‹ La jeunesse d'OvideChapitre 62 sur 203 · Controvers., X, iv, 25; cf. Métam., XII, v · texte numérisé non relu

Controvers., X, iv, 25; cf. Métam., XII, v

Quod Priamtis gauderc senex jiust Helora posset, Hoc fuit.

lement de ses arts d'aimer, mais de sessenlentiaeK)) En effet, ajoute Sénèque, Ovide a dit dans ses Méta?norphoses : Il commence à mettre en pièceî^ luimême ses membres par des morsures qui le déchirent: le malheureux nourrissait son corps en le diminuant '-.

Les déclamateurs connaissaient même et citaient des pièces d'Ovide qui ne figurent pas aujourd'hui dans le recueil de ses œuvres complètes. Scaurus, qui ne laissait passer aucune sottise, entendait un jour un ancien préteur qui déclamait en se permettant des allusions d'une obscénité bete : aussitôt, il le fait taire par une citation d'Ovide. Or, cette citation se trouve dans les Pri«/9^>.s', petits poèmes très libres sur le dieu Priape, attribués à divers auteurs"^.

On le voit: Ovide doit beaucoup à l'école de déclamation, et l'école de déclamation doit beaucoup à Ovide. Elève, il emprunte auxessais de ses camarades, aux corrigés de ses maîtres, un grand nombre de traits brillants qu'il placera dans ses œuvres; poète célèbre, lu et étudié par les déclamateurs, il sera, par un juste retour, pillé pour les travaux

1. Amatoriis non avLlbus lanhunsed sentenLiis. — II. Bornecque traduit ingénieusement : « ... non seulement de ses traités, mais de ses traits sur l'amour ».

2. Excerpla Controvers., lib. III, vu, 2. — Métam., VIII, v. 877:

I])sc suos arlus lacero ilivellerc morsu Coepit, et inf'elix miimendo corpus alebat.

3. Controvers.. 1, ii, 22 : Memini quemdam praelorium... cum declamaret : Xovimu.s, incfuit, islam maritorum abstinent iam, qui, eliamsi primam virginittiis tiniidis remisere noclem, vicinis tamen locis ludunt. Audiehat illum Scawus... Statini Ovidianum illiid : « Inevta loci » ; et ille excidit nec ultra dixit.— Cf. Priapea (k la suite du Catulle de L. Mueller, Leipzig, Teubner, 1880), ill, V. 7 :

Quod virf/o prima cupiiio dut nocte marilo Dum timet alterius vulniis inepta loci.

d'école; et, mises eiî prose, les sententiae des Meta- 7no7'phoses serviront de parure aux essais des élèves qui auront succédé à Ovide sur les bancs de Técole et aux corrigés des rhéteurs qui auront remplacé dans leurs chaires Arellius Fuscus et Porcius Latro.

Sénèque, qui, dans ce qui nous a été conservé des Controversiae, rappelle les succès d'Ovide, comme imitateur des maîtres, et sa gloire comme poète imité par les rhéteurs, n'oublie, et pour cause, qu'une remarque, cependant nécessaire. En effet, il a raison de critiquer le manque de sobriété du poète qui ne sait pas sacrifier un vers à effet, ni s'arrêter à temps dans le développement d'un lieu commun. Mais il néglige de dire que ces défauts de l'élève des rhéteurs sont la conséquence naturelle de sa trop grande assiduité aux déclamations de Porcius Latro et de ses trop grands succès dans la classe d'Arellius Fuscus.

Ovide restera jusqu'à la fin de sa carrière l'auditeur de Porcius Latro et le disciple d'Arellius Fuscus. Les Héroïdes sont de simples suasoriae ; les poèmes erotiques sont composés suivant les préceptes des rhéteurs; dans les Métamorphoses, bien d'autres épisodes que le Jugement des armes appartiennent à la pure rhétorique. Alors même qu'il plaide pour lui-même, alors qu'exilé à Tomes il supplie Auguste de mettre lin à sa relégation, le poète compose une Oratio pro domo, une Oratiopro arts et focis^ exactement suivant la méthode qu'il employait pour déclamer dans la classe d'Arellius Fuscus la controversia sur le Serment des deux

rpoKX ; il la pare des sententiae qu'il avait pu recueillir au cours de Porcius Latro.

On l'a, en effet, remarqué ^ : la longue Elégie de 578 vers qui forme à elle seule le deuxième livre des Tristes^ ce poème tout personnel de supplications, n'est autre chose qu'une suasoria rigoureusement compose'e suivant les formules de l'école. Arellius Fuscus en aurait fait avec satisfaction l'analyse suivante :

ExoRDE (v. 1-26). — On demandera à Ovide pourquoi il continue à écrire des vers, puisque c'est à ses vers qu'il doit sa condamnation. Mais sa passion le force à recourir à la Muse, comme, après un naufrage, le matelot reprend la mer. D'ailleurs, Auguste, lui-même, n'a-t-il pas ordonné aux jeunes hommes de- chanter des vers pour fléchir Phébus, aux matrones de chanter des vers pour fléchir Gybèle ?

Proposition (v. 27-28). — Puisse, à l'exemple de ces divinités, le très clément Empereur se laisser fléchir par les vers du poète !

Après ce début, remarquable par l'habileté des mœurs oratoires qui doivent lui concilier la bienveillance de l'Empereur qu'il a comparé aux dieux, le poète commence son plaidoyer.

CoNFniMATio.N(v. 29-206). — Oviut; est digne de la clémence impériale.

A. Allusions mythologiques à la clémence de Jupitcr{v. 30-50). — Le dieu aurait bientôt fait d'épuiser ses foudres, s'il les lançait contre tous les coupables. L'Empereur, qui est son délégué sur la terre, doit se montrer clément. Il l'est en effet : tout le nionde connaît cette clémence d'Auguste qui s'est exercée sur des conjurés, des criminels de lèse-majesté.

