‹ La jeunesse d'un romantiqueChapitre 4 sur 17 · LAi£EU3lBéiSE*D'UIf RQMiWK(r/lQDfi>/M:i · texte numérisé non relu

LAi£EU3lBéiSE*D'UIf RQMiWK(r/lQDfi>/M:i

A k sym^hKmie enut jnsnqur^llà Makbrahlinenttid'êire prise de conyulsiGiiiBj>et|Oniàl dûP^emporter boité dcf la saUe du Cons^vatoiréî.u Dttîmoèns-BeWidafl'ftssure. •Qaifflit à lui, vaiôi ;- .^ / i • iiif

« Mes fotoesi vitale» ;sémblent-d^)Ohlidûubléles; * je pefts un plaisii* déîicéeux) kîÛî le liaisoi^neanent « m^eitTe pour rien; Phabitude der' l'anal^e 1 1 vient «- ens«H te I d'elle-même faire, naître radmiration; Ifénaok( tion;, éroissaiit en; raiscHi directe de l'énepgieiou « ide la gra'ndeui^ ides idées de Tôuteuriyt pifoduDÎ't bien- « tôt une agitation étrange dans. 'la: oip&Tjdatiôn du (c sang; mes ; artères ^battemi ave© violeniee; leà laïmes, (( qui d'ordinaire annoncent la fin da paroxysme, n'*en c( indiquent souvent qu'un ^ôtat progressif, <ïuii doit « êt»ede beaucoup dépassé. En ce cas, ce sont des cont(t' tré[ctionsi6pa$modiquesdes musdies,: un trerïkblement ce de tous les'imembresi,' un engourdissement total des « pieds et des mains (1), une pamlysie partielle des « nerfs de la vision et de l'audition; je n'y vois « plus, j'entends à peine; vertige... demi-évanouisse- «iKHient {2)./. »

'jQerlioz; plus tardy analysera, dans ses feuilletons de tnnsipq^ie, les Neuf Symphonies. Peso à peu, il corrigera Besiailâlyses : àfioiïxante ansj il en donnera un texte ■où iaon génie abrupt, « primitif », sera débarrassé, de prei&que toutes lies bizarreries. Mais, à trente. ans-passés, à lai veille d'écrire Roméo, il parlera encore (et très sérieusement) de mèches de cheveux arrachées, de. rires ^Btridentfr et de sanglots convubifs^ — pour commmter 'Beethoven; tout le- parterre^ aseurera-t-il, bondit et « couvre parées cris la voix tonnante de Torchestre »; à la' pérorai&on d^ la symphonie en ut mimur, des

1) Les italiques sont de Berlioz même.

^) Article sur lô musique. — Comparer à Lèsueur, p. 181*

CONSKRVAiT'tMRE) ET <i «OUI^-S' DE FOUDRE » 283

itvièukrmilitaiorèéiitt/tt l^Empeveiir!>d'técrientti)£i en lèVant f leb fepaà aUioiçly vbicl' l^Bmpfereuriiis »» / < ;< - ' . ' lii-^Stëndhàl iilagu«feydailà saFakd^ .floâïêm, ;aivaiti rapporté ceci : « A Brescia, je i fis la oèiunaissance de Phbmtnelda Ipalys quiiétait-peiiUêtre le «plus senèible à la ■ imtsiquejili éiàitifort/dooix et foFt.|)pli<; mais quapd il .ise.'trouA^iait» à U'Bl»coiîieeicti. dti qxieila mu8|iqu€ lui. plaisait' à uû.eertâiil point, il ôtait > ses* s()iiliiBrs!&aïi& s'en apercevoir. ArrivaiVon : à un passage sublime, : il ne ïoAniqiaîai* jamaisi dé lamcerfees-s^^ulierà- der^ièèe lui et îsuP'lefeèipeotateUrSi'» l !< : : i ;

j ( 'Bée thjoyeoî tomba' doM comme iifti troiaième coup de foudre sur Berlioz.. i . : .1, ,

î Laissoîûs-1-e.se remcittre un pôu : Tannée .probhàine, il éerfra une biographie (sio.) de Be^thonerii et nous verrons alors' ce qu'il «n pense. Alors, du- moins, il 1 aura eu le temps de lire symphonies et quatu€ù:'s, de les entendre et d'y méditer. Pour l'instant^ comme il l'ayoue lui-môme, il est « foudroyé. )>• .

Foudroyé!... Mais l'actif, l'ingénieux Dauphinois redevient vite- maître de lui^mênde; vitei, il serej^lace à l'affût des moyens.de ae faire connaître. Ces oçû^ierts, où Beethoven le foudroie, que. prouvent-ils? Ils prouvent que» la salle du Conservatoire 'a une excellente acoustique; que l'on peut obtenir cettesalle gnatuiljement. Bien plus, comme elle n'est, guère gitandey Hebtor pourrais la garnir d'une maniéile oonVenaJole et isûre s'il donnait un concert de ses oeuvres et soigniaiti^a publicité. — Le programme seraittil, tout -entier, réservé aux (teuvres du jeune élève?... Pourquoi pas?... Beethoven, nouveau en France, prenait. bieift. île.. programme à lui seul... Le 6 mars, au premier concert de la Société, Habeneck n'avait donné de Beethoven •que r Héroïque : les trois autres concerts furent tout

à Beethoven. — Hector projeta d'avoir tout un concert pour lui seul (l). . ,

Avant de faire agir, ses relations de fils (J'ultra auprès de l'ultra vicomte Sosthène de La Rochefoucauld, surintendant des Beaux-Arts, il demande la salle à Gherubini, directeur du Conservatoire. C'était hiérarchique, et prudent.

Cherubini, pour éconduire le trop remuant élève, lui conseille de s'adresser au surintendant des Beaux- Arts. Evidemment, pense Cherubini, les bureaux enfouiront la demande du jeune élève dans les cartons.

De l'évasive réponse de Cherubini, Hector s*arme. Il ne demande pas la salle par écrit : lui-même, il va voir ses protecteurs bien placés, les assure que Cherubini l'autorise à demander la salle et « donne ainsi une. marque de l'intérêt » qu'il porte aux efforts de son élève (2)...

Les protecteurs d'Hector l'écrivent donc au surintendant et demandent une audience pour leur protégé. Ces protecteurs, ce sont le comte de Chabrillant, pair de France, et le président Chenavaz, député de l'Isère.

(1) Selon mon habitude, j'ai compulsé les documents sur les pièces originales. Le récit qui va suivre résulte, strictement, des lettres dont les manuscrits ou les minutes sont conservés aux Archives nationales.

M. de Curzon, bien qu'il ait découvert ces documents et qull les ait publiés en entier (sauf les minutes qu'il a résumées)» m'a aidé comme un ami véritable.

A ma cannaissance, ce sont les seules lettres de Berlioz,ou presque les seules, qui soient publiées sans erreurs, ni suppressions, ni tru^ quages.

On remarquera, sans doute, que mon récit, conforme aux documents, n'a aucune ressemblance avec le fantaisiste récit des Mémoires»

Mais on sait déjà que cette remarque est à faire pour toute la biographie de Berlioz.

{2) Archives nationales. Chabrillant à La Rochefoucauld (lettre et post-scriptum inédits).

Ils glissent que le jeune ultra mérite, sous tous les rapporte, les i)ontés du pouvoir.

Le surintendant, — la « tête de cheval » qu^Hector a déjà dérangé deux fois, — répond (2 mai) à ces protecteurs quMl prend leur demande en considération. Il s^intéressera à cet artiste « recommandable ». Donnerait-Il donc la salle?

