CHAPITRE IV
Les professeurs de rhétorique et les camarades d'Ovide. — Arellias Fuscas et Porcins Latro. — Une déclamation d'Ovide écolier conservée par Sénèque le Rhéteur. — L'influence dominante de la déclamation sur l'œuvre d'Ovide. — Le Jugement des Armes dans les Métamorphoses. — La rhétorique dans la poésie personnelle des Tristes
Quand Ovide quitta, vers l'an 27, l'école de grammaire, cette déclamation, dont Sénèque se vanle d'avoir vu la naissance, était déjà sortie du berceau, et l'élève des grammairiens allait suivre l'enseignement de deuv des maîtres qui consacraient leur vie entière à ce que le vieux rhéteur appelle la seule éloquence sans but ambitieux, mais qui est aussi sans utilité pratique.
Ovide eut pour prolessciirs de déclamation Arellius Fuscus et Porcius Latro, qui formaient avec (îaius Albucius Silus et L. Junius Gallio un tetradeuni ou quatuorvirat de rhéteurs pour lesquels l'auteur des Controverses ne ménage pas ses éloges ^
1. Sénèque le Rhéteur, Conirovers., X, Prooem., xiii : Primum te/radeuni guod faciam, guaerifis? Laf remis, Fusci, Aifjuci, Gnllio nis. — Voir, sur ces rhéteurs, les dissertations <lc F. -G. Lindner:
Nous ne savons rien des rapports d'Ovide avec Gains Albucius Silus; il fut le condisciple et resta Tami de L. Junius Gallio. Cette amitié est attestée par Sénèque le Rhéteurs grand ami lui-même de Gallio, à qui il devait donner en adoption son fils aîné, M. AnnaeusNovatus, qui prit dès lors le nom de L. Junius Gallio. A la fin de sa vie, des bords du Pont oii il est relégué, Ovide écrira à Gallio, qui vient de perdre sa femme, une lettre de condoléances :
0 (jallio, je puis à peine m'excuser de ne pas avoir cité ton nom dans mes vers; car, je ne l'ai point oublié, quand je fus frappé d'un trait lancé par la main d'un dieu, tes larmes furent un soulagement à ma blessure-.
Il est probable que, parmi les nombreux amis dont Ovide exilé rappelle les noms^, quelques-uns tout au moins étaient d'anciens camarades de l'école de déclamation. Mais on ne peut guère l'affirmer
De M. Porcio La/rone conimenfatio, Breslau, 18.")'); — De Avellio Fusco commentalio, Breslau, 1862; — De Gaio Albucio Silo commentalio, Breslau, 1861 ; — De Junio Gallione commentalio, Hirsrliberji,^ 1868. — Victor Cuchevnl, Histoire de V éloquence romaine, depuis la mort de Cicéron jusquù V avènement, de Vempereur Hadrien, Paris, Hachette, 1893, t. F,chap.x. — ^evihei, Wié torique latine et Rhéteurs latins {Revue Universitaire, 15 avril 1894). — - Henri Bornecque, Les Déclamations et les Déclamateurs, d'après Sénèque le Père, Lille, 1902 (très importante Bihliof/rapliie, p. :5-6). — G. Boissier, Les Ecoles de déclamation à Rome {Hevue des Iteu.r- Mondes, 1" octobre 1902; article réimprimé dans le volume sur Tacite (Paris, Hachette, 1903, p. 197-235).
1. Sénèque le Rhéteur, Suasor., \l\, vu: Hoc aulem dicebat GallioNasonisuo valde placuisse.