Annales, XIII, xliv; llisloires, IV, xi.iv
divorce, la complice du tribun avait trouvé l'occasion d\m mariage avantageux et ne voulait plus entendre parler de la promesse faite à Octavius Sagitta. Désolé, celui-ci sollicite une dernière nuit de rendez-vous, après laquelle il promet de se retirer définitivement, sans se plaindre. L'entrevue lui est accordée ; la porte est ouverte par une femme de chambre confidente. Un atfranchi accompagne Octavius, qui est armé d'un poignard caché sous ses vêtements. A peine les deux amants se trouventils en présence, ce sont des querelles, des reproches, des plaintes; puis vient ce que Tacite appelle la satisfactio. Mais la fin de Tentrevue est aussi orageuse que Tavaient été les préliminaires : Octavius tue Pontia d'un coup de poignard, blesse la suivante, qui accourait au secours de sa maîtresse, et s'enfuit. Le lendemain, le crime est découvert; TalTranchi se prétend coupable : il a vengé l'outrage fait à son patron. Mais la suivante, guérie de ses blessures, rétablit l'exactitude des faits. Le père de Pontia dépose une plainte auprès des consuls, présidents naturels du Sénat dont Octavius Sagitta fait partie en sa qualité de tribun de la plèbe. Au sortir de sa charge, le tribun est condamné à l'exil, en vertu d'une vieille loi de ,SyIla qui punit les assassins par le poignard, la Icx Corne lia de sicariis.
Lucain composa avec succès le réquisitoire du sénateur qui soutenait l'accusation contre Octavius et le plaidoyer de l'avocat chargé de défendre l'accusé. Ce genre d'exercice ressemble, au fond, à celui que Cicéron proposait à Brutus, quand il lui
faisait rédiger une défense de Milon, disposée d'après un autre plan et fondée sur d'autres preuves que la Milonienne . Il y a évidemment quelque chose de factice à défendre et à attaquer tour à tour le même personnage, au sujet de la même cause; et le moraliste, après avoir entendu Lucain plaider successivement pour et contre Octavius Sagitta, aurait eu le droit de s'écrier comme le Satyre de La Fontaine :
Arrière ceux dont la bouche Souffle le chaud et le froid ' !
Mais il est du métier de l'avocat de souffler le chaud et le froid, de plaider le pour et le contre; et les maîtres de Lucain pouvaient dire qu'ils ne faisaient que préparer leur élève aux obligations de son futur ministère. Les rhéteurs, apparemment, n'étaient pas embarrassés, non plus, pour justifier le choix des controversiae bizarres et romanesques qu'ils faisaient traiter dans leurs classes. Ils comprenaient bien que leurs disciples n'auraient jamais à plaider les causes invraisemblables qui servaient de thèmes aux discussions scolaires : mais ils les leur imposaient dans le but pratique de les rompreà toutes les difficultés de la profession d'avocat. Qui peut le plus, peut le moins: un élève habitué à se tirer des procès fictifs les plus extraordinaires, quand il sera avocat, se trouvera à l'aise en face des causes ordinaires du Forum. Quelque faible, quelque ingrate que soit la matière de la plaidoirie demandée, elle