Sur Pheure (3 niai), Hector écrit au surintendant, demande la salle pour un jour fixe : « Mon concert, a étant destiné uniquement à me faire connaître, est « pour moi de la dernière importance; il y va de mon « existence musicale tout entière... La carrière des « compositeurs devient de jour en jour plus épineuse, « et si une main puissante ne vient à mon secours, « malgré mon inébranlable constance, je crains bien a de me consumer en stériles efforts. »

Le surintendant (6 mai) écrit à Cherubini. Il lui « envoie la demande formée par M. Berlioz ». Il ajoute : « Cet artiste m' ayant été recommandé de la manière « la plus pressante par plusieurs personnes que je désire (( sincèrement obliger, j'ai cru devoir en quelque sorte « m'engager...» Le surintendant demande s'il n'y a pas d'obstacle à donner la salle d'ici la fin du mois.

Cherubini, que le jeune élève avait dupé en jouant d'une réponse évasive, essaye de résister à l'occulte influence qui déterminait le surintendant. Ce concert, songeait-il, où l'on exécuterait sans doute la cantate inexécutable, n'est-il pas une impertinence, une a insulte » contre l'Institut? Et puis, quels musiciens rassemblera ce jeune homme? Et avec quel argent?

Cherubini, de vive voix, doit tâter Hector.

Hector a réponse à tout : l'argent, il l'a en poche, et il ne donne pas de concert pour faire une recette, mais pour se faire connaître. D'ailleurs, le surintendant a promis.

f86 LA. JEUNESSE D^UN ROMANfPffJQOB /M f'^/'"

Alors Cheriïhiiiii écrit' du surinliendpint'ipoutHile'fdfcl suadep • d'ficcîopdei! 1^ sallei, iet 'ii- donnb des^Taistsutnni d'ordre administratif. llfaâ$«re=-Bttêitie!lqu»ïl prdndj lenis'opposant' an conc8Pt,:rintéri8t îde i'MjiBeriioz : «U^ saison est trop avancée. i -t» i M:;i /i:: t- •

Et Gherubini, un matin, fait part de cette lettre à son jetinei élève. - > ■ i ; î -i.']

Le jotir rà)ême> l'élève Berlioz ^rit au sBriinifeefidant* : * « Je vien» me .justifier à vo$ yeux -duim^nsoil^e doicit « vous devez me croire coupable... Je puis vous assurer «que si M. Cherubini ne m'avait pas 'dit positivée « ment : // faut démander à M, k çioomté dé La Recbe-^ n foumuld, }e 'n« vous aurais pas imporfcuhé de mes « lettres comme je le fais^.. » < •

Et il pique l'amour-propre du surintendant : « Si « ma kttre arrive trop tard et que voire détermina- « tioa soit déjà prises ce sera lasecondé fois çue vos « bienveillantes intentions pour moi auront été para- « lysées par la volonté d'un agents subalterne. »

L'agent subalterne, ainsi désigné par notre Hector,* c'était Gherubiiiî, son directeur, CheruWni, le a vieillard illustre »* =

Gelâ'dut flatter le vicomte Sosthône, bien que ce fût: un peu violent : le vicomte ri'était-il pas;, au dire même d'Hector, « le plus grand cheval que la maîsofa. du roi ait jamais eu à son service?... Quelle' hautèi bêtise!»..) Voilà deux ans, le vicomte Sosthène n'avait pas^ au imposer Id Révolution Grecque à Kreutzer!... • Au surintendant si mal obéi par les artistes, Hector^ pour le piquer d'honneur, n'oublie pas de rappeler les ieictieuses résistances de ces « agents subalternes » '(12 mai)*

Le surinteoidant (13 mai) fît plier Gherobihi, agent subalteiifme. « Je ne saumis me dispenser, écrivait le vicomte, d'acquitter une promesse. »

CONSERVArïJO,iïttE^ EfT »;îCOUPB I^K- FlOUDiRE » 287

E4i]ee^*futiiai|isiriqlae >FéIève Heobor >Bei!lior2ij à ^v'mgU quatre^ iaiis<dt demil» slutiobtdiiip, pour» »s©q premier» coneerti-lai'ipalHe'jduMCkmserivîaèGirië. :i:r •»'■'■.!•.'.:•<

Elle était n fenèôre ■ i tolitC' » lirémissante- qn'oil • }y - «ût révélé, aux Parisiens, Beethoven. • < : < » ;

Dans le parti de ses camarades, dans « son parti)), Hector» ComliQeaaçait à' passer» pour uiie isorte de Byroïi» mufiôseàl. Pourquoi lue serait-il pas le successeur de ^ Beethoven?:. ■ >.■■ ; •.•...■.•,;.,• •.■.,•■•. .-,

Mais'.-Hariniétt Smithsoh, l'aimait^il toûjokirs?- Et; que devenait le délire, les couines impalsives à tratersi Pari» et la banlieue? C'était bien d'autres ctjlirseB,^ alors, qu'il s'agissait : les musiciens à rassejaa«blep;' leis chanteurs, leis choristes,, la copie, des parties > d'or^' chestpe, le matériel (pupitres, chaises et gms insiruments), «t les billets à placer, les critiques çties mem- = bres de l'Institut à inviter, et les r^damies à faire ' passer dans les journaux.

Encore le dimanche fixé ne fut pas le bon : le 18 mai,' il y avait des Goursés au Chahip^de-Mars. Hector; toujours prévoyant, pensa que cela « lui ferait un tort immense. )> Il remit au dimanche suivant, 25; Mais c'était la Pentecôte» Le concert fut donc fixé au • lundi 26. : , i <

Il ne comprendrait que de la musique, d'Hector • Berlioz : ouverture de Wai^erley^ une Mélodie pas^ torak (soliet chœurs j extraits du deuxième acte des Francs- Juges), la Marche religieuse des ^ M ages^iei^ enfin le terrible Resurrexit, c'est-à-dire TjP^ i iterumî' ^enturus, le tableau du Jugement Dernier, (jui a^ déjà fait trembler les voûtes de Saint-Roch et de Saint4 = Eustaehe. Telle était la piremière partie i du fO(imoert.i Seconde partie : ouverture des Francs- Ju^es et iî?éW(9^!:' lution Grecque, !-

Même, aotre Jeune-France avait espéré faire exécuter la Mort d'OrphéCy sa n^alheureuse cantate que ce « podagre » de Berton déclarait inexécutable», '--^ Mais, dans quelques semaine», pour le prix de Rome, il allait de nouveau concourir. Il venait de jouer Gherubini, il renonça donc à taquiner Berton : était-ce prudeot de s'aliéner ainsi les juges de l'Institut? D'ailleurs, à une répétition d'orchestre, il avait pu constater que cette cantate inexécutable était vraiment difïîcile à «xécuter. Il s'en tint donc à des morceaux d'un plus sûr eflet.

Il ne manqua pas d'inviter, par une lettre particulière, le vicomte Sosthène de La Rochefoucauld, surintendant d«s Beaux- Arts :

« Monsieur le vicomte,

A tan' de bontés oserai -je vous prier de joindre encor celle de me faire l'honneur de venir m'eûtendre? A quoi me servirait même un grand succès, si je ne puis l'obtenir sous vos yeux?... C'est de vous seul que dépend le sort des artistes en général, mais plus particulièrement descompositeurs(l)... »

Le concert, entre autres réclames, fut annoncé dans les journaux par une lettre circulaire. Notre Datiphinois demandait qu'on insérât sa réclame, afin, disait-il, qu'il pût se « justifier aux yeux du public de plusieurs inculpations assez graves... » Et il parlait de son concert.

