Tilc-Live. IX, x\x ; — Ovide, Fastes, VI, v
avait plus personnepoiir jouer de la flûte pendant les sacrifices et les festins, au théâtre et aux funérailles. Le Sénat dut prier les ïiburtins de s'entremettre pour faire revenir les joueurs de flûte. Le conseil municipal de Tibur est réuni en une séance extraordinaire où l'on convoque les^réwisles{tibicines accill iîi ciiriam). On leur communique la demande du Sénat ; on les supplie de s'y conformer ; c'est en vain : l'éloquence des magistrats de Tibur n'a aucun succès. Alors on a recours à un stratagème : on invite les musiciens à un repas plantureux, qui leur rappelle les festins du temple de Jupiter; ils s'y enivrent, comme ils s'enivraient aux festins du temple de Jupiter. On continue à les faire boire jusqu'au moment où ils s'endorment ivres-morts (vino cujus avidum ferme c/emis est oneratos sopiunt) ; on les place alors sur des chariots recouverts de claies, pour qu'ils ne puissent s'échapper, s'ils se réveillent. Ils sont bercés dans leur sommeil par le mouvement des chariots, qui partent de Tibur en pleine nuit, qui arrivent aux Esquilies vers le matin, qui descendent par la Voie Sacrée et s'arrêtent au Forum . C'est au milieu du Forum que le grand soleil de juin réveille les joueurs de flûte, honteux et confus, prisonniers sous leurs claies dont ils n'osent se dégager. Mais le censeur Plautius est la : il leur conseille, il leur donne les moyens de se déguiser en femmes, pour échapper aux regards et aux moqueries. Cette fois, ils sont dociles aux avis, ils sont vaincus.»
Le Sénat n'abusa pas de sa victoire, et les conditions de paix furent très douces pour le syndicat
j'élabli dans ses anciens privilèges, qui obtint Taulorisation do célébrer par une fête nouvelle le souvenir de la si'cession à Tibur. Depuis Tan 313, à cliaque anniversaire de leur arrivée peu triomphale MU Forum, les joueurs de flûte se répandaient par la ville, déguisés en femmes, comme le matin de leur rentrée à Rome, et s'enivraient, comme le soir de leur festin à Tibur. En outre, ils avaient le droit de se réunir, aussi bien que les autres artistes, dans le temple de Minerve, qui n'était pas la protectrice des tibicines.
On sait, en etîet, que Pallas-Athéné aimait tous les instruments de musique, à l'exception de la llûte dont le jeu déforme les traits du visage : c'est pourquoi les tibicines n'étaient pas admis à faire leurs dévotions, pendant les grandes Quinquatries, à la Minerve romaine qui avait hérité de tous les attributs de Pallas-Athéné. Déesse de la guerre savamment conduite qui donne la victoire, et, par suite, une paix heureuse, la protectrice d'Athènes favorisait tout particulièrement les arts pacifiques. Elle présidait à toutes les manifestations de l'activité humaine, depuis les humbles métiers du charpentier qui manie l'équerre, du potier qui tourne la roue, de la femme qui tisse la toile, jusqu'aux plus hautes conceptions artistiques du poète et du musicien, du peintre et du sculpteur, de l'architecte et de Tastronome. La ^lincrve romaine conserve le double caractère pacifique et guerrier de la déesse grecque; mais, à Rome, le caractère guerrier était naturellement le plus développé.
Aussi, un seul jour des grandes Quinquatries,
le premier (le 19 mars), était réservé à tous les arts et à tous les métiers de la paix. Le quatorzième jour avant les calendes d'avril voyait monter vers le temple de Minerve sur FAventin, confondus en un immense cortège, tous ceux qui servaient la déesse à divers titres : écoliers, ouvriers et ouvrières de tout genre, médecins, artistes et poètes. Les trois jours suivants étaient réservés à la Minerve guerrière dont on célébrait le culte par des combats de gladiateurs et de bétes féroces; le cinquième jour (23 mars), les Quinquatries se terminaient par la cérémonie de la purification des trompettes et par les derniers sacrifices offerts à Miner va Bellica .
Ovide nous a laissé un intéressant catalogue des fidèles de cette fcte à laquelle il prenait part en sa qualité de poète dévot à Minerve:
Voici les cérémonies sacrées en Thonneur de Minerve ; leur nom vient de la suite des cinq jours qu'elles remplissent. Le premier, on ne répand pas le sang; il n'est pas permis de combattre le fer à la main : la cause en est que c'est le jour de la naissance de Minerve. Le second jour et les trois autres qui suivent sont célébrés par des combats sur Ig sable bien balayé : et l'aspect des épées nues réjouit la belliqueuse déesse.
Maintenant, enfants, et vous, tendres jeunes filles, adressez vos prières à Pallas. Celui qui aura su apaiseï- Pallas, celui-là sera savant. Ayant apaisé Pallas, (|ue les jeunes lilles apprennent à amollir lalaine et à épuiser, en lilant, les quenouilles qui en sont chargées. Pallas enseigne aussi à faire courir la navette au travers des fils tendus sur le métier et à resserrer la trame lâche au moyen du peigne d'ivoire.
Honore Pallas, toi qui enlèves les taches des vêtements salis. Honore la déesse, toi qui prépares les vases d'airain où les toisons doivent changer de teinte. L'ouvrier ne saura.
malgré Pallas, adapter habilement une chaussure qui maintienne la plante des pieds, fùt-il plus habile que Tychius^. Et celui qui, mis aux prises avec Epeus 2, le charpentier d'autrefois, l'emporterait sur lui par l'adresse de ses mains, celui-là, si Pallas s'irrite, ne sera plus qu'un manchot.
Vous aussi qui, grâce à l'art d'Apollon, chassez les maladies, reportez à la déesse quelque peu des présents que vous recevez. Et vous, si nombreux, qui vous voyez presque toujours frustrés des honoraires qui vous sont dus, maîtres de la jeunesse, ne négligez pas la déesse : elle vous attire de nouveaux disciples. Et toi qui manies le burin, loi qui peins à l'encaustique, toi dont la main artiste assouplit le marbre, la déesse protège vos mille travaux. Certes, elle est la divinité (le la poésie : si je le mérite, qu'elle soil présente en amie à mes essais -"^î
Ne le second jour des Quinquatries, le premier où l'on célèbre des combats, c'est-à-dire le 20 mars 43, le poète Ovide pouvait, à double titre, revendiquer comme sa protectrice la déesse de la poésie qui avait, à un jour près, le même anniversaire que lui. C'était un heureux présage pour l'enfant que de venir au monde pendant les fêtes de Minerve; le talent du poète devait pleinement justifier ce présage.
Qu'on le remarque, en effet : à Rome, au temps de la naissance d'Ovide, Apollon — vates Apollo — est le dieu de l'inspiration poétique. Protectrice de tous les arts et de tous les métiers, patronne des teinturiers, des cordonniers, des charpentiers, aussi
1. Tychius, raiiteur du bouclier d'Ajax, est cité par VlUade AN, V. 220) comme étant « le plus habile de ceux qui travaillent If cuir ».
1. K[ieus est le constructeur légendaire du cheval de Troie. — Cf. 0(1 lassée, VIII, v. 493.