ta majesté. Aussi, je suis revenu à mes œuvres légères, à mes poèmes de jeunesse et j'ai ému en mon cœur des passions factices ^.
Il est intéressant de rapprocher ces deux passages des Tristes de celui des AmoKrs où le poète prétendait que son amie lui avait fait interrompre sa Gif/antomachie pour revenir aux petits vers erotiques. Ici, en mémo temps qu'il affirme que Jupiter se réjouit de voir consacrer à la guerre des Géants des épopées dont il est le héros, il donne à entendre qu'Auguste n'aime pas à être mis en scène dans de semblables épopées. S'il a renoncé à terminer sa Giganlomachic^ c'est parce qu'il craignait de commettre un sacrilège, de compromettre la majesté de l'Empereur. En somme, Auguste ne tolère pas ce que Jupiter permet; un poème où se trouverait développée tout au long la comparaison