Dans le monde des musiciens (dans cette petite ville de pr'ovince qui est une des nombreuses petites villes de province dont l'ensemble constitue Paris), on commençait à parler du romantique Berlioz : son activité, ses menées révolutionnaires aux soirées de l'Opéra, sa jeunesse, sa chevelure rousse qui s'embroussailîait sur sa tête volcanique et foudroyée, sa

<1) Manuscrite du Conservatoire (lettre inédite).

Messe oH tonnait la fin du monde, ses hautes protections; son amour désespéré pour la grande tragédienne à la nK)de, ses courses démoniaques, ses disparitions;... un jour, se répétait-on, l'on fut voir à la Morgue son cadavre enfin retrouvé... Non, Hector n'était pas un élève ordinaire. Et voilà que malgré Cherubini, son directeur, il se fait donner pour lui seul et par le surintendant même, la salle où l'on vient de révéler Beethoven!... Dans le fidèle Corsairey où «Hector B... » avait déjà polémiqué, un entrefilet agressif apprend au public que le « jeune compositeur a triomphé d'une influente ptiissance musicale!... »

Evidemment, même parmi les Jeune-France les plus turgescents, Hector ne laissait pas de devenir une curiosité. Au théâtre, il poussait de tels soupirs, gardait des silences si byroniens, ou faisait strider des rires si affreux, si convulsifs et si « volcaniques », que ses camarades, tout en l'appelant le Père la Joie, ne manquaient pas d'être étonnés.- Oh! Harriett- Ophélia!... 0 complots de Satanas!... Malédictions!... Mort et furies!... Désespère et meurs!

La lettre circulaire fut insérée par la Revue musicale de Fétis, par le Corsaire, par k Figaro, par la Pandore, Pour l'époque, réclame extraordinaire : Weber, triomphant et mourant, n'avait pas tenu, lors de son passage à Paris, beaucoup plus de place dans les-fei^^Ops^ publiques.

Le concert fut un « grand, grand succès », écrit l'apprenti musicien : « succès d'étonnement dans le public, et d'enthousiasme parmi les artistes. »

A la vérité, il y eut peu de monde dans la salle.

Quant à la musique, quelque réserves que l'on pût faire, ce concert révélait un génie. Ce génie du jeune Berlioz, Lesueur l'avait déjà reconnu* D'autres juges,

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moias indulgents, le reconnaissaient à-kuritour. Féiift : lui-même écrivait : •.:;..'

Combien de juges n'ont pas fait, peut-être involontairement, ce syllogisme erroné : « La musique d'un jeune com- ' positeur sans expérience rfe peut être bonne; or jtf. Berlioz est un très jeune compositeur, donc la musique de M. Berlioz estmauvaise! M .J. Mais, que le bénéficiaire (si je puis riie servir de cette dénomination, puisque la salle était presque déserte) — que M. Berlioz, dis-je, se rassure;... son talent prématuré nous inspire un vif intérêt. M. Berlioz a les plus heureuses dispositions; ...il a du génie. — Son style est énergique et nerveux. Ses inspirations ont souvent de la grâce. Mais, plus souvent encore, le compositeur, entraîné par sa jeune et ardente imagination, s'épuise en combinaisons d'un effet original et passionné;... souvent son originalité va jusqu'à la bizarrerie;... il sème avec profusion les grands effets de la musique, et son exagération lui fait dépasser le but...

. Une partie de la musique jouée à ce premier concert disparaîtra- ou sera réemployée plus tard avec changements. L'ouverture des Francs-Juges, celle de Waçferley, la Marche des rois Mage^, la Hévolation Grecque existent encore. Que Fauteur, plus tard, y ait apporté d'heureuses corrections, cela n'est guère douteux. Mais déjà ces œuvres d'un jeune homme (presque d'un enfant, et. sans grande culture, ni bien régulière), contenaient plus que des promesses : elles étaient vivantes, mouvementées, colorées, ingénieuses; la mélodie toujours expressive, nette, bien à découvert; le rythme s'imposait avec une rare puissance, avec de curieux sursauts, mais toujours entraînant. Quant aux sonorités, comment ne pas dire (comme ce bon Lesueur devait le dire) que si les rossignols naissent avec .de la voix, Berlioz naquit avec un orchestre, Certes, il y avait des défaillances, des. recherches maladroites, de l'incertain et de l'entortillé dans .l'écriture harmo^

nique;.. Toutefois en ces pages d'élève, en ces œuvres, tout était expressif, ou du moins tout tendait à l'être : nul contresens contre l'expression, nulle expression à faux. Ces premières œuvres, vraiment, débordaient de vie. Spontanées, sincères, elles plaisaient. Elles avaient la grâqe irr^ulière, mais irrésistible, la beauté piquante et divine de la jeunesse. En elles, déjà, vivait un génie ardent, passionné, poétique, et aspirant sans effort à ce qui est grand.

Quant à Berlioz, dés ce jour, il ne pouvait plus douter d'avoir en lui une merveilleuse puissance de suggestion. Non seulement il prenait conscience de son génie, mais encore il constatait que ce génie avait prise sur les autres hommes : ce que Berlioz enfantait avait le magique pouvoir de vivre dans l'âme des autres hommes. Sa force d'entraînement, qu'il constatait lorsqu'il fanatisait « son parti », il constatait encore qu'elle passait dans ses œuvres et entraînait les auditeurs.

Dès ce jour, il a pleine conscience de sa force créatrice. — Dans quelques mois, très vite, il va écrire les Huit Scènes de Faust, c'est-à-dire la moitié d'un de ses chefs-d'œuvre, la moitié de la Damnation de Faust, Oui, dès 1828, le génie de Berlioz est né, arrive à la vie complète et absolue de l'art : en voilà déjà les preuves manifestes, irrécusables. — A la fin de l'an» née, Berlioz aura vingt-cinq ans.

Vraiment, ce débutant de génie avait-il tort d'être si adroit, si actif, pour faire plier « l'agent subalterne » et s'imposer à ses contemporains?

Lui-même, comment se juge-t-il alqrs, et' que ressent-il lorsqu'il entend sa propre musique?

Une semaine après le concert, il fait part à ce brave Ferrand de ses émotions de triomphateur. Aux

répétitions,. ;q];i avaitf, tajp^t; ap,ptsiy|ij,(ivfi.,Je,.fi4^îi4^W^ était sans inquiétude avant, JjÇj.çiqucçTt. D.'fijl]i^ifl, en déchiffrant l'ouvertuce ^çs Frqriç^tJ^ë^^ ^^ violoniste, s'arrêtant de jouer : . . .! ,,,. ,,,. :.,[.[ ,[, ,;

— ; « L'arc-en-ciel, s'éti^it-il ^çrié, . l>rc-^n{-,ç{^}( ,est l'arc)iet de votre vigloxi, Içs vents, jou!Bat:4Q!rQ?îgw> le temps bçit l^a niQSurç ».. , , ., ; . i = , ,, j ,.;.!,,.. • Voyà du nioins ce que .notre HeçtoFi écrit à pe brave Ferrgmd.jp.t il continue. Au concerlt, dèslp ,pr^Tpier niorceau. {Waç'erley),, trois salves d'.applawdi^^emen1i§. Vient la Mélodie Pastorale^ Ces chœurs, pair la fautjç.cju chef d- orçhjeç.treXqui n'est pas jl'autçur) manqvient leur entrée, et prennent le bon parti de se taire. Les Rois Mages sont fort applaudie. Après. Je R^urreopUi apr,ès ce tableau du Jugement Dernier, quelle tempête! Déjà,, à Saint-Eu^tacbe, à Saint-Roch, cettç mui^que imitative, où retentit l'écroulement des. mondes, avait donné des tremblements convulsifs à son auteur niQme. Aujourd'hui, dans cettp petite salle très. sonore, c'est quatorze femmes, c'est trente hommes qui chantent!,.. Trombes d'applaudissements : trombes dans le public, et même, plus frénétiques encore, trombes dans, l'orchestre. Or, le jeune compositeur est dans, un coin de l'orchestre. Tout près de lui, les coups, d'archet rçteutissent, grêle formidable» sur les basses et contrebasses; les fen^mes, les hommes des chœurs, tout. applaudit; ce sont des salves, et des salves, et des cris, etde^ trépignements!... Le cœur lui manque; il s'étend sur les timbales, et il pleure...

