Met., XIII, V. .Vl:^i
3. E. Nageotte, Ovide, m vie el ses œuvres, Paris, 1812, p. 17o,
i. On trouvera Joannis Passeratii in Ovidii Annorum Judîciwn Pvaefalio dans le volume VIII de VOvide, de la collection Lemaire,
poète, au lieu de s'astreindre, comme le titre de sa chaire l'exigerait, à commenter les discours d'un orateur. Mais sa justification est facile : « Les vers d'Ovide, dit-il, ne s'écartent pas de mon office et de cet enseignement de l'éloquence dont je suis chargé, puisque personne n'aura à y regretter l'absence d'aucun des préceptes bien connus des rhéteurs. » Avant que les deux discours d'Ajax et d'Ulysse fussent commentés au Collège de France par le professeur d'éloquence latine, ils étaient paraphrasés en prose latine par Amerbach ^ traduits en vers italiens- et en vers français''. La j)arodie est la consécration du succès. Elle ne manque pas aux Plaidoï/cz d'Ajax et d'Ulysse pour les armes d.' Achille^ qui sont traduits en vers burlesques par le chevalier de Loutaud (Paris, 1665). La controversia qu'Ovide a fait soutenir par Ajax et par Ulysse mérite assurément une part de l'attention que les modernes lui ont accordée. Car les discours imaginaires insérés dans les histoires et dans les épopées reflètent hdèlement les habitudes littéraires de l'époque où ils ont été composés, et
p. 30r»-:513. — Pour ce « Passerai de la Sah/re Ménippée r> et son « recueil de Discours de rentrée et d'ouverture, Orafioiips et l'ruefdliones », voir Sainte-Heuve. Disconra pi'onuncé à Vouverlure t/u cours (le poésie latine (tu Collège de France, le 9 mars 1855, p. 10-14 de \ Etude sur Virr/ile, Paris, 1870.
1 . l'arap/irasis duarum Ùvidianarum, Ajacis et Ulyssis, orationum a Vito Auierbacbio conscripta, nuncque primum in lucem édita, Uasileae, 1549.
2. Le due orazioni che sono net Xfll lihro dette Metamorfosi de Oridio, iuna d'Ajace et l'allra d'i'lisse. Tradotte in versi sciolti ilairAcademico Stordito Intronato. In Venetia, 1;>41.
3. Le Procès d'Ajax et d'Uli/sse pour les armes irAchitle, contenu au XIII" livre de la M(''lamor phase, translaté en vers fran(;ois par Jacijues Colin. Lyon, 1;)47.
donnent la caractéristique du talent de l'historien ou du poète. Les discours contradictoires, qui n'ont rien d'une controversia scolaire, échangés par l'Agamemnon et l'Achille de VIliade, avec force injures et menaces de coups, évoquent THellade primitive et ce que Fénelon appelait « l'aimahle simplicité du monde naissant ». Dans le conseil des dieux du X" livre de VÉncide, Junon et Vénus discutent, non comme deux rhéteurs récitant leur déclamation, mais comme deux Pères Conscrits développant leurs arguments avec passion ; et ce conseil des dieux a tout l'air d'une séance du Sénat romain, tenue sous la présidence de Jupiter, ce vrai Princeps Scnatiis. Le conseil des ministres de la Pharsale, l'assemblée des « monstres d'Egypte » qui décident du sort de Pompée, nous fait l'effet d'un de ces colloques de rhéteurs que Sénèque le père nous a décrits ; Lucain, digne petit-fils de Sénèque, a fait faire leur rhétorique aux monstres d'Egypte. Par contre, le sophiste Quintus de Smyrne, beaucoup plus raffiné que les déclamateurs latins, essaie, non sans succès, dans son poème, qui est un long pastiche homérique, de faire parler avec violence et s'injurier avec brutalité, comme si leurs discours appartenaient à VJUade, Ajax et Ulysse se disputant les armes d'Achille. Ovide n'a pas eu ce souci de couleur locale, absolument inconnu à la rhétorique latine. On peut répéter, à propos dos plaidoyers prononcés par les héros, homériques dans les Métamorphoses, ce que Montesquieu disait des discours contradictoires que Tite-Live, élève des rhéteurs comme Ovide, prêtait
à Scipionct à Hannibal, occupés à discuter la paix entre Home et Carthage : « J'ai du regret de voir Ïite-Live jeter ses lleurs sur ces énormes colosses de l'antiquité : je voudrais qu'il eût fait comme Homère qui néglige de les parer et qui sait si bien les faire mouvoir ^ »
Ce n'est pas seulement pour en orner les discours de ses héros que le poète Ovide prodigue les fleurs de l'école. Il en abuse pour toutes ses œuvres. Les discours d'Ajax et d'Ulysse doivent apparemment beaucoup à Porcins Lalro : car, Sénèque le dit, et on le croit sans peine, « Ovide déclamait rarement des controvcrsiae^ et seulement quand elles portaient sur des sujets de morale; il déclamait plus volontiers des sffasoriae. Toute espèce d'augmentation lui était à charge^ ». Si l'art d'agencer les preuves et de les mettre en valeur lui plaisait moins, il aimait à emprunter aux déclamations qu'il entendait les traits brillants que sa fantaisie érudite pouvait ensuite varier et développer, sans aucun scrupule d'argumentation. Sénèque donne uncurieuxexemple du procédé employé par Ovide pour prendre son bien où il le trouvait :
Je me souviens que, dans un de ces préambules {praefatio, sorte de discours préliminaire où le rhéteur donnait des conseils à ses disciples), Latro avait dit, et ses écoliers (sco/rtstici) avaient retenu par cœur sa phrase, comme si c'eut été un texte de loi {quasi c arme n)\ Ne coyez-vous pas comme les feux de la torche deviennent languissantSjSi vous la maintenez immohilc, comme ils se raniment, si vous Vagitez? Voisiveté amollit les hommes; le fer oisif se ternit^ se couvre de rouille; à trop
1. Montesquieu, Grandeur et Décadence des Romains, chap. v. . Sénèque le Hhéteur, Controvers., II, ii, 12.
se reposer on désapprend. Ovide a dit : J'ai vu grandir les flammes agitées d'une torche que Von mettait en mouvement ; je lésai vues mourir quand le mouvement cessait K
Ces vers d'Ovide se trouvent dans une pièce, qui fait partie du recueil des .Imoz^r.s-, véritable suasoria^ où le poète développe ce lieu commun d'école : « Il faut céder à TAmour; en supportant son joug d'une manière passive et avec soumission, on a moins à souffrir du dieu. » Ces vers sont suivis de tout un développement par sententiae qui, lui aussi, procède évidemment de l'école de rhétorique :
Les jeunes bœufs qui refusent le poids du premier joug reçoivent plus de coups que ceux qui prennent goûta labourer; on brise avec le mors le plus dur la bouche du cheval rétif; on fait moins sentir le frein à celui qui est disposé à courir aux combats. De même, pour les cœurs rebelles, FAmour est un tyran bien plus impérieux que pour ceux qui consentent à supporter ses lois-*.
Quant à la sententiade Latro, Sénèque n'en cite l'emploi que dans une pièce des Amours : Ovide en a usé à satiété dans ses divers ouvrages. Qu'il suffise de rappeler quelques exemples empruntés aux dernières productions du poète, aux élégies qu'il écrivait en exil, quarante ans environ après avoir entendu la praefatiode son maître de déclamation :
Ajoute que, rouillé depuis longtemps, mon talent s'engourdit et s'amoindrit. Le champ fertile que la charrue ne retourne pas assidûment ne produira plus que de mauvaises