‹ La jeunesse d'OvideChapitre 54 sur 203 · Trhl., IV, X, V · texte numérisé non relu

Trhl., IV, X, V

doué de toute Téloquence brutale du fameux Paysan du Danube^ sa mémoire était admirable et sa fmesse d'esprit, très vive. Il avait une constitution vigoureuse ; sa poitrine était excellente : mais il en abusa et sa voix puissante se brisa « dans les cris de l'école ». Son ardeur au travail était extraordinaire; il ne savait pas se ménager; il se surmenait par des mois d'étude et de déclamation. Puis, sans transition, c'étaient de longues périodes de vacances oii le repos intellectuel absolu s'aggravait de prodigieuses fatigues physiques. Il allait à la chasse : rien de la méthode toute littéraire de chasser dont se vante Pline le Jeune, qui, assis auprès de ses filets, le stylet et les tablettes de cire à la main, attend en méditant et en écrivant que les sangliers veuillent bien venir se prendre au piège. Tout au contraire : Porcins Latro s'enfonce dans les forêts; il marche nuit et jour, sans se reposer, sans se nourrir, sans dormir ; son endurance de montagnard des sierras espagnoles harasse tous les paysans italiens qui l'accompagnent. Puis, quand la chasse l'ennuie, il rentre à Rome, et le travail ininterrompu du rhéteur le ressaisit. Il écrit aussitôt après les repas, ce qui lui abîme l'estomac; il passe la nuit à préparer ses sujets, ce qui lui fait perdre à peu près la vue ; il déclame à jeun dès le matin, il hurle ses déclamations, ce qui lui brise la voix. Sa vigoureuse constitution se ruine ; il devient blôme et fiévreux.

Cette pâleur du maître était, dit Pline l'Ancien, un objet d'émulation de la part de ses élèves qui absorbaient des infusions de cumin pour devenir

pâles comme lui ^ Les disciples ont, en effet, pour Porcins Latro une adoration qui va jusqu'à la puérilité ; ils essaient de l'imiter en tout, et il leur est plus facile de devenir blêmes comme lui que de ravir le secret de son art. Pourtant, ce maître si aimé ne fait rien pour ses élèves. Il le dit lui-même, ({ il préfère vendre son éloquence que sa patience ». 11 n'a pas la patience d'écouter les déclamations d'élèves, mais il ne marchande pas son éloquence : il parle tout seul, tout le temps ; du commencement de la classe jusqu'à la fin, il déclame sans interruption. Les élèves des autres rhéteurs donnent à ceux de Porcius Latro le nom iï midi I ores : ce ne sont pas des discipidi.

Ces auditeurs passifs admirent tout ce que le maître dit : ils applaudissent de confiance toutes les tirades de la déclamation. Mais le maître tend des pièges : il provoque des applaudissements qui portent à faux ; alors il s'arrête brusquement et gourmande son auditoire.

Cette vie factice, toute dagilation stérile, se termine avant la soixantième année. La maladie incurable, suite fatale de ses excès de fatigue intellectuelle et physique, empêche le rhéteur de déclamer; ne pouvant plus déclamer, il se débarrasse de la vie qui est désormais pour lui sans but et sans intérêt. La déclamation était le tout des hommes de la trempe de Porcius Latro.

Car, il faut le remarquer, hors de l'école, ces hommes perdent leurs moyens. Leur éloquence les

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