On attaque l'ouverture des Francs- Juges. Il regarde l'effet qu'elle produit. Il croit le voir, il le voit : un effet de stupeur et d'épouvante! Sa musique, p'est ^effrayant, colossal, monstrueux, sublim,e!..< oh, l'épouvantable solo de trombone et d'ophicléide!... Et le timbalier, lâchant ses maillets et ses clefs,

îbi^k^la Wîii; d^HèèHôli^'dêiTis'uhe étreinte crispëè;! et -fl'J^é!értait/âpàsïftddi(}âie':' ' ' -

"i'-^' A'C-est^'sùblirhe, môÀ dhèr?...'Cest effrayant, il' y a de quoi en perdre la tête!... »

' 'Qiiàht à Hebtot-, de Tâiiti'e mâih, il se tenait une tïyiiffé 'de 'cheveux et Id tirait avéd rage: Il aurait voulu oublier qu'il était l'auteur et crier aU public : . = ' '-^^ « C'est éôlossal, horrible, c'est monstrUetCx » (1)!

Et, deux artistes dé l'Opéra parlant du concert, l'un disait qu'un « effet des Francs-Juges était la chose la plus feîitràdrdinaité qu'il eût entendue de Sa' vie. ' '

— « Ohî après Bleethoveb, toutefois, reprend Tiaùtre.

-^ « Après rien! déclare le premier; je défife qui. que ce soit de trouver une idée plus terrible que celfe-là. »

Ainsi écrivait le Jeune- France, en triomphateur, à ce brave Ferrand, assoupi par la province.

El quand il écrivait au docteur, il se servait pi'esque des mêmes expressions. Elles convenaient parfaitement à sa façon d'être ému, et d'émoûvoir, d*étonner, ses paisibles et bourgeois correspondants. « On redoutait pour moi le souvenir des symphonies « de Beethoven, entendues dans le même local quinze « jours auparavant... » Craintes vaines! Salves, et salves d'applaudissements!... Il ajoutait : « Les instruments a de cuivre réunis en octaves ont produit un effet « monstrueux et nouveau... J'évite comme la peste ces « lieux communs que les compositeurs (excepté Weber « et Beethoven) mettent à la fin dé leurs morceaux;... <f rien, à mes yeux, n'est plus pitoyable que ces phrases a banales et de convention qui font que toutes les mu- « siques se ressemblent. »

A son père, il avouait que la salle n'était guère

(1) Berlioz souligne le mot dans sa lettre.

pleine : malgré l'argent envoyé par le docteur Hector avait dû emprunter deux cents francs, — et il n'osait pas transcrire le chiffre de la recette.

N'importe, succès considérable : « même si le con- « cert n'eût pas eu lieu, les répétitions auraient suffi « pour me faire une réputation dans le monde musical. »

Hélas! hors du « monde musical », Harriett Smithson entendra-t-elle parler de tout cela? Cela, pour Fhistoire posthume, c'est la première victoire de Berlioz. Dans l'été 1828, cela, c'était « une tempête sous un crâne », et un peu de bruit, vite oublié, dans la petite province des musiciens. Rien de plus. — Si : des dettes.

N'importe!... « Petits farceurs, cela soulage singulièrement de courber sous le joug ces petits farceurs!... »

Ces petits farceurs, qui sont-ils? Ce sont les musiciens mêmes qui lui ont prêté leur concours dans son orchestre, mais qui ont laissé entendre que la tentative du jeune homme était peut-être audacieuse.

Gomment, songe Hector, ils croyaient que mon concert serait « le comble de l'amour-propre », et que tant de musique de moi, « ce serait endormant! » Eh bien, Hector les a domptés! Ils sont devenus « pâles comme la mort », et les Francs- Juges leur ont « arraché les entrailles! » — Petits farceurs! Oui, pense-t-il, nul ne résiste à l'audition de ma musique. Mon orchestre sonne et vit ; il a une force entraînante. Tant que mes notes n'existent que sur le papier, tant qu'elles ne sont que des signes morts, on peut les discuter. Un pianiste, mauvais lecteur, ou ce « podagre » de Berton, peut déclarer : « c'est inexécutable, » — Mais quand cela sonne, j'ai partie gagnée.

Aussi, comme il se remue, comme il s'agite! On le voit dans les théâtres; il connaît les musiciens; il parle aux critiques; il visite les directeurs : « Depuis quatre ans,

GONSER.¥A.XOï/RK iHT « COUPS JiE FOUDRE » 395

publi^t^U hii-même alors dans les journaux, depuis quatre aas». je frappe à toutes les portes.,. »

Avoir un poôoae d'opéra, ou faire recevoir le livret de ces malheureux Francs- Juges (1), être représenté, agir directement sur le public et mettre. sous le joug tous ces c( petits farceurs », voilà qui vaudrait mieux qu'un prix de. Rome, D'ailleurs, notre romantique pourrait'il assez s'abaisser pour écrire, sur ces fades vers de la cantate obligatoire, l'honnête et plat, le bourgeois orchestre qui plairait aux membres de l'Institut! (( Vieux podagres!... ils barrent le passage «aux ïiouveaux venus. Ecoutez-les parler, ces intrépides <( athlètes de l'ancienne routine : la jeunesse, à les (c entendre, est animée d'un esprit de révolte et de « subversion.,. Aussi ces matadors de l'autre siècle « disent aux hommes de nos jours : « Travaillez tant « que cous voudrez, nous empêcherons bien ms puvrages « de paraître. Critiquez à votre aise nos vieux chefs- « d^ œuvre : nous rCen avons pas moins des places et des « pensions tandis que vous mourez de faim et que vous « soufflez dans vos doigts quand il pleut dans vos mann sardes, yt — Laissons dire nos moroses antagonistes et « continuons de marcher d'un pas ferme dans la route « que nous ont tracée la nature et le besoin des choses « nouvelles. Et, parce qu'il est vrai qu'il faut emporter « toutes les positions d'assaut, serrons les rangs et « prêtons-nous un mutuel appui. »

Ainsi s'était exprimé un petit journal qui débutait.

