CHAPITRE II
L'enfance d'Ovide. — La première éducation à la maison. — La mère d'Ovide. — Le départ pour Rome. — Ovide à l'école des grammairiens. — Mauvais souvenirs de l'école de grammaire : l'abus de la férule. — L'enseignement reçu à l'école. — Étude du grec. Science particulière d'Ovide dans la langue grecque. — Perilla. — Ovide revêt la toge virile et quitte l'école des grammairiens.
Ovide no nous donne aucun renseignement sur ses années d'enfance. Il en est de même de Gicéron et d'Horace, qui se font aussi complaisamment que le poète de Sulmone leurs propres biographes.
C'est que, dans le monde antique, « Messieurs les enfants » n'étaient pas les principaux personnages des drames qui ont pour scène le foyer domestique ; les historiettes de la « nursery » n'étaient pas l'essentiel des annales de la famille. Pas plus que ne l'avaient fait avant lui Cicéron et Horace, Ovide n'a pens(' h rédigei* le « roman d'un enfant », à nous faire confidents des sensations puériles ou des rôves d'avenir très vagues qui pouvaient hanter l'ànie du futur lettré occupé, en sa cinquième année, à chevaucher sur un long roseau, ou î\ s'abandonner, en compagnie de son
4i LA JEUNESSE D OVIDE
frère aîné, aux violentes émotions du jeu de pair et impaire Ovide ne nous dit rien de ses succès à la toupie (//^/V;o) ou au cerceau [troc/ufs).
Pour l'enfant romain, la vie, digne de souvenir, ne commence que du jour où, sorti des mains des femmes, il reçoit l'éducation et l'instruction des garçons. Pour Ovide, elle commence au moment où il prend le premier contact avec cet enseignement de la grammaire, d'abord, puis de la rhétorique, qui devait faire de lui le poète érudit dont le talent ingénieux s'imposera aux cercles littéraires de Rome.
Je n'étais pas Taîné de la famille. Je vins au monde après un frère né depuis douze mois. C'est la même étoile du matin qui présidaà nos deux naissances, et le même anniversaire était célébré par l'offrande faite aux dieux d'un double gâteau... Notre éducation est commencée de bonne heure, et, par les soins de notre père, nous allons à Rome recevoir les leçons des maîtres les plus célèbres dans leur art-.
Les deux frères ne partirent pour les écoles de Rome qu'après avoir reçu à la maison les premiers éléments de la ilecture et de l'écriture. Rien des années plus tard, aigri par les misères de l'exil, Ovide déplore que ses parents lui aient appris à lire et lui aient ainsi donné l'éducation qui devait l'amener à cette funeste littérature qu'il fait responsable de sa disgrâce :
Maudits soient mes études, renseignement que mes pa-
1. lldi'.ico, Sa/.^ 11, III. v. 248: Ltalerc jKir imjHir. ci/>/i//ifr in annidiiic lonr/n.