‹ La jeunesse d'OvideChapitre 175 sur 203 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

'élégie romaine au siècle d'Auguste. — Horace et l'élégie. — Opinions de la critique romaine sur l'élégie grecque primitive. — L'élégie amoureuse : Mimnerme et Antimaque. — L'élégie alexandrine : Callimaque et Philétas. — Influence des élégiaques erotiques d'Alexandrie sur Catulle, TibuUe et Properce. — Jugement de Quintilien sur l'élégie romaine. — Les principaux poètes élégiaques à Home depuis le temps de Sylla jusqu'à la fin du principat d'Auguste. — Place qu'Ovide prétend se faire parmi les maitres du genre.

La Gigantornachie ne pouvait être qu'un poème épique mort-né. Le discrédit où le genre tragique était tombé ne permettait pas à lauteur de lai¥edée d'arriver à la gloire littéraire dont il était avide. L'idée de débuter par une tragédie et le choix malencontreux d'une matière d'épopée condamnée à ne pas réussir étaient deux erreurs de jeunesse, dues à l'inexpérience d'un adolescent, encore étranger aux goûts et aux exigences de la société lettrée et mondaine oii il voulait se faire une place.

Ovide adapta bien vite son adroite facilité de versificateur à un autre genre de poésie. TibuUe, qui a exercé une notable inlluencesur le brillant élève de l'école de déclamation admis dans le cercle de

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Messalla, et Properce, qui fut plus tard l'intime ami du jeune poète à ses débuts, ont évidemment dirigé son talent flexible vers le poème élégiaque dont ils étaient les maîtres incontestés. Le siècle d'Auguste avait le même enthousiasme pour l'élégie que pour l'épopée. Mais, si l'activité romaine s'attaquait à tous les genres d'épopées, nationale ou mythologique, historique ou légendaire, elle s'attachait scrupuleusement à un genre spécial d'élégie, celle dont les chants erotiques plaisaient à une société encore rude, qui prétendait se faire élégante et polie.

Horace reconnaît que l'élégie a d'abord été un chant de deuiU. Il ignore quel fut le premier créateur du distique élégiaque- ; il ne mentionne pas le plus ancien auteur d'élégies dont il reste encore des fragments, Callinos d'Ephèse, qui, vers Tan 730 avant l'ère chrétienne, composait en distiques des poèmes où il faisait appel au patriotisme belliqueux des Grecs d'Asie; il ne parle pas des élégies natiotionales de Tyrtée, il ne fait allusion qu'à ses È;j.i3aTYipf.a, ses anapestes guerriers que l'on chantait au moment décharger l'ennemie D'Archiloque, il ne cite ni les élégies funèbres oii le poète de Paros pleurait son beau-frère mort dans un naufrage, ni les élégies patriotiques où il excitait ses

1. Horace, Art Poétique, v. 75 : ... querimonia pvimum. C'est Tétyinolû<jie ordinairement admise du mot Taevo; z= ëXéYO), dire hélas. La philolofiie moderne rattache le grec rAsyôçàla même racine que les mots arméniens elégn, elef/nea>/ (roseau, flûte de roseau) et voit dans l'élégie primitive un air de flûte, un chant exécuté sur la flûte. Cf. A. Croiset, Hisl. IHI. f/recque, t. Il, chap. m, gl.

2 Art Poétique, v. 17.

;;. Art Poétique, v. 402.

concitoyens aux combats, ni les élégies amoureuses où il chantait les charmes de la belle Néobulé. Pour Horace^ comme plus tard pourOvide^, Archiloqiie est simplement le créateur du mètre iambique, arme redoutable dont il usa impitoyablement pour composer des satires qui contraignirent au suicide Néobulé, qui avait dédaigné son amour, et Lycambès, père de Néobulé.

Pas plus qu'Horace et Ovide, aucun des auteurs latins du siècle d'Auguste ne mentionne le plus ancien des écrivains attiques, Solon, qui, vers l'an 600 avant Père chrétienne, composait des élégies politiques et morales, ni le poète Phocylide de Milet, contemporainde Solon, auteur d'élégies gnomiques, ni le poète Théognis de Mégare qui, vers Pan 540, composait des élégies politiques et didactiques -^ Parmi les anciens élégiaques grecs, on ne cite et on n'admire que ceux qui ont écrit des élégies amoureuses : un contemporain de Solon, Mimnerme de Golophon, qui chantait sa passion pour Nannô, la joueuse de ilûte, et Antimaque, qui, vers Pan 400, consacrait des élégies à la mémoire de Lydé, qu'il avait tendrement aimée.

1. Ai't Poétique, v. 79; cf. Epodes, vi, v. 13; Satires, II, m, V. 12 ; Epîtres, 1, xix, v. 23 et suiv.

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