Comme le Corsaire, il indiquait les spectacles de Paris avec la distribution de tous les rôles; il com-

(1; Le livret des Francs Juges, peu avant juin 1828, ful-i) présenté à l'Opéra, fut-il refusé par. le jury littéraire, ou reçu à corrections?... Ou, plutôt, n'y eut-il qu'une démarche officieuse auprès d'Andrieuxî... Berlioz gourmande Ferrand afin d'obtenir un livret très corrigé et presque refait. (Voir p. 114, n. 1.)

plétûit'Bes icpjaibre 'peti<ie8^ fêwillfes pflf (ilei^»'ïJétinb! dié» coulisses, ' des"éplgpaimïheè, de^ i6hiràiàe&,' • deS' odm j)té^ ' rendu» et de»' poésie*. J-^ Cédait/ /é'/ï?igftf^ol^ . ' i - i.f A»

Et la tiïade coiitre les- «matadors kie FfelilFè siècle et» les athlètes de la rouUne^iif l'aVait eimpl'Oyéè'efn ren^^i danl 'coi^pte, dès le lendematti mettin, Idil* predrier coneerttdu ieiinei-France. — ^'Gelui*ci; dans de telles' pensées, pouvait reeonrtaltpe ses»pënséeamémei^.'D?ail-i leurs, Je Figara était dirigé' par Bohain : Bohain et BeplièB, dan$ qwelques semaines, vont s<^ngef è'col* laborea*-. • •■ ■ » •■;• . ' •■• « •..

Un jour de juin, le 28, Hector- Berlioz sort de chefe' luij comme tantd^autres fois, pour affairesi ïl s'ésl habillé i aVec soin, selon sa coutume, et se: propbse^ d'alleÉ:* relancer un' directeur de théâtre. Ak>rs-, Hftrriett Smithson, avec les acteurs anglais, jouait» une' inigédm>y''Virginius; dans cette tragédie, Harriéitt' avait 1 une agonie admirable. Hector allait donc rendre Vïsitd à M- Laurent, et, ■ puisque M. Laurent était directeur du Théâtre Italien, notre musicien romantique allait proposer à ce directeur de convertir la tragédie anglaise en opéara italien.

'En Toute, quel incident, quel objet, quelle pensée souffla la tempête dans le cœur d'Hector? Vit-il en sdngela dévorante beauté d'Harriett? Ou quel<(<ie lithographie de Devéria, de Boulanger, lui montrât-elle dans ses noirs profonds et sépulcrauxi le Hanc fantôme d'Harriett tenant le cadavre de Roméo dans soiîL' étreiïiite?..; Moart et furies! Feux et tonnerres! Enfer et dérision!

Il court, pendant des lieues, il court depuis Pai'is jusqu'à Villeneuve.*Saint-George8. Il court. Ses muselés défaillent;... il court;... ses muscles « tremblent comme ceux' d'un mourant »; il court... Et il ne meurt pas. Il le remarque. Il remarque aussi comment son sang

cii|culQ4tH{ecvU)^ Qnt|end;i$i(i^ saïa^^w^ enteiiid «on eodut^ qMi(^>at,coHlmÇ'^sftt^bandis&ait dis : joie! Ob! de ^a-joie^ de la joie!... Mm9 Ja . dculêiur^ ia ragel'envinonaeniet rp.n8eprienij.i.iQu'e$.it-.Qeqiae.»a viel?..; Tout soa :êtte est bimyénpar.^jjïlej griffe de 'viautour;.u,AhIi saisir: la- vie, s'ieji^ivror deijlai^eo^fttiQa exacei^bée deJa .vie!.... Vivre toittei sâ. viedans un^iûinutede délipebiettihaureiixlu. Touti Hui .éehappey et il a'araraeiia que des la^ibeaux... « lA mon âge, avi^omon prganisation, n'av0ii\ que desi sefAsations .déchirantes; avec cela^ le^ persécutions < de ma famille recommencent; mon père ne m'emvoie.: jduâ trien,i ma scjii^ur ^m'à écrit aujourd'hui, qu'il jpersiS'tait dans éette résolution. L'argent.;, toujours. l'ar^ g&nh*. Quand donc. être. heureu«xi? Ni pendant laiivie, ni'apt'ès».:- Quand .d4wic? Jamais- Inflexible aaécîessiiê*..» Ët< pourtant, et; pourtant, comime la campagne lest hte^i Qtelle lumière abondante.. ^ Les arbres fré* missent doucement... Tout ce qui vit, les hbmmesi mêmes omi l'air heureux,*;* O'plaine' imimen£re,.>. Et il est seul>il est seul;..» 0 nature- « impénétrable et^fiére 3^ — souriante et mélodieuse...

Le lendemain (29 juin), toutes les articulations lui font mal. ;La crise passée, il est abîmé de fatigue p»ar son effroyable course. . , - • <

Mais, toute la journée, il faut qu'il marche* Il faut, en hâte, qu'il fasse des courses, des déinarohds, des visite»'. : dans quelques jours, il entre en. logé à l'Institut.

O rage! « M'avilir jusqu'à concourir encore nae fois!...» . ' ,.

Lesueur, confiant dans le génie de soh élève; vient de lui avancer l'argent pour monter en loge. Geti ai-gent^Jie docteur l'a refusé, outré (Mme Berlioz aidaiEitt:). des nouveaux emprunts pour assurer le. succès d'un oonr cert improductif.*. .. : i»

298 * LA JEUNESSE D»UN ROlVtAiNTtQOE < / .

Si Hector manque le prix, que» deviendrfttt^il?!... « Podagres, je vous écrirai un petit orchestre bourgeois, « à deux ou trois parties, et qui fera autant d'eîîet sur «le piano que Torchestre le plus riche; jeprodiguerai « les redondances, puisque ce sont là les .formes iaux- « quelles les grands maîtres se sont soumis et qu'il ne « faut pas faire mieux que les grands maîtres; et; si «j'obtiens le prix, je vous jiire que je déchire ma « scène, aux yeux de ces messieurs, aussitôt que la prix «sera donné. »

Hector entra en loge le 10 juillet ou quelques jours avant.

Cantate de concours : Herniinie.

• Pour la cinquième fois, depuis quelque vingt ani^ l'Institut obligeait ses légistes à mettre de la musique sur cette cantate du poète A. Vieillard. Sans doute on la jugeait excellente. Elle était un prétexte pour faire écrire aux jeunes « disciples des beaux-arts » quelques récitatifs, un air de douceur, un air de bravoure, et une prière au « -Dieu des chrétiens ».

A vrai dire, l'Institut d'alors ne demandait pas du tout à ses logistes ce qu'on appelle maintenant, sous l'ascendant de Bach, une cantate : il leur demandait une scène lyrique pour une voix et un petit orchestre.

De cette épreuve, Hector se tira du mieux qu'il put, renonçant à des excès d*imaginatioii trop personnels : musique « inexécutable », lui avait-on déclaré l'année dernière* Il fit donc une très honorable musique de scène lyrique. Bien plus, il y mit, avec une audace bien sage, quelques effets ingénieux. Sans jamais laisser taire le quatuor des cordes (car le quatuor, disent les pro» fesseurs, est toujours « la base de l'orchestre ») il plaçaj de-ci de-là, quelques effets de timbre. Ainsi, avant la Prière, pour enchaîner avec un morceau de bravoure et

moduler d'une façon saisissante, il fit descendre, par 'demi-tons, très lentement et très piano, les altos à découvert, seuls : douceur brusque et persistante, douceur extrêmement dramatique.

Pour conclure, quelle ingéniosité subtile! Herminie, au début de la soène, a chanté sa douleur de ne pas être aimée de Tancrède; à la fin, pour rejoindre le chevalier qu'elle aime, elle prend une armure et échappe de Jérusalem assiégée, passant ainsi, après une prière au Dieu « que son cœur ignore », dans le camp du Croisé que son cœur appelle. Ce départ, le disciple de Lesueur le fait voir. Après la dernière explosion de l'orchestre, au lieu de s'arrêter, comme tout élève le ferait, sur l'éclat banal du tutti, — Berlioz continue : peu à peu le bruit décroit, le rythme perd ses secousses pleines d'angoisses, et l'on entend, tel un chant lointain, les voix féminines d'une clarinette et d'une flûte : elles redisent la prière d' Herminie qui s'éloigne.

