Métamorphoses, XIV, v
couchant à la belle étoile, enveloppés de deux manteaux, dont l'un servait de matelas et l'autre de couverture. L'excursion était commode pour les gens riches, étendus dans les confortables voitures de voyage où l'on pouvait lire, écrire, jouer aux dés, prendre les repas et dormir.
Les jeunes gens qui voyageaient en étudiants, comme Ovide, usaient simplement de voitures et de chevaux de louage. Ils s'arrêtaient pour manger et pour coucher dans les auberges, qui étaient généralement médiocres. Horace se plaint amèrement, du vacarme, de la fumée, des mauvaises odeurs, des puces et des punaises qui l'ont gêné dans les hôtelleries où il a fort mal diné et où il lui a été impossible de dormir pendant son fameux voyage à Brindes. Mais il exagère, sans doute; et d'ailleurs, à partir de Bénévent, il ne suivait plus la Voie Appienne. Les auberges de Villa Trivici, de Canusium,de Rubi,de Bariiimde Gnatia pouvaient être beaucoup plus médiocres que celles qui bordaient « la reine des longues voies ».
A Brindes, les navires en partance étaient toujours nombreux, pendant la saison de la navigation. C'était un mouvement, une animation, une vie intense sur ces quais encombrés de marchandises qu'on embarquait et qu'on débarquait, où s'agitaient des gens de tous les pays, velus de tous les costumes nationaux, s'interpellant dans toutes les langues.
De Brindes à Athènes, on avait le choix entre deux itinéraires. On pouvait passer à Dyrrachium en ïllyrie : la traversée ne durait qu'un jour, si la
mer était calme et le vent favorable^ ; le gros temps rallongeait du double^. Mais, de Dyrracbium à Athènes, le voyage était long et pénible par l'IUyrie, la Macédoine, la Thessalie, la Phocide et la Béotie, où l'on ne trouvait ni route bien entretenue, ni moyens réguliers de transport.
Aussi, le plus souvent, on allait de Brindes à Athènes par la voie de mer, moins pénible et moins longue. Quelquefois, on passait par le golfe de Gorinthe : alors on débarquait à Léchée, port de Gorinthe, au fond du golfe; on traversait l'isthme et on se rembarquait à Genchrées, l'autre port de Gorintlie, sur le golfe Saronique. G'est ce que fit Ovide, quand il se dirigeait vers la Scythie où il était relégué. Après avoir traversé l'isthme resserré par deux mers, il prit à Genchrées, port de Gorinthe, son second vaisseau d'exil, qui fut le guide et le compagnon fidèle de sa fuite précipitée, jusqu'à Tempyra, port de Thrace^
On faisait aussi, très fréquemment, la circumnavigation du Péloponèse. Pour se rendre à Athènes, Ovide a probablement passé en vue du capTénare, de l'ilede Gythère battue par les flots '*; de Malée, le promontoire creusé par des golfes dangereux"'; son navire a fait route parmi la plupart de ces Gyclades dont le poète devait rappeler les noms dans ses œuvres : Gimolos au sol crayeux, Siphnos, Oliaros, Paros, célèbre par ses marbres, l'humble Myconos,