CHAPITRE III
Les écoles de déclan(ation à Rome. — Leur origine. — L'école de Cicéron. — Les écoles des rhéteurs. — Les sujets de devoirs à l'école de déclamation et dans nos classes de rhétorique. — Les suasoriae et les controvevsiae.— Utilité et danger de ces exercices. — Influence des suasoriae sur les œuvres des poètes du siècle d'Auguste. — Jugements sévères sur les écoles de déclamation portés par les auteurs du Satiricon et du Dialogue des Orateurs.
Quand Ovide commença à fréquenter les rhéteurs, vers l'an 27, l'exercice principal des écoles de rhétorique, la déclamation^ qui allait être un siècle plus tard la préparation unique et indispensable des plaidoyers et de l'éloquence judiciaire ^ était, depuis plus de cinquante ans, l'exercice ordinaire qui servait à achever l'éducation littéraire des jeunes Romains.
Cet exercice scolaire ne devait pas former Ovide aux luttes du barreau, mais il devait dominer toute son évolution intellectuelle. Avant que la lecture familière des poètes et que le milieu lettré où Ovide sera accueilli au sortir de Técolene développent en luiles tendances àl'alexandrinisme qu'il semble avoir
1. Quintilien, Institut. Orat.^ IV, ii, 29 : Declamalio forensium actionum meditatio.
eues de naissance, la déclamation scolaire va exercer sur l'élève d'Arellius Fusciis et de Porcins Lairo une influence qui dirigera toute son œuvre. Des Amours aux Tristes et aux Fastes^ le talent du poète procède, pour le fond, de la culture alexandrine, qui fournit à son érudition des matériaux immenses, et, pour la forme, des exercices de déclamation qui lui donnentla manière convenable au génie romain contemporain de mettre en valeur tous ces trésors de science poétique, toutes ces ressources de savoir encyclopédique.
La déclamation existait déjà, au temps de la jeunesse de Gicéron qui se plaint qu'on lui interdise de suivre les leçons de Plotius Gallus, le plus ancien « rhetor latinus^ ». Pour le plus grand bien de l'éloquence romaine, Gicéron, au lieu d'être Tauditeur de Plotius Gallus, doit, dès Page de seize ans, en 90, recevoir l'éducation oratoire traditionnelle des jeunes Romains : il fait son apprentissage au Forum qu'il fréquente assidûment, écoutant les orateurs célèbres, résumant et analysant leurs discours, s'attachant en particulier au tribun Sulpicius dont il suit toutes les harangues prononcées dans l'exercice de sa charge'.
Il n'avait pas été permis à Gicéron, étudiant, de fréquenter les écoles de déclamation dirigées par les rhéteurs latins : dès l'an 92, \v censeur Grassus décida son collègue Domitius Ahenobarbus à supprimer ces écoles qu'il jugeait dangereuses pour