A cette Herminie, d'ailleurs, à cette douce figure du Tasse, le romantique logiste avait donné, musicalement, un charme qui nous touche aujourd'hui, mais que les membres de l'Institut étaient alors obUgés d'ignorer. Le Jeune -France avait confondu, — et nous le sentons aujourd'hui, — Herminie et Harriett Smithson. Cette mélodie qu'il s'efforcera plus tard de nous faire aimer, ridée fixe de la Fantastique, la mélodie élue qu'il présentera comme le « reflet mélodique )) d'Harriett-Ophélia, c'est elle qu'il venait de prêter à Y Herminie du poète Vieillard, et de faire lentement chanter à l'orchestre.

Et quoi de plus naturel? Pouvait-il trouver, pour la traduire en musique, une émotion qui ne fût dans son cûeur ou dans son imagination? A l'héroïne du Tasse; soupirant après son Tancrède sur les pauvres rimels officielles du poète Vieillard, comment notre Jeune-

France h'aui^àil-il pa^ prêté le « Wflét •iîi^loaî(ïtië'*l) de ses désespoirs les plus shakespëatîeriâ?.'. j ' ' ':^ ' < '^ ' I '» Enfin, il peut signer sôn'manuécrit^ et ^'éiîfeappë^ de l'Institut (1)!' ■'-■''' ' ■" ' ' '^ .;m,.|

Finie, cette fastidieuse scène lyrique; finî, enfîti firiî, cet orchestre bourgeois dont le ronron ]t>ûurra cHkrme^ les « podagres »! Libre maintenant, îl éi-re dkns Paris, fanatise ses amis, pérore, blague, joué' à VH'ahilet; quelle joie! quelis délires volcàniquèîS! L*Opër*^ répreiid ' la Vestale/ Les acteurs anglais (ô iïàrrîétt- Ophélia!) donnent encore le Marchand de Venise, Richard III , Jane Skore!

A F Institut, pour juger le concours, la section de musique se réunit. Elle donna le premier prix à M. Ross-Despréaux, élève de MM. Berton et Fétîs; et le second prix à M. Margeot, élève de M. Reicha.*

Hector Berlioz, jugé par la section de musique, n'avait rien.

Le samedi 2 août, les peintres, sculpteurs, architectes et graveurs se réunirent pour donner « définitivement » les prix de musique.

Le second prix, cette fois, échut à « M. Berlioz, élève de M. Lesueur (!2) ».

Sur ces deux jugements contradictoires, que dire? Faut-il y voir autre chose qu*une des innombrables bizarreries des concours, et surtout des concours jugés par les hasards du vote? Ne fut-ce que l'effet de la chance, ou plutôt l'effet du jeu des influences personnelles : au

(1) Le manuscrit porte « 22 juillet» (écriture de Berlioz}, — et «reçu le 28 juillet 1828 » (autre écriture).

{i\ Curieuse lacune des Mémoires. Berlioz, pondant cinq pages in-octavo, dissertera sur les jugements de l'Institut. Et cette dissertation, il la soignera fort, ainsi que le prouvent les variantes des tefitéis àuccessifs. Toujours, il trouvera étrange que les non-musiei^^s s'occupent, après les musiciens, du prix de musique. Et jamais il ne dira par qui, la première fois, il fut couronné lui-même.

prfjfli^^^i;,}yp^e,..tfll, musipiea, peu favora^ble à cet élève étrange, entraînçji^ i?jaj qri té (Jes musiciens; niais, au .^condp t^, autrcj ipiusîçien (Lesueur) entraîne, la pajorité des artistes? Lesueur fut-il plus éloquent.!^ 39<J0]:}(1 , joi^i: , , qUjÇ, le premier ? Ou quelles autres inflp^qce^^.d'un, j,o,ur à l'avflfe, intervinrent?... , ,IiiP i[ait 7*e^te nptable, , cMirieux, et d'autant plus gurijeiUix qi^e^.dans tout Toeuvre musical de Berlioz,,il n'y j^u^'a pas (jue.de la . .musique.^ — Or, ce fait, .oi;i vient de le voir : notre musicien n'a pas pour; lui les niusicienSj mais il a les autres artistes. ' /

Par quoi sont gênés les musicien^? . > . , \ . ; Eçt-ce parce qu'ils connaissent, de pl.us, prè^ la personne de. Berlioz : impatijente activité, allures démoï^iajques, çntregent ultra, dextérité, à jouer- de Ifi réclame orale et de la presse? — Sont-ils gercés par s^ flxuaique? Et, dans ce cas, n'est-ce pas à.cs^use de l,eur âge même : moins sensibles aux qualités de l'imagination qu'aux, défaillances de J'écriture, à demi oubliés eux-mêmes. (Rossini effaçant un Berton, un Paer), un peu aigris, ils doivent aimer, non pas qu'on leur apporte une chose nouvelle, mais plutôt qu'on les courtise par ce^ habiletés de convention et ces élégances scolaires où ils retrouvent l'ancienne fraîcheur, de leur jeunesse... Ou bien, avertis, ces musiciens, sententils, contre le génie de Berlioz, dès 1828, .cette répulsion, cette, haine réflexe, cette antipathie de race, que garderont tant de musiciens contre la musique, même du grand romantique français?...

Mais il a pour lui les autres artistes.

Il les â, dès 1828, comme il continuera de les avoir toujours. S'il les a pour lui dès cette date, ne les a-t-il conquis que par son Herminie? Son concert, ses Messes, ses annonces et ses comptes rendus, ses polémiques Où l'on sent (malgré tout) qu'il aspire au grand art,

ses protections, sa réputation de singularité, sa \é» gende commençante, n*est-ce rien,- sinon pour les séduire, du moins pour mettre leur intérêt en évéîl? Avant d'écouter, ils savent que cela ne sera pas banal : ' déjà leur imagination travaille... Que leur importe la musique, le métier qu'ils ignorent?... Ils sont séduits, ils se séduisent eux-mêmes...

Parmi tant d'hypothèses, qui toutes contiennent une part de vérité, chacun fera le dosage selon son goût personnel.

Le certain, c'est que l'élève Berlioz avait un second prix.

Cette demi-couronne, qui faillit lui échapper, ne donnait droit à aucune pension. Le docteur, depuis l'emprunt pour le concert, supprimait la mensualité. Avait-il remboursé l'emprunt?... Rembourserait-il aussi l'avance de Lesueur? Rétablirait-il la pension de son fils?

