‹ La jeunesse d'OvideChapitre 55 sur 203 · Pline l'Ancien, N. H., XX, i.vii, KUl · texte numérisé non relu

Pline l'Ancien, N. H., XX, i.vii, KUl

abandonne, quand ils ne sont plus en face d'un auditoire d'élèves disposés à tout applaudir. Chargé, en Espagne, de plaider pour un de ses parents, Porcins Latro est ébloui par la lux forensis; il débute en faisant un solécisme, il se trouble, il est incapable de continuer sa plaidoirie. Ces déclamateurs ne sont pas des avocats : Porcins Latro fait penser à un excellent maître d'escrime qui tomberait en pâmoison, s'il devait quitter le fleuret moucheté pour Tépée de combat.

Sénèque le Rhéteur est beaucoup plus sobre de renseignements sur Fuscus Arellius, qui n'est ni son compatriote, ni son contemporain, ni son condisciple. Un peu plus âgé que Sénèque, Fuscus, originaire d'Asie ^ semble avoir conservé les caractères de l'ancienne éloquence asiatique. Il déclamait plus volontiers en grec qu'en latin ; il se plaisait à développer des causes appartenant au genre délibératif. Notons qu'il citait constamment Virgile et que, dans les déclamations d'élèves, il approuvait toutes les expressions, pourvu qu'elles fussent de nature à produire de l'effet. L'imitation de Virgile, l'usage et l'abus des phrases à effet : voilà deux caractères de l'art d'Ovide qui sont dus aux leçons du maître de rhétorique.

Au contraire de Porcins Latro dont il devait utilement compléter l'enseignement par ses qualités tout opposées, Arellius Fuscus écoutait les décla-

1. Sénèque le Rhéteur, Confrov., IX, vi,lH: Fuscus ArelHuft cum essel ex Asia... H. Bornecque lit avec Scliultincf, ex Asianis (du nombre des orateurs de récolc asiatique), et admet qu'Arellius Fuscus naquit en pays grec. — Xoir Les iJcclo mations et les Déclamateurs, p. l.'iO.

mations de ses disciples, qui n'étaient pas réduits au siaiple rôle d'auditeurs, et Sénèque nous a conservé Tessentiel d'une controverse soutenue avec grand succès par Ovide dans la classe de ce maître K Le titre de la controverse était le Serment du mari et de la femme. En voici le thème :

Un mari et sa femme ont promis par serment que, s'il arrive malheur à l'un d'eux, l'autre ne lui survivra pas. Le mari part en voyage ; pour éprouver sa femme, il lui envoie un messager chargé d'annoncer la fausse nouvelle de sa mort. La femme veut se tuer : elle se précipite d'un lieu élevé; mais elle guérit de ses blessures. Le mari revient. Le père de la jeune femme ordonne à sa fille de divorcer ; elle refuse, car elle aime toujours celui qui l'a abusée. Alors le père la renie.

Ovide plaidait contre le père en faveur du mari et de la femme, dont il ne séparait point la cause.

Je me souviens — dit Sénèque — d'avoir entendu Ovide déclamer cette controverse devant le rhéteur Arellius Fuscus dont il était l'élève. Quand il était étudiant, on le regardait comme un bon déclamateur. De tous ceux qui ont déclamé ce sujet devant Arellius Fuscus, il m'a semblé de beaucoup le plus ingénieux. Il n'y avait qu'un reproche à lui faire : son discours allait sans ordre certain à travers tous les développements.

Voici ce que je me rappelle avoir recueilli pendant qu'il parlait :

Tout mon labeur dans la cause que je plaide consiste à obtenir de toi que tu permettes à cette femme d'aimer son mari, à ce mari d'aimer sa femme. Il faut ensuite, si tu leur as permis une mutuelle alTection, que tu leur permettes de s'engager par serment. Et quelle a été, penses-tu, la forme de notre serment? C'est ton nom invoqué par nous, qui

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