Ovide, Amours, 1, m, v
56 LA JEUiNESSE D OVIDE
salaire pour cinq ans, leslnumvirirei publicae cotistitnendae aw aient affiché la première liste de proscription dans la nuit du 27 au 28 novembre; le 7 décembre, Cicéron était égorgé dans cette patrie qu'il avait si souvent sauvée. Pendant que la terreur régnait à Rome, Antoine et Octave battaient à Philippes, en Macédoine, l'armée républicaine dont les deux chefs Cassius et Brutus mouraient. Après la victoire, Antoine allait perdre son temps en Egypte où, séduit par Gléopâtre, il compromettait son autorité au milieu des délices de la vie inimitable qu'il menait avec la reine courtisane (42-41).
La femme et le frère du triumvir, Fulvie et Lucius Antonius, essayaient d'exciter des mouvements populaires et une révolte des vétérans contre Octave. Mais la position critique de L. Antonius, bloqué et affamé par Octave dans Pérouse (41-40), forçait l'amant de Gléopâtre de s'arracher aux voluptés de l'Egypte et de venir préparer en Italie les traités de Brindes et de Misène, qui rétablissaient une alliance provisoire entre les triumvirs et sanctionnaient une paix très précaire entre le triumvirat et le pai'ti pompéien, dont le chef était Sexlus Pompée, un des fils du vaincu de Pharsale (39).
Bientôt la paix était rompue : c'est d'abord la guerre entre Octave et Sextus Pompée (38). — Une bataille navale se livre aux environs de Myles, sur la côte orientale de Sicile, où Sextus, vaincu par Octave et Agrippa, est mis en fuite (3 septembre 36). Il doit se réfugier en Asie où il est tué (35).
Puis, c'est la brouille entre les triumvirs. En l'an 30, Lépide, déposé par ses collègues qui le re-
gardent comme un incapable, est relégué à Gircéies. La République n'a plus que deux maîtres; mais le duumvirat d'Octave et d'Antoine est profondément troublé dès ses origines. La rupture est habilement préparée par la modération affectée, l'administration aussi sage que forte d'Octave, qui sait se rendre populaire en Italie, pendant qu'Antoine, de retour en Egypte, occupé à suivre Gléopàtre, déguisé en Osiris ou en Bacchus, se ridiculise, se déshonore et se perd (35-33).
La rupture est définitive en 32. Octave, dont les préparatifs sont faits, provoque le décret du Sénat qui enlève le consulat de l'an 31 à Antoine et déclare la guerre à Gléopâtre. Le 1''" janvier 31, Octave prend possession du consulat avec Valerius Messalla pour collègue. Il mène rapidement la campagne contre son ancien allié. Après plusieurs engagements, la bataille définitive d'Actium (2 septembre 31) a pour conséquences la fuite en Egypte, puis le suicide d'Antoine et de Ghîopâtre (août 30). Après avoir employé l'hiver (30-29) et le printemps de l'an 29 à régler les affaires de l'Asie Mineure, Octave rentre à Home pour obtenir les honneurs du triomphe (août 29) et recevoir le titre d'imperator. L'Empire avait remplacé la République.
Arrivé a Rome vers le temps de la bataille d'Actium, Ovide assista, sans doute, aux pompes du triomphe de 29, dont on peut noter un souvenir dans ces vers de la conclusion des Métamorphoses^ où Jupiter prédit à Vénus la gloire du premier empereur romain :
Ino Égyptienne, épouse d'un cliel' romain, pleine d'une
vaine confiance dans son mariage, succombera; c'est sans succès qu'elle aura menacé d'asservir notre Capitole à sa ville de Canopée
Nous ignorons quels sont « les maîtres les plus célèbres dans leur art^ » dont Ovide et son frère, à leur arrivée à Rome, entre 32 et 30, allèrent fréquenter Técole de grammaire. On a prétendu qu'Ovide avait été l'élève du grammairien Hygin, l'auteur connu de compilations mythologiques. Ce n'est qu'une hypothèse : Suétone-^ dit simplement que le poète fut l'ami du mythographe. Comme Hygin, qui mourut Tan 16 de l'ère chrétienne, était né en 64 avant Jésus-Christ, comme il avait trentecinq ans environ au moment de l'arrivée à Rome de l'écolier de Sulmone, il se peut qu'il Fait reçu parmi ses disciples, mais rien ne le prouve.
D'autre part, tout s'accorde pour démontrer qu'Ovide n'a pas été à l'école de Plotius Grippus, quoiqu'on l'ait prétendu sur Ja foi d'un érudit calabrais du xv*" siècle, San Severino, connu en philologie sous le nom de Pomponius Laetus^. Suétone cite un Plotius Gai lus qui, le premier à Rome, enseigna en latin, non la grammaire, mais la rhétorique^ : Cicéron nous dit qu'il était lui-m.cme
\. Met., XV, v. <S26-82S. — Au lieu d'un souvenir personnel, ces vers ne sont peut-être qu'une simple imitation de lettré. Ils rappellent, en etlet, le passage fameux d'Horace {Odes^ l, xxxvii, V. G-8) : ... Capilolio Regina démentes ruinas Funus et imperio parahal.
2. Tristes, IV, x, v. 16; Imiis ad insignes Urhis ab arte viros.
3. Suétone, De illustr. Grammat., xx: C. JuliusHygimis, Augusti liber tus... fuit familiarissimus Ovidio poetae.
4. Ovide, édit. Lemaire, vol. Ylll, p. 75. <^ P. Ovidii Nasonis vita ex vetusto codice Pomponii Laeti cujus apographum exstat in Vaticana Bibliotheca » : Sub Plotio Grippo, litteris eruditus...