Hector, inquiet, hésita; puis, d'accord avec Lesueur (20 août), il écrivit au ministre : a Monseigneur, je « suis âgé de vingt-quatre ans; j'appartiens à une fa- « mille honorable, mais nombreuse... Mon père, épuisé « par ses sacrifices considérables, ne peut plus me « soutenir à Paris; je suis au moment d'être arrêté « dans ma carrière et de perdre toutes mes espé- « rances... » Et le jeune lauréat demandait un « en* « œuragement annuel qui le mît dans le cas de per- « fectionner ses études à Paris, et d'aspirer au premier « grand prix pour un prochain concours. »

A cette demande Lesueur joignit une attestation (1) :

... La pétition de M. Berlioz est fondée sur les plus brillantes espérances qu'il donne par son talent tout de génie

(1) L'original de ces deux lettres appartient à M. Albert Geloso, , Voir le Monde Musical, décembre 1903.)

qiHth'a>l)esoin'que d'être développé pour acquérir toute sa foF€i0. Ge jeunç hommei^ très instruit dans toutes les autres sciqnces, deviendra, j'en réponds, un grand compositeur qui fera honneur. à la France; et j'ose répondre qu'avant dix. ans il peut même devenir un véritable chef d'école. Mais il lui faut de l'appui pour se procurer les moyens d'achever ses études musicales, qui ont encore besoin d'un an ou dix-huit mois. M. Berlioz est né pour la musique; la nature semble l'avoir choisi entre beaucoup d'autres pour devenir un compositeur d'un talent éminent et qui sera peintre dans son art; mais il serait perdu pour son talent, s'il n'obtient la protection d'un ministre si éclairé, protecteur des beaux-arts et des lettres. Si M. Berlioz est assez heureux pour mériter la bienveillance et l'appui de notre Mécènes {sic) français, il justifiera cette noble protection et se fera gloire de répéter toute sa vie : « C'est Monsieur le Comte de Martignac qui m'a ouvert la carrière. »

Le StrETJB,

Membre de l'Institut, surintendant de la musique de la Cha- , pelle <au Roi, chevalier des

ordres royaux de Saint- Michel et de la Légion d'honneur, professeur de composition à l'Ecole Royale de Musique.

Malgré cette apostille affectueuse et clairvoyante (prophétique), Hector ne savait ni ce qu'il obtiendrait du ministre, ni ce qu'il obtiendrait de sa famille.

Les acteurs anglais, l'idéale Ophélia, étaient en tournée à Rouen... :

Hector prit le parti de revoir les siens. Il plaiderait sa cause lui-même. Il ne resterait guère que quinze jours : il voulait être de retour fin septembre.

Le 30 août, il partit.

: •• ''.i il !i"j(| il - .(•isj'jIvoI.»

(Septembre 1828 à fhi décembiiei 1829.)- ' '

A la Côte-Saint-André, très vite, le docteur et toute la famiue, et tous lés amis, furent séduits par lé prestige' dé la couronne officielle : Hector, presque prix de Rome ! Evidemment, les notabilités côtoises voyaient déjà leur Hector en habit vert, et Tépée à manche de nacre battant sur le nioÛet. Un Côtois, membre de l'Institut !...

Le bon docteur dut être un peu penaud d'avoir refusé les quelques louis pour monter en loge : son Hector, mainteriant, « gravissait déjà les premiè^^es

Sources particulières du chapitre vi. — Journal inédit de NaNci Berlioz. — Archives natitjiïales (jury littéraire de lIQpéra). — Archives de l'Opéra (livres, de correapon^aiwe). — Musée de la Côte. Collection des programmes de concert; (elb vient de Berïioz même). — Champflèury, Les vignettes romantiques. -^ GÉEA»D de Nerval, Fauèt i(trad.). — Bkrlïoz, Huit scènes de Faust — .G(^THErËCKERMAN|^, Entretiens* - — Gœthe<

Zelter, Correspondance. — '' Boutarel, Ménestrel (1903). — Le Figaro (1828-1829). -^ H. Berlioz, Mélodies Irlandaises. — A, JuLLliN, Gœtke et la musique. — Le Correepondant- {1S29\ — Bévue musicale (1829). — H. B,erliûz, Cléopâtre, scène lyrique (ms. Conservatoire de Paris; publiée pour la première fois par MM. Mlalherbe et Weingârtner, chez Breitkopî). — H. Bbblîo^, Le Balht des Oml?reç. (Petidc^at longtemps on perdiit toute trace de cette oeuvre, détruite par Berlioz aussitôt, que publiée. — M. 'Flaoul Pu^no possède le inanuscrit; MM. Malherbe et Weîn* gartûei? "l'ont publié chez Breitkopf.)

marches du temple de la gloire ». (Ainsi parlait le docteur). — Il promit de rétablir la pension.

Heureusement : à peine arrivé, le lauréat reçut du ministère un refus. L'apostille de Lesueur, — et pourtant, c'était chose bien belle, pour un élève, de l'avoir méritée, et chose bien rare, pour un maître, de l'avoir écrite, , — l'apostille de Lesueur n'avait eu aucun effet sur la cassette royale. Peut-être, dans les bureaux du ministère, quelque « agent subalterne » fît-il obsenv^. qu'uae pension accordée à cet étrange second prix pourrait mettre la zizanie à l'Institut : cette pengion confirmant le jugement de toutes les classes infirmerait celui des musiciens seuls...

Dans sa famille, ce fut autour du volcanique Jeune-France trois semaines de vie toute bourgeoise et provinciale. Voilà deux ians, dans une crise de nerfs, la dramatique Mme Berlioz avait maudit son fils. Aujourd'hui, goûters à la ca]îipagne, bals, dîners suivis d'un peu de musique, entouraient d'un agréable et flatteur murmure, d'un contentement tout cordial, le lauréat de l'Institut.

Avec Nanci, quels entretiens! « Mon frère m'occupe beaucoup trop pour mon repos! » Quel feu intérieur, quel bouillonnement, quelle fièvre! il ne parle que de Faust et d'Hamletf En lui, pêle-mêle, vivent les âmes de René, de Manfred et de tous les désespérés. Il sent qu'un fantôme le conduit aux abîmes. La vie? se demande-t-il quand il interroge le destin, — la vie?... Un rêve, une hallucination de cauchemar.». Etre, ou ne pas être, mystère... On prend pour la réalité une illusion qui fait souffrir... Que faire pour tromper le désespoir de l'existence? Que faire pour se duper le cceur avec l'ivresse du bonheur? Il faut tendre ttrut son être vers un but. inaccessible : ainsi, ne l'atteignani, jamais, on ne peut s'apercevoir qu'il est une ombre

a06 LA JEUNESSE D'UN ROMANTIQUE

La gloire?... ramour? O Hamlet, conimeiues«re:x!pHcateur de ma vie »... « Le fantôme? m'ap{)eBe;^dis'-tu, la destinée? m'appelle à haute voix et donne* èi la plus petite fibre de mon corps la force des mosoles du lion de Némée ».

Gela, c'était trop pour le repos de Nanci : elle continuait, alors, d'écrire les Conseils à ma Sœur, et de copier les beaux passages de ses lectures. Elle en était toujours à Casimir Delavigne, et même à Baour- Lormian. Elle notait dans le Journal de ses penséefe : (c Ah! qu'une femme est malheureuse lorsqu'elle a trop d'esprit! )> Elle se plaisait à copier ces épigrammes; la première est de Baour-Lormian, sur Lebrun :

Lebrun de gloire se nourrit; Aussi voyez comme il maigrit.

La seconde est de Lebrun, sur Baour-Lormian : .

Sottise entretient la santé; Baour s'est toujours bien porté.

A cette époque (et en province), l'esprit, chez les jeunes personnes du sexe qui se piquaient de littérature, s'accommodait fort bien avec^ une certaine religiosité élégante, un certain mysticisme élégiaque et tempéré, de bonne compagnie. Surtout chez les ultras, on était encore spirituel, badin, et dix-huitième siècle: mais, par piété, par royalisme, et même pour le plaisir, on avait lu Chateaubriand, Ballanche et Lamartine, Ossian et Fontanes; on parlait de la mélancolie du crépuscule; on parlait dé la solitude de son âme... On avait vu jouer de la harpe; et les bras des femmes quand ils se tendent sur l'instrument comme pour enlacer une mélodie aérienne, ont tant de grâce, tant de douceur, que l'âme se plaît à leur ressembler et à se tendre vers un voluptueux idéal...

