Sophocle, Œdipe à Colone^ v. 668 et suiv
tants du sombre lierre et du bois sacré de Dionysos? A-t-il parcouru les prairies où la rosée fait fleurir le safran aux reflets dorés et le narcisse aux belles grappes, antique couronne des deux grandes déesses, Déméter et Perséphoné? S'est-il assis à l'ombre de l'olivier au pâle feuillage, l'arbre d'Athéné, la déesse aux grands yeuxétincelants, on aux bords du Céphise, qui fournit une eau intarissable dont le cours serpente à travers la plaine qu'elle féconde?
Dans aucun de ses ouvrages, Ovide ne nous fait confidence des impressions qu'il a ressenties à la vue des paysages de l'Attique. D'ailleurs, on ne se représente pas l'élève des déclamateurs, le futur poète de VArt d'aimer, ému de l'émotion religieuse qui domine Renan faisant sa fameuse prière sur r Acropole; il n'est pas assez philosophe pour se sentir, comme Sénèque, en présence de la divinité, quand il s'enfonce dans un bois sacré, formé de vieux arbres de haute futaie dont la masse toufl'ue cache la voûte des cieux ^ On a remarqué avec raison la diflerence profonde dans le sentiment de la nature chez les anciens et chez les modernes. C'est en notre xix*' siècle que s'est développée et exagérée cette passion descriptive des sites romantiques. Friedlaender le dit fort bien : « Ovide vit Rome pour la dernière fois par un beau clair de lune ; or, tandis que tout poète moderne doué comme lui n'eût pas manqué de s'arrêter à l'image de la grande ville ainsi éclairée, c'est à peine si le