‹ La jeunesse d'OvideChapitre 64 sur 203 · Tristes, IV, x, v · texte numérisé non relu

Tristes, IV, x, v

2. Horace, EpUres, 11, i, v. 117 : Scrihimus indocli doclique poemalapussim.

3. Suétone, Auguste, lxxxix : Ingénia saeculi sut omnibus modh [OctaviusJ f'oLHt.

4. K. Plcssis {Etudes critiques sur Properce, p. 239) a détruit définitivement la légende qui faisait de Properce le descendant d'une famille de l'ordre équestre.

On comprend que le père d'Ovide, ce chevalier qui vivait retiré au fond de sa province à Sulmone, ait fait tous ses efforts pour détourner son fils de cette voie nouvelle, et sans doute dangereuse, où il voulait s'engager. Il se rappelait que les poètes les plus illustres dont la glQire était parvenue dans le pays des Péligniens avaient dû, pour vivre, se faire les u domestiques » des grands. Lucrèce n'avait-il pas dédié son poème à son protecteur Memmius, que le poète Catulle avait accompagné en Bithynie, dans l'espoir de retirer de ce voyage officiel quelques avantages matériels? D'autre part, le culte de la poésie ne rapportait aucun profit à des lettrés amateurs beaucoup plus riches que les chevaliers de Sulmone, C. Asinius Pollio, le poète tragique, et M. Valerius Messalla, l'helléniste archéologue.

Ovide nous répète les conseils de son père et nous dit les vains efforts qu'il faisait lui-même pour tâcher de les suivre :

N'étant encore qu'un enfant, je me plaisais aux divins mystères de la poésie, et la Muse m'entraînait secrètement à son œuvre. Souvent, mon père me dit: « Pourquoi tenter d'inutiles études? Homère lui-même, le poète de Méonie, n'a laissé aucune fortune'.

Ovide ne contredit pas son père : poète, il constatera dans YArl cF aimer que les femmes font plus de cas de la richesse que de la poésie :

Malheur à moi, les vers ne Jouissent pas de beaucoup de 1. rr/i/e.v. IV, X. V. 19-22.

crédit. On leur donne des éloges, mais on réclame de grands présents. Pourvu qu'il soit riche, le rustre lui-même plaît. I/àge 011 nous vivons est, en vérité, l'Age d'or. Grâce à l'or viennent les plus grands honneurs; avec l'or, on se concilie l'amour. Homère, tu aurais beauté présenter toi-même, accompagné des Muses, si tu n'apportais rien, on te mettrait à la porte, Homère K

l^tudiaiit épris de poésie, il écoulait docilement les paroles de son père; mais c'est en vain qu'il essayait de renoncer à composer des vers :

Emu par les paroles de mon père, J'abandonnais l'Hélicon tout entier, je m'efforçais d'assembler des mots privés de rythme. De lui-même un poème venait, se pliant à la mesure nécessaire, et tout ce que je tentais de dire était en vers 2.

La petite scène esquissée par Ovide semble avoir servi de modèle à des amplifications de Ronsard et de Régnier, qui rapportent l'un et l'autre le texte

Page 1