1. I>li\vah!, Ad kisloriam canninum Ovidianovum vecensiunem- (jue sipnholae, pîirs 11 {Proqvamm des /lerzofjlichen Gyinnasiuin Ernestinuta zu Gotha), Gothii, 1892, p. 17-22.

B. Défense d'Ovide (v. 51-76). — La cause du poète est bien meilleure que celle de tous ces coupables à qui il a été pardonné. Ovide n'a jamais conspiré, il a fait des vers en l'honneur d'Auguste. Ces vers n'ajoutent rien à la gloire de l'Empereur, mais ils témoignent du dévouement religieux du poète au prince, délégué de Jupiter parmi les hommes.

C. Circonstances atténuantes (v. 77-102). — Les poèmes erotiques d'Ovide méritaient une punition. Mais que dire de l'ennemi perfide qui les a dénoncés et attaqués auprès de l'Empereur? Qu'Auguste se souvienne de l'amitié qu'il daignait accorder au chevalier romain Ovide.

D. Aveux ; désespoir du coupable (v. 103-140). — C'est avec un habile usage des mœurs oratoires que l'exilé s'accuse d'avoir vu ce qu'il ne devait pas voir. Cette indiscrétion imprudente a eu pour conséquence la ruine de sa maison qui, si elle n'était pas illustre, était du moins ancienne et connue par des siècles d'existence utile et honorable.

E. Remerciements à Auguste pour ce qu'il a déjà fait. Demande d'une grâceplus complète (v. 141- 206). — La clémence de l'Empereur a épargné au coupable, qui se repent, la mort ou l'exil et la confiscation des biens, qui en est la conséquence. Auguste s'est contenté de le condamner à la relégation. Qu'il mette le comble i\. ses bontés en reléguant le poète dans une partie du monde moins inhospitalière. — Description déclamatoire du climat, des populations barbares, riveraines du Danube. Ces sauvages peuvent faire d'Ovide leur captif. Convient-il à l'Empereur de tolérer cette chance de disgrâce indigne pour un rclegatus, qui reste toujours civis Romanus Latio de sanguine natus ?

Rkfutatio.x (v. 207-572). — Ovide ne demande qu'une atténuation de peine. L'Empereur, qui est si bon, peut pardonner à un citoyen qui n'est que relégué; sans se déjuger, l'Empereur peut le sauver.

Quelle est donc la valeur des griefs qui ont fait condamner Ovide?

Il y a deux chefs d'accusation.

A. Une cause secrète (v. 207-210). — C'est une offense involontaire. Personne ne la connaît bien; il est donc permis à Auguste de l'oublier.

B. La cause avouée, c'est la licence des carmina amatoria (v. 211-572). Ici commence une défense adroite et subtile.

tout à fait digne de Técole de déclamation. Ces poèmes d'amour ne sont pas destinés à tous les lecteurs, surtout à toutes les lectrices. Pour ne pas être choquées, les matrones n'ont qu'à ne pas lire VArt d'aimer qui est écrit, non pour les honnêtes femmes, mais pour les courtisanes {scripta solis meretricibus Arte). D'ailleurs, la mythologie, qui ne fait l)as rougir les matrones, offre bien des sujets scabreux. — Et, Justifiant les reproches de Sénèque qui l'accuse de ne pas savoir s'arrêter à temps dans ses développements, Ovide s'attarde à des plaisanteries déplacées qui nuisent plutôt à sa défense. — Mais voici une longue justification fondée sur Thistoire littéraire et beaucoup plus utile à la cause du poète (v. 313-072).

Dans quel poème ne trouve-t-onpas des épisodes d'amour coupable? Vlliade, VOdyssce, la tragédie, la comédie abondent en immoralités. C'est une revue très complète, très documentée et très spirituelle, qui commence à Homère pour ne finir qu'à Properce et à ïibulle. Seuls, les poètes vivants sont omis par convenance (v. 467 :... praestantia candor Nomina vivoriimdissimularc jubet). Aucun auteur n'a été puni pour des œuvres semblables à celles d'Ovide. Que dire d'ouvrages moins littéraires, bien plus coupables que VArt d'aimer ou les Amours, de ces mimes obscènes, de ces ballets scandaleux qui n'ont jamais attiré le moindre désagrément à ceux qui les ont composés? Par contre, en même temps que ces poésies légères, Ovide n'a-t-il pas publié des œuvres sérieuses, une épopée nationale, les Métamorphoses, où l'Empereur reçoit des éloges dignes de lui, où le sentiment patriotique est exalté ?

PÉRORAISON (v. 573-578). — Comme conclusion à ces divers développements, qui sont reliés par les formules de transition le plus en honneur dans larhétorique de l'école, le poète des Tristes termine par une rapide péroraison où il démontre que tous les arguments qu'il a exposés militent, sinon pour sa grâce entière, tout au moins pour une relégalion plus douce.

Ce poème est la dernière suasoria d'Ovide; le vétéran de rhétorique qui la composa avait environ soixante ans. Rédigée en prose et déclamée dans

d20 LA JEUNESSE BOVIDE

une séance de Fécole, elle aurait eu un grand succès; lue telle qu'elle a été écrite en vers élégiaques dans quelque réunion de recitationes puhlicae ^ elle aurait rallié les suffrages des critiques les plus sévères. Adressée à Auguste, la suasoria poétique ne persuada pas l'Empereur ; Ovide, qui devait mourir en exil, put se convaincre, un peu tard, que la déclamation en prose et en vers ne réussit qu'à Fécole des rhéteurs et dans les cénacles de lettrés.

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