Tri.sfes, IV, x, v. Ih
LA JIXWESSi: IJ OVIDE 11
L'aiiiice où une môme mort violente enleva les deux consuls à la fois est une des années les plus troublées de cette fin de la République Romaine où les troubles civils étaient devenus si ordinaires.
En Tan 44, César avait été assassiné aux ides de mars. Effrayés de leur attentat, les conjurés restaient dans l'incertitude et dans l'inaction; la volonté du peuple ne leur imposait pas la direction qu'ils étaient incapables de se donnera eux-mêmes. Si, le lendemain du meurtre (16 mars 44), l'un des principaux parmi les assassins, Brutus, que César considérait comme son lîls, avait pu prononcer au Forum un discours modéré que l'on avait écouté et accueilli froidement, les clameurs hostiles de la foule avaient interrompu la harangue violente d'un complice de Brutus, Cinna, qui attaquait sans mesure la mémoire du dictateur.
Mettant à profit les incertitudes de l'opinion publique, les amis de César faisaient le nécessaire pour les fixer du côté de leur parti. Les lieutenants du dictateur, Antoine et Lépide, se hâtaient de ramasser de l'argent et de réunir les vétérans congédiés du vainqueur des Gaules. Antoine, qui était consul, convoquait le Sénat : sur sa proposition, rassembléeproclamaitl'amnistie générale(17 mars), ce qui lui attirait la bienveillante neutralité des conjurés. Mais il réussissait à faire annihiler les conséquences de cette amnistie par un mouvement populaire. Il procédait aux funérailles de César avec un appareil pompeux; une mise en scène très habile entourait la lecture qu'il donnait du testament du mort, préparait l'apothéose de la victime
des conjurés et déchaînait contre ceux-ci, que l'amnistie proclamée par le Sénat semblait couvrir, la tempête des fureurs de la foule qui détruisaient par la force la décision pacifique des Pères Conscrits. Les hommes des ides de mars étaient assaillis ; leurs maisons, pillées. Ils devaient s'enfuir de Rome; Antoine, dont nul obstacle ne gênait plus la puissance, faisait confirmer par le Sénat tous les actes de César, et, appuyé par le peuple, il continuait à exercer les pouvoirs du dictateur assassiné.
Cicéron comprenait parfaitement bien cette situation qu'il n'avait puni prévenir, ni même prévoir : « Nous sommes, disait-il^, délivrés du tyran, mais non de la tyrannie. » Et il redoutait la longue durée de cette tyrannie, plus impitoyable môme que celle de César, puisque le peuple excité par Antoine imposait, puisque le Sénat effrayé approuvait des actes que le dictateur n'aurait jamais osé accomplir.
Ce pouvoir absolu devait prendre fin beaucoup plus tôt que ne le supposaient Antoine qui l'exerçait et Cicéron qui le déplorait. Et le destructeur de ce pouvoir était un inconnu dont Cicéron ne prévoyait pas les cajoleries inattendues et intéressées, dont Antoine ne redoutait pas l'hostilité sans appui et l'ambition soigneusement dissimulée.
A la fin d'avril 44, un jeune homme de dixneuf ans arrivait à Rome. C'était le fils du préteur C. Octavius et d'Atlia, fille elle-même d'une sœur de César — C. Julius Caesar Octavianus, dont le