‹ La jeunesse d'OvideChapitre 32 sur 203 · Suétone, De claris Rheforibus, n · texte numérisé non relu

Suétone, De claris Rheforibus, n

tout jeune quand Plotius Gallus tenait école'. Ce rhéteur, qui enseignait avant Tan 90, n'a pu être le maître d'Ovide après l'an 30. Stace parle avec éloges d'un rhéteur nommé Plotius Grypus, qui fut son protecteur-. Ovide, né l'an 43 avant Jésus- Christ, ne peut évidemment avoir eu pour maître de grammaire le rhéteur Plotius Grypus, qui protégea l'auteur des Silves, né en l'an 45 de l'ère chrétienne, près d'un siècle après l'auteur des Amours.

Il faut donc nous résigner à ignorer quel fut le maître de grammaire d'Ovide; le poète ne nomme pas, comme fait Horace, celui qui lui a donné la férule; il ne dit pas ce qui lui fut enseigné : mais de nombreuses allusions prouvent que ses souvenirs d'école les plus précis se rapportent aux coups qu'il a reçus.

Dès l'aube du jour, tenant à la main la petite lampe indispensable dans la classe obscure, les matins d'hiver, portant en bandoulière la capsa^ — la boîte qui contenait les volumina^ les rouleaux d'extraits de Livius Andronicus et d'Ennius, les tabulae ceratae et le stylus, nécessaires pour écrire sous la dictée, — Ovide et son frère, revêtus pardessus la tunique de la loga praetexta bordée par en bas d'une large bande de pourpre, ayant tous les deux suspendue au cou la hidla en or, comme il convenait aux fils d'un chevalier, s'acheminaient vers la maison d'école, qui était d'ordinaire une

\. Cicéron, cité par Suétone. De claris Wietoribus, ii. 2. Stace, Hilces, IV, ix.

sorte d'appentis, de hangar en bois [pergula) adossé à quelque bâtiment plus considérable. Le mobilier était modeste : une chaire pour le maître et des bancs sans dossiers pour les élèves; peutêtre, entre la chaire et les bancs, ces troiirons flosipr sanglant^ dont parle Montaigne.

La discipline des écoles romaines était celle qui fat en honneur dans les collèges français jusqu'à la Révolution. Le hon Rollin lui-même disait : « Je n'ai garde de condamner le châtiment de verges, après tout ce qui est dit dans plusieurs endroits de FEcriture. » Nous nous représentons facilement le plagoms Orbilius d'Horace, a la trogne elTroyable, les mains armées de fouets )j, expliquant les vers obscurs de Livius Andronicus au milieu des « cris d'enfants suppliciez ».

Ovide n'a pas fait passer à la postérité le nom du collègue d'Orbilius par qui il fut battu ; il ne parle que de la férule qui lui meurtrissait les mains. Le jeune poète qui compose les Amours se souvient des tortures qui accueillaient dès le matin l'écolier doucement élevé dans la maison familiale de Sulmone; et il s'écrie, maudissant l'Aurore :

C'est toi qui voles aux enfants leui' sommeil ; c'est toi qui les livres à leurs maîtres, pour que leurs mains délicates subissent les coups cruels de la férule *.

Le poète, qui ne dit rien de son maître ni de ses études, n'a garde d'oublier la férule qui jouait un

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