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CHAPITRE VI

Les voyages d'Ovide. — I. Le voyage à Athènes, — L'itinéraire de Rome à Athènes. — Le séjour à Athènes. — Rareté des paysages d'Attique dans l'œuvre d'Ovide. — Souvenir des légendes attiques. — IL Le voyage en Asie Mineure. — Le pèlerinage en Troade. — Le poète Pompeius Macer, compagnon de voyage d'Ovide. — Les paysages d'Asie dans l'œuvre d'Ovide.

Au temps où l'école de Rhodes, fondée par Eschine, brillait encore de tout son éclat, le jeune Romain, qui avait déjà étudié la pratique de l'éloquence, allait se perfectionner dans les théories de l'art de bien dire auprès des successeurs du rival de Démosthène^

Gicéron fit, dans des circonstances particulières, le voyage traditionnel de Rhodes, après s'être arrêté à Athènes, ce qui était une innovation. C'était en 79 : âgé de vingt-huit ans, il avait déjà plaidé plusieurs causes. Ce n'était pas seulemeat un but littéraire, mais aussi la crainte de la vengeance de Sylla, qui entraînait loin de Rome le défenseur de Roscius d'Amérie. Avant de passer à Rhodes et en Asie, Cicéron s'arrêta six mois à Athènes où il

l. Cicéron, Bi'utus, \Li, l.-il: Hhodum ille [Servius SulpiciusJ profecLus est, quo melior esset et doctiov.

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s'occupa de philosophie avec Antiochus, philosophe de hi vieille Académie, et d'éloquence avec le rhéteur Démétrius^

En 79, Athènes, qui, à l'époque de Périclès, avait été l'école de toute la Grèce 2, restait encore l'école du monde civilisé, le sanctuaire de toute culture intellectuelle-^, quoique les maîtres illustres lui fissent défaut. Un des interlocuteurs des dialogues De Oratore^ dont l'action est censée avoir lieu en 91, pouvait dire avec raison :

A Athènes, dès longtemps, toute l'éducation littéraire des Athéniens eux-mêmes est morte; il ne reste plus dans cette ville que le domicile de savantes études dont les habitants se désintéressent, mais dont jouissent les étrangers, que séduit en quelque sorte le nom illustre et autorisé d'Athènes ''.

L'ombre de ce grand nom inspirait aux lettrés un respect religieux qui a maîtrisé avec persistance l'àme romaine. Vers l'an 108 de l'ère chrétienne, Pline le Jeune écrivait encore à un de ses amis, Maximus, vïr praetorius^ chargé d'une mission extraordinaire auprès des villes d'Achaïe :

Rappelle-toi que ta mission te désigne pour TAchaïe, c'està-dire pour la véritable Grèce, la Grèce toute pure, où, selon l'opinion commune, la politesse, les lettres, l'agriculture ellemême ont pris naissance... Respecte les dieux qui ont fondé la Grèce, vénère les noms mêmes de ces dieux. Respecte l'ancienne gloire, la vieillesse elle-même de cette nation :

i. Cicéron. Drulus, xci, 315,

2 Thucydide, II, xi-i.

3 lirulus, xcvii, 332: Domus est semper habila doclvinae. \. Cicéron, De Orrilore, 111, xi. 43.

vénérable chez les hommes, la vieillesse des villes est sacrée. Rends honneur à l'antiquité, aux souvenirs héroïques, aux légendes mêmes... Souviens-toi que c'est à Athènes que tu vas, à Lacédémone que tu établiras le siège de ton administration : Athènes, Lacédémone, deux villes auxquelles tu ne pourrais arracher l'ombre et le vain nom de liberté qui leur restent, sans faire preuve d'inhumanité, de férocité, de barbarie ^

Au moment où Ovide quittait l'école de déclamation, le pieux pèlerinage vers la patrie de la civilisation, et surtout vers la ville par excellence de l'art et des lettres, était la consécration indispensable des études classiques d'un jeune homme de bonne famille. Il fallait, comme dit Horace, qui fit ce pèlerinage, que la bienfaisante Athènes ajoutât quelque chose à l'éducation reçue à Rome'^.

Parmi les poètes du siècle d'Auguste, nous ne connaissons guère que Virgile et Properce qui n'aient pas fait à Athènes leur voyage d'études. La guerre, sans doute, empêcha Virgile de quitter l'Italie : il se contenta d'aller aux écoles de Naples, qui était la ville la plus littéraire de la Grande- Grèce. La ruine de sa famille interdit à Properce de faire un séjour à Athènes 3. Quoique médiocre, la fortune paternelle permit à Ovide le voyage traditionnel. « Jadis, dit-il, dans les Tristes^'^ie me suis dirigé en étudiant vers Athènes. » L'autobiographie qui se trouve dans la dixième Élagie du livre IV des Tristes ne nous donne aucun renseignement

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