‹ La jeunesse d'OvideChapitre 174 sur 203 · Mi'/., V, v · texte numérisé non relu

Mi'/., V, v

■I. Met., X, v. 149-152.

nation vers la parodie dans les sujets les plus graves, vers le détail plaisant au milieu des conceptions les plus austères. La Giganiomachie devaiii admettre, en même temps que la légende traditionnelle indiquée dans le livre I des Métamoi^phoses et dans les Fastes^ le récit de la fuite grotesque en Egypte que chantent les Piérides ; et les allusions des Tristes et des Pontiques permettent de supposer qu'Auguste était, toujours et partout, identifié, à la manière alexandrine, avec Jupiter vainqueur des Géants.

Le roi des Olympiens est souvent traité sans le moindre respect dans les poèmes d'Ovide. Il eu était sans doute de même dans quelques endroits de la Gigantomachie. Auguste devait être fort peu satisfait de se voir à la fois adoré et tourné en ridicule, comme Jupiter, dans l'épopée mêlée de traditions mythologiques, d'adulations et de parodies dont on le faisait le héros. On sait que l'auteur de VArt (Taimer^ malgré tous ses etforts, n'a jamais pu prendre place dans l'intimité de l'Empereur. M. Boissier a nettement indiqué les raisons de « cette sorte d'éloignement systématique d'un prince ami des lettres pour un si grand poète' ». En se faisant, avec heaucoup de charme et d'esprit, le panégyriste amusé des mauvaises mœurs et l'historien, au moins léger, des traditions mythologiques et des cultes romains, le poète allait à rencontre des projets de l'Empereur qui voulait ranimer le goût des vertus d'autrefois et le respect de

\. Boissier, L'Opposilion sous /es Césars, l>afis, V édition (l'JOO), p. 129.

l'antique religion. « Les poésies d'Ovide ont été la cause véritable de son exil, et le reste n'en fut que l'occasion ^ « On a prétendu démontrer qu'il fut banni, parce qu'il n'avait pas voulu être le poète officiel de l'Empereur, parce qu'il n'avait pas consenti à lui donner assez d'éloges-. Il semble, au contraire, que l'abus des louanges maladroites a fortement indisposé le protecteur d'Horace et de Virgile contre le bel esprit qui détruisait dans VArl d'ai?ner et dans les M étaryior phases l'œuvre des Odes et de V Enéide. On peut supposer que la publication de la Gigantomacliie^ déjà lue en partie dans les recitationes^ fut interdite à cause d'un mélange d'adulations alexandrines et de parodies, plus ou moins involontaires, qui déplaisaient également à l'Empereur; et il ne serait pas invraisemblable de conclure que la première origine de l'éloignement systématique du prince ami des lettres pour le grand poète Ovide remonte à cette œuvre de jeunesse du littérateur débutant, à cette malencontreuse Gigantomachie^ à propos de laquelle les rares indications fournies par les Métamorphoses et lés Fastes et les quelques allusions faites par les poèmes écrits pendant l'exil ne nous permettent que de présenter des conjectures.

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