‹ La jeunesse d'OvideChapitre 65 sur 203 · Arl cr aimer, II, v · texte numérisé non relu

Arl cr aimer, II, v

2. Tristes, IV, x, v. 23-2(). — Ce passage a servi de point de départ à toute une légende qui se retrouve dans une Vie d'Ovide (Paris, 1809, p. ix), publiée par Villonave, auteur d'une traduction française des Métamorphoses (Paris, Didot, ISO.'i, 4 vol.): « On rapporte même qu'il (le père d'Ovide] ne s'étoit pas toujours borné à d'inutiles remontrances; mais tel fut l'ascendant du L^énie sur un foible enfant, que, tandis (ju'on le cbâlioit, il demandoit ^ràce en promettant en vers de ne plus faire des vers : Parce mi/n ; minquam versificaho, paler. » Dans un long développement déclamatoire et vide, où se trouvent accumulées toutes les erreurs possibles surla biofjraphie d'Ovide, — ce morceau de rhétorique a été encore publié sous le titre (VOvide et. la Poésie amoureuse en tête d'une traduction des Amours (Paris, Garnier, 1894), — Jules Janin répète: « Poète, il s'abandonna de tout son génie à la poésie, à son charme, à sa passion. 0 mon père, éci'ivait-il. j'obéis. Je renonce à l'art des vers!\l disait cela en bonne prose, il le croyait du moins, mais chassez le naturel... Sa prose était un vers: I*arce mi/ii, nunquam versifical)o, paler .'... » J'ignore l'origine de ce pentamètre. Le verbe versifico n'appartient pas au vocabulaire d'Ovide et dos poètes du siècle d'Auguste.

des discours de leurs pères et constatent l'inutilité des conseils prodigués aux jeunes poètes. Ronsard est prié, blâmé, menacé :

Je fus souventes-fois retansé de mon père,

Voyant que J'aimois trop les deux filles d'Homère...

Il me disoit ainsi : « Pauvre sot, tu t'amuses

A courtiser en vain Apollon et les Muses!...

Laisse ce froid mestier qui ne pousse en avant

Celuy qui par sus tous y est le plus sçavant ;

Mais avec sa fureur qu'il appelle divine,

Tout seul se laisse errer, accueilly de famine.

Homère, que tu tiens si souvent entes mains,

Que dans ton cerveau creux comme un dieu tu te peins.

N'eut jamais un liard ; si bien que sa vielle

Et sa Muse qu'on dit qui eut la voix si belle

Ne le sceurent nourrir, et falloit que sa faim

D'huis en huismendiast le misérable pain.

Laisse-moy, pauvre sot, ceste science folle;

Hante-moy les palais, caresse-moy Bartolle,

Et d'une voix dorée, au milieu d'un parquet,

Aux dépens d'un pauvre homme, exerce ton caquet...

Pour menace ou prière ou courtoise requeste

Que mon père me fist, il ne sceut de ma teste

Oster la poësie ; et plus il me tansoit,

Plus à faire des vers la fureur me poussoit'

Régnier se repent de ne pas avoir suivi les cours de droit ou de médecine :

.... SiJ'euse estudié Jeune, laborieux, sur un banc à l'écoUe Galien, Hipocrate, ou Jason, ou Bartolle, Une cornette au col, debout dans un parquet, A tort et à traversje vendrois mon caquet...

1. Ronsard, Les Poèmes^ livre 11. A Pierre L'Escot (édition Blancheniain, t. Vi, p. 189).

Son pêne, cependant, a pris tous les moyens, surtout les plus brutaux, de décourager un jeune homme que la gloire et la haute situation de son oncle, le poète Desportes, excitaient à la poésie :

Et, bien que jeune enfant mon père me tansast

Et de verges souvent mes chansons menassast.

Me disant de despit etboufTy de colère :

<c Badin, quitte ces vers, et que penses-tu faire ?

La Muse est inutile, et si ton oncle a sceu

S'avancer par cet art, tu t'y verras deceu... »

Ainsi me tansoit-il d'une parole esmeue.

Mais, comme en se tournant Je le perdoys de veue,

Je perdysla mémoire avecque ses discours,

Et, resveur, m'esgaroy tout seul par les destours

Des antres et des bois affreux et solitaires

Où la Muse, en dormant, m'enseignoit ses misteres..J

Ovide nous fournit très peu de renseignements sur son père, ce chevalier provincial qui était resté à Sulmone, en s'inquiétant de faire donner à Rome une bonne éducation à ses enfants. Mais nous ne nous le représentons pas grondeur comme le père de tionsard, bouffi de colère comme le pèro de Régnier.

Le père impitoyable, si fn-quent dans l'ancienne société romaine, n'existe plus au temps d'Ovide. Le grand nom de pater famillia^^ qui « contenait jadis en lui, non pas l'idée de paternité, mais celle de puissance, d'autorité, de justice, de dignité majestueuse ^ », avait beaucoup perdu de son sens très fort. Depuis longtemps, on n'admirait plus Rrutus

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