‹ La jeunesse d'OvideChapitre 19 sur 203 · Horace, Satires, II, i, v · texte numérisé non relu

Horace, Satires, II, i, v

1. Salives, I, vi, v. 71 .... pater... r/ai macvo pauper.arjello

villa, un champ, un jardin, un petit bois : aussitôt s'éveille dans l'âme du descendant d'affranchis, nourri des doctrines épicuriennes et du scepticisme de son époque, le vieux sentiment latin, l'amour national de la propriété : « Voici ce qui était dans mes vœux : un champ d'une médiocre étendue, un jardin avec une source d'eau vive, voisine de la maison, et, par surcroît, un peu de forêts » Il est au comble du bonheur : son enfance n'a pas connu le berceau de la famille, sa vieillesse aura un nid en toute propriété.

Cet amour du « chez soi » se retrouve aussi vif, s'exprime avec plus de lyrisme que dans les Bucoliques^ avec plus d'ampleur que dans les Satires, dans un poème de Catulle, qui, lui, cependant, est le plus alexandrin des poètes romains avant Ovide, le lettré ingénieux et érudit, dont VEpitJialcune de Thétis et de Pelée semble le premier modèle latin des Métamorphoses .

Catulle revient d'un long voyage ofticiel. — Aux derniers jours de l'Empire Romain, le Bordelais Ausone accompagnera l'Empereur à Trêves, sur les bords de la Moselle ; au temps de la Renaissance, l'Angevin Joachim Du Bellay fera le voyage de Rome en qualité de secrétaire attaché à l'ambassadeur du roi très chrétien ; en l'an 57 avant Jésus- Christ, Catulle revient en Italie, après avoir fait partie de la cohorte qui escortait en Bithynie le propréteur C. Memmius (iemellus, ce grand seigneur lettré à qui Lucrèce devait dédier son poème De Natura Rervm.

\. Salires, II, vi, v. 1-3.

Le poète de V^érone revoit son lac Benaciis — le lac de Garde traverse par le Mincio — qu'il appelle lac lydien, parce qu'il sait que les Etrusques, dont le territoire est voisin du lac, sont originaires de Lydie. Il revoit sa presqu'île, son village de Sirmio qu'il regrettait quand il voyageait au loin, qu'il aime chèrement, parce que toute son érudition alexandrine n'a pu abolir ses sentiments de patriotisme local innés à tout Italien de bonne race. Et il s'écrie en des vers oii l'art du Musée a singulièrement affiné la vieille forme latine :

0 Sirmio', perle des îles et des presqu'îles que Neptune, dieu des eaux salées et des eaux douces, a placées à la surface de la vaste mer et des lacs transparents, quelle joie, quel bonheur de te revoir! Je peux à peine me persuader que j'ai quitté les champs de Bithynie, que je te revois en toute sûreté. 0 bonheur sans égal! Plus de soucis : mon âme dépose son fardeau. I.assé des longs labeurs, je viens, auprèsde mon dieu Lare, me reposer sur mon lit ardemment désiré. Voilà ce qui me récompense de tant de travaux! Charmante Sirmio, salut! Réjouis-toi de retrouver ton maître! Réjouissez-vous, vous aussi, ondes lydiennes de mon lac ! Rires, éveillez-vous; tous, tant que vous êtes, éclatez dans ma maison- !

L'alexandrin de Vérone reste un Italien de vieille souche. « Pour Catulle, comme pour Horace, il y aun coin du monde qui Temportesur tous les autres, c'est la presqu'île de Sirmio oiiil avaitune maison... Avecquol délicieux accent de bonheur Catulle en reprend possession après son stérile voyage en Bithynie ! Comme il sent le charme du chez-soi^ du repos

1. Lo latin dit : Sirmio... occlh'. " Sirmio, potit-d'il ». •1. Catulle, Carmen XXXI.

d'esprit, comme sa campagne lui plait, comme ces lieux dont il se croit, dont il se dit le maître, lui paraissent beaux ^.. »

Tel est, latent au fond des âmes obscures, plus ou moins brillamment exprimé par les esprits diversement cultivés, le sentiment immanent cbez tous les Romains de toute Tltalie, restés prosaïques, alors même qu'ils font profession de poésie, restés amoureux de la propriété personnelle, alors même que les doctrines philosophiques leur ont enseigné le détachement des richesses.

Au milieu de ces Latins épris de leur chez-soi héréditaire ou acquis, Ovide est une exception. Concitoyen et frère des poètes du Musée, la terre nourricière de Tltalie est pour lui une marâtre. C'est un pur alexandrin. [1 existait une sorte d'harmonie préétablie entre le caractère d'Ovide et l'alexandrinisme. Mais c'est seulement à la suite de longues études dans les écoles de Home, de longues accoutumances dans les cénacles littéraires, de longues veillées studieuses occupées à approfondir les œuvres des derniers héritiers de la poésie classique d'Athènes, que la marque du Musée devait s'imprimer définitive et indélébile dans l'esprit cultivé et érudit du jeune homme qui était né à Sulmone, arrosée par des eaux vives, entourée des riantes plaines de la campagne pélignienne, le 20 mars de l'an 43 avant Jésus-Christ.

1. Patin, cilé dans le Catulle de Hosl.ind. P.ciioisl cl Th t. Jl, p. 433 (Paris, Hachette, 1890).

Page 1