‹ La jeunesse d'OvideChapitre 35 sur 203 · Plutarque, Vie de Cicéron, ii · texte numérisé non relu

Plutarque, Vie de Cicéron, ii

'^. D'après une vieille tradition qui ne repose sur aucun fondement et qui s'est perpétuée jusqu'à l'édition Lemaire, où l'Elégie vu du livre IH des Triâtes est encore intitulée Ad filiam Veiillam,

Cette élégie prouve tout au moins que Fexilé corrigeait autrefois a Rome les vers grecs de la jeune Perilla, et permet de supposer que, ne se bornant pas à la simple critique, il en composait lui-môme le corrigé :

Toi aussi, dis-le-moi, restes-tu fidèle à nos études communes? Ecris-tu toujours de doctes poèmes dans cettelangue qui n'est pas notre langue maternelle'? Car, en même temps qu'elle t'a fait naître, la nature t'a donné des mœurs chastes, des qualités rares et le génie. Ce génie, c'est moi qui, le premier, l'ai conduit à la source sacrée, qui a jailli sous le pied de Pégase. Comme un père l'eût été pour sa fille, j'ai été pour toi un guide et un compagnon. Si donc ton cœur conserve intact le feu de la poésie, seule la poétesse de Lesbos pourra surpasser ton œuvre. Mais je crains que ma disgrâce n'arrête ton essor et que, depuis nos désastres, ton génie ne demeure inactif. Tant que cela nous fut permis, souvent je fallu mes vers, souvent tu m'as lu les tiens. Souvent j'ai été ton juge, souvent ton précepteur. Tantôt je prêtaisl'oreille à tes poésies nouvelles, tantôt, si tu avais commis une faute, je fen faisais rougir-.

Ovide conseille aux jeunes gens de savoir le

Gaudenzio Merula, philologue italien du xvi* siècle, a soutenu que 'Perilla était la fille d'Ovide. Le vers 18 de cette élégie [Vtque palev ?irt/ae...) suffit à réfuter cette opinion. Perilla doit être un i)seudonyme : nous savons par Apulée {De Maffia, x) que le poète Ticidas célébra sous le nom de Perilla sa maîtresse, qui était une femme de la f/ens Metella. Les rapports de Perilla et d'Ovide semblent être ceux d'une fille et d un père, d'une élève et d'un maître qui s'écrivent « pour l'amour du grec ». Ce commerce d'esprit, cette amitié, exemple de tout mélange de sensualité, entre un littérateur et une femme éprise de lettres, n'était pas sans exemple dans la société romaine. Déjà Cicéron avait entretenu une longue correspondance avec Caerellia, femme instruite, qui s'occupait de philosoi)liie. — Voir F. Antoine, Ciccro?i et Caerellia [Revue des Universités du Midi, ISO.'i, p. "/.'i-SS).

1. Non patrio carmina more. En admettant au lieu de la vulj^ate (mine ou non), la leçon num patrio. qui se trouve dans quelques iuanuscrits, lUese modifie complètement le sens de la phrase.

Page 1