Politiques, IV, xvi, v
d'avoir hérité de Tinspirationdii premier, ou d'avoir acquis Tart ériidit du second. Nous ignorons §i Gallimaque a célébré quelque amie dans des élégies où il se mettait en scène : c'est à lui que Catulle a emprunté ses récits mythologiques et romanesques; et Ovide lui doit la partie légendaire et érudite des Amours, beaucoup d'épisodes des Héroïdes, les histoires d'amour insérées dans les Métamorphoses. Nous savons que Philétas a consacré des élégies d'un charme mélancolique à son amie Bittis : c'est de Philétas que Tibulle, Properce et Ovide s'inspirent pour la partie personnelle de leurs élégies erotiques.
Beaucoup d'autres que Catulle, Properce, Tibulle et Ovide ont dû être, à Bome,les disciples plus ou moins heureux des maîtres érudits du Musée. Alexandrie avait porté le genre de l'élégie à sa perfection techni([ue. Ce genre, définitivement constitué par Gallimaque et Philétas, se prêtait fort bien à l'imitation industrieuse des Bomains dont le talent, peu inventif, mais original quand il suit un modèle, sait s'adapter d'une manière personnelle ce qu'il emprunte aux créations du génie grec. L'élégie alexandrine donnait au tempérament poétique des Bomains, un peu lourd et maladroit, le cadre où leur pensée originale, assez monotone, pouvait se développer au moyen de lieux communs d'amour, exposés selon la méthode d'amplification enseignée à l'école de rhétorique; — les modèles dont la forme artistique, amenée àla perfection, permettait à l'imitateur de dissimuler la banalité des idées, grâce à rharmonie et au charme de vers
construits rraprôs les procédés éprouvés des maîtres du Musée ^
A la fin du premier siècle de l'ère chrétienne, Quintilien constatait avec orgueil le succès de l'élégie romaine et donnait par ordre de mérite la liste des quatre grands poètes élégiaques du siècle d'Auguste :
Pour l'élégie, nous défions les Grecs. Le plus pur et le plus élégant des élégiaques me semble être Tibulle. Certains critiques lui préfèrent Properce. Plus que Tibulle et que Properce, Ovide se complaît aux badinages, et Gallus manque de douceur^.
Longtemps avant Quintilien, l'un des poètes cités par V Institution Oratoire, Properce, énumérait les élégiaques romains les plus illustres qui l'avaient précédé et parmi lesquels il espérait que ses chants d'amour lui feraient une place honorable :
C'est à de tels sujets amoureux qu'après avoir terminé ses Argonautiques Varron se jouait, Varron pour qui Leucadia brûla d'une telle flamme. Tels sont aussi les sujets que chantèrent les poèmes du voluptueux Catulle, ces poèmes qui ont renda Lesbie plus connue qu'Hélène. Ces peines d'amour, elles sont aussi confessées par le docte Calvus, dans les pages où il célèbre la mort de la malheureuse Quintilia. Et, récemment encore, combien la beauté de Lycoris n'a-t-elle pas forcé Gallus, une fois mort, à baigner de blessures dans les ondes infernales! Et l'on connaîtra aussi Cynthia, célébrée par les vers de Properce, si la Renommée consent à me placer au nombre de ces poètes^.
1. Voir, dans les Etudes sur Properce, de F. Plessis, le cliapitre sur L'Elégie romaine, p. 275 et siiiv.