‹ La jeunesse d'OvideChapitre 18 sur 203 · Pont., I, Mil, V · texte numérisé non relu

Pont., I, Mil, V

...Slyffias di'iriinKS in oras, Quatuor autumnos l'ieias orla facit

3. i*onl., I, vni, v. 38: Sia'in<iqne el ICuripi, Vlrr/ineutique li-

ruisseau de la rue du Bac. Par contre, il le confesse naïvement, il n'a aucun regret pour les champs pateraels dont il est privé, pour les belles campagnes du pays pélignien'.

Un tel aveu nous étonne et choque nos habitudes littéraires. Les poètes de notre temps nous ont accoutumés aux souvenirs émus de la maison de famille et du pays de la première enfance.

On connaît les Feuillantines^ de Victor Hugo, Milly^ la Terre natale^ de Lamartine. Brizeux a i:,hïmi^ la Maison du .l/o?/5/o2>, et Hégésippe Moreau,

...La Voulzie et ses bois noirs de mûres, Et dans son lit de Heurs, ses bonds et ses murmures.

Bien avant les Bomantiques, nos poètes se sont plu à célébrer « la douce France », et, dans la douce France, la petite patrie de la famille, la cbère maison des ancêtres. L'un des plus anciens (uiUo- Bomains que l'histoire littéraire de la France puisse revendiquer, le Bordelais Ausone, commence un poème consacré à sa ville par ces mots : (( Bordeaux est mon sol natal [Hurdigala, est natale solinn) », et le termiue par cette conclusion que tout le développement fait prévoir et amène :

quor — LEuripc est le «léti'oit qui sépare la Béotie de lEubée ; par métapliore, euripus signifie en latin toute espèce de fossr et, en particulier, le fossé creusé autour du Cirque pendant la dictature de César (Suétone, Jules César, xxxi.v).Le Vii-rfineusliquononaqua Virrjo, Trist., 111, xii, v. "22, aujourd'hui fontaine de Trevi) est une source de la campagne romaine, découverte par une jeune lîlle, et amenée à Home i)ar un aqueduc dont la construction était due à M. Agrippa, édile l'an 33 avant Jésus-Christ. 1. Pont., I, VIII, V. 41 :

Xon meus amissos animus desiderat aqros, Buraque Peligno conspicienda solo.

« J'aime Bordeaux (r/z7ï^o Burdigalam). » En Allemagne, à Trêves, où il a suivi l'empereur Valentinien et son fils Gralien, dont il est le précepteur, la Moselle, qui coule devant lui, rappelle toujours à son souvenir ému la Garonne, son fleuve. Il attend avec impatience le jour de la retraite qui lui permettra de passer ses dernières années, de mourir à Bordeaux, sa patrie, le nid de sa vieillesse'.

Au xvi" siècle, le poète Joachim Du Bellay, qui a suivi à Rome, en qualité de secrétaire, son cousin le cardinal, se croit en exil tant qu'il reste éloigné de son « petit Lyre- » et de a la douceur angevine ». Gomme TUlysse homérique, désireux, après tant de voyages, de voir s'élever au loin la fumée de son ile d'Ithaque 3, Du Bellay aspire au moment où il reverra « de son petit village fumer la cheminée », où il reverra « le clos de sa pauvre maison », ce <( séjour qu'ont hâti ses aïeux ».

Ovide ignore ce culte pour le séjour qu'ont bâti les aïeux; libéré de son exil, ce n'est pas dans la campagne natale qu'il abriterait le nid de sa vieillesse. C'est à Rome, la patrie d'élection de son talent et de son esprit, qu'il viendrait mourir au milieu d'un cercle littéraire et mondain.

Ovide est ce qu'on appelle aujourd'hui un «déraciné ». Cette absence d'amour pour la maison, ce manque de patriotisme, est un des caractères les plus frappants de l'ah^xandi'inisme. Il est impor-

\. Ausone. Moselle^ v. \\\): Burdirjalam in pah-iam... ni(hnn(/ue senectae.

•-'. Aujourd'hui, Lire, ronimnne <lc Maine-et-Koiio. :i. 0({i/sst-f\ 1, V. 08.

tant de le noter chez le plus alexandrin des poètes romains, comme on l'a noté chez ses modèles de la dernière renaissance hellénique : u Les poètes de l'école d'Alexandrie ahandonnent de honne heure et sans esprit de retour le lieu où ils sont nés, pour se rendre dans une grande ville, le plus possible dans la capitale d'une monarchie : celle-ci n'est pour eux qu'une patrie littéraire où presque tout leur est indifférent et étranger, excepté leur art^ »

Cet abandon définitif du pays natal, cet oubli de la demeure des ancêtres est tout à fait opposé aux tendances de l'esprit romain, positif, au fond, et très attaché à la propriété de famille que les ancêtres ont péniblement conquise. L'influence alexandrine n'a pu abolir ce sentiment tenace chez les poètes romains eux-mêmes qui ont été les disciples les plus dévoués du Musée. Le génie tendre et délicat de Virgile domine l'art alexandrin dont il s'inspire : le poète d'Andes n'oublie jamais la modeste propriété paternelle de la campagne de Mantoue. Comme Ovide, dans les Amours^ décrira avec art les prairies et les ruisseaux du pays pélignien, Virgile, dans sa première Eglogne,, évoque à nos yeux, en une image vivante, avec tout 1-e talent d'un poète pittoresque, avec tout l'amour passionné d'un propriétaire, jaloux de l'héritage dont il a été dépossédé, ce champ couvert de pierres ou de joncs, ce cours d'eau familier et cette source sacrée, cette haie fleurie où les abeilles vont puiser le suc qui

1. A. Couat, La Poésie ale.randrine sous les trois premiers Violé- \ mées, Paris, 1882, p. 515.

produira un miel digne du miel du Mont-Hyhla, ces nids de colombes cachés dans les roseaux, ces couples de tourterelles qui roucoulent dans les hautes branches des ormeaux. L'auteur des Biicoliqi(e>; ne fait qu'imiter, que traduire par endroits les Idylles de Théocrite : cependant, ses descriptions de la campagne romaine sont bien personnelles, et ses tableaux dont l'original est alexandrin nous permettent de reconstituer la patrie champêtre, la propriété bien-aimée du poète, digne fils du cultivateur ou de l'humble artisan du village d'Andes.

L'ami de Virgile, Horace, lihert'mo pâtre natus^ descendant d'allranchis, n'a pas cette propriété de famille où ses ancêtres, vils esclaves, aient pu mettre leurs cœurs, leurs âmes, leurs soins. Il ne s'inquiète pas de rechercher à quel pays appartient exactement la petite ville de Vénusie où il est né : « Suis-je LucanJen ou Apulien? » Question douteuse, car le paysan de Vénusie laboure des deux côtés de la frontière ^ On ne trouve dans les Satires et dans les Epîtres aucun souvenir ému de ces champs labourés par les compatriotes d'Horace ; à peine une mention dédaigneuse du champ cultivé par son père; c'était un coin de terre petit et maigre : car le cultivateur, humble fils d'affranchi, était fort pauvre';'-.

Mais Horace est devenu un poète célèbre, admis dans la familiarité de l'entourage impérial. Mécène, son protecteur (idèle,lui donne dans la Sabine une

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