., musique: et affaires sot

Clairs à^ luiie„ soupirs dç la briae> cort^e religieux à tTj^vers une campagne fleurie, éoharpe blanche qu'une jeune princesse agite le soir aur uue tour gothique, bruissement de l'herbe des cimetières, vieil ermite à longue barbe recueillant dans, une caverne la confession d'un beau jeune homme sentimental et malheureux, poésie des cloches, majestueux silence 4es ruixies..*

Près du « repos » de la spirituelle Nanci^ près du repos de la tendre Adèle, Hector apportait sa tempête, A ce brave Ferrand, il écrit : « Horatio, tu es bien l'homme dont la société m'a le plus convenu ». Car, si Hector devient Hamlet, ce brava Ferrand devient Horatio... Et voici comment Heotor-Handet invite Horatio-Ferrand à venir passer quelques jours chez le bon docteur... « Venez, oh! venez;.», le temps (c et l'espace nous séparent;... je souSre beaucoup;... « venez! nous Urons Hamlet et Faust ensemble. « Shakespeare et Goethe! les muets confidents de « mes souvenirs, les exphcateurs de ma vie! Venez!... « Personne ici ne comprend cette rage de génie. Ce (c soleil les aveugle. On ne trouve cela que bizarre,.. «

Nous-mêmes, un siècle après, comment ne pas trouver bizarre ce projet du jeune musicien : avec le Faast « tragédie de Gœthe traduite par Gérard, » et mise en livret par le directeur du Figaro^ il ae proposait d'écrire un ballet pour l'Opéra. Ce livret de Bohain, en trois actes, venait d'être reçu par le jury littéraire de l'Opéra; et déjà les deux collaborateurs s'étaient abouchés.

Etrange projet, dira-t-on : faire commenter un poème philosophique par des pirouettes, des jetésbattus, des pointes, et des « arrondissez le tutu »«,

Sans aucun doute, le ballet imaginé par l'élève de Lesueur ne devait pas être une de ces mécaniques

208 LA J&UNESSB D'UN ROJUANVIQUE

évolutions depouj^ées .vivailte<i,{ tdled que-inomqle^ connaifisotis. Selon le mo^ -de Bon itiaîtreflei di&ciplè devait parojeter uîn ballet kypocriiiquei ;Laiiami4uQ]n?jr serait j^as, comme on pourrait le droi^^ide .la fsxmsique à: faire danser : la musiqu^et la dainse, ou inÎQuqp la <( musique imitaiive » et la <c pantomime hypo^ critique » s'uniraient pour rendre sensible à l'imagination, par (( le canal des yeux et des oreillea »,:)e poème de Goethe! Admirable projet» , ! .{.

Que serait-il devenu, réalisé?*»» î :

Ballet hypocri tique, immense symphonie: déscri|>tive?-..* Le jieune« disciple desBèaux-Arts» neaavailt pas encore ce que cela serait. Le ballet :dei.Boh^tiin, reçu par l'Opéra, c'était bien tentant,.. Maia le miaifltère venait) maJIgré Lesueur, de refuser une pension : commanderait-il la musique?...

Une musique: tumultueuse grondait au oœur d'Hector! Quand cette lave jaillira, pensait-il, le monde muâcal sôra= dans l'épouvante!

Ory un jour de. septembre, en voiture, il venait de traverser cette luxuriante plaine de fiiévre, riche de blés, de vignes, btende et poussiéreuse, éblouissante de lumière, mais si fantasquement tachetée (ici des noyers, là des châtaigniers), tachetée par des verdures pâles, des verdures fauves... Il longea l'Isère jusqu'à Grenoble et, sans doute, jusqu'à Murianeite, jusqu'à Meylan peut*être, où voilà plus de dix ans il avait vu cette Estelle dont il avait tant rêvé, cette Estelle Dubœuf que la pastorale de Florian et un coe^ur juvénile transfigurèrent... Et voici qu'il entend, en son cœur romanti^u^, chanter la Gretchen, la Marguerite de Faust... ;

Que ohante-t-eBe? Elle- chante la Ballade du roi de'Thulê, Les- strophes de Gérard de Nerval, relues cent fois, s'infléchissent selon une mélodie étrange,

«aippfcieusej^.* Pfi'iri Hedtor/ c'est» di»» ««ptyle gcfthiqùef» •Bi|' »êffet,'lce'itei|yle lest 'hotfveau',' iniisHé, fantasque; 0ans'l4fflagiadtionvde\ni(Sftoè -Jéùrie^ftanbe,!!! ânscitie 1«wait rjkb. ebrtègé'^de vêVésimoyenâgeaxîî macbicbuii», |)fÈi»tuisanes;"îpduel ! qui; «^nroilnei '«n Miévidant' le tîhwVre'dii'fwfeeau, fenêti*es à vemèrêSyprofd-de$ toiis tfetttkillfe M^-des- éobâiagfuelteB 'ea: poivrière..*; :Vraiîhent'; dans «nî tel 'état d'enthéusiasmè, co^nment ' wn Jeune-France n'ertiploi^raiti-ihpafe le mot «'gothique? ?> Cette ballade gothique^ si délicieusement poétique de rêVeuse»; vbilà ime^es premières ^pagçsiaiixiquelles 'é'aiîitres' vont' se jmïidre toiit Aà' suite; puis: d'aLUtftefs eôe<^re' qublqlie vingt anîs plus tard : Tceuvre aura pour

' En septeirûbire 1828, ta ballade! gotfeéque ' es* peu de chose pour son auteur : il rêve alors d'une symphonie descriptive, ou d- un ballet; Cette baitade, pense^-t-il iiloi^, n'est qu'une sorte. d'illuàtratibn musicale, pour mettre dans, un -Fâ^us^,; comme Delacroix y a n^iis ses •lithographies : << Je vous donneirai ma ballade pour la mettre dans votre Faust ^i, écrit;-ilau' fidèle Ferrand... Il hésite : Ferrand est-il l^orîime ià avoir nn-Faw9t?

Fin septembre, le 27, Hector quitte la Côteî et; -sa famille. BraVes' gens; mais, ils ne comprehnpnt Tien aux « rages de génie »* A-t-il pu leur piarkrde ses- rages d'amour?, , . Ophélia! * . . Paris, l'art, la donqiiête . de ' la gloire, les camarades, les courses pDuriTasseiribieT? des armées de musicien», les ce petits farceurs o)i à 'înèttk'e sous le joug, l'Institut à faire tpemblèrj Harriettà cdhquérirL.. « Allons donc, voilà' la viel.u' «^ i - • •

Que d'affaires! Que devient Virgmius, la tragédie anglaise à convertir ea opéra italien? Bt les pi<djets entamés ' avec le théâtre Feyd!eau?-Et. 'le ballet de Faust à rOpéra?^.k - . ; ' *' - ! •

Sît) LA JEUNESSE D'UN ROMANTIQUE

Dès son arrivée à Paris, Berlioz, avBc Bohaîïl', dî* recteur du Figaro et librettiste du ballet Aè' Faust, fait tîetle convention r le îîvret de Bohain est reçu, cela est acquis; quant à lui, Berlioz', grâce au surintendant dont il croit être sûr, il va se faire cortimander la musique.

Aussitôt, il relance le vicomte Sosthène de La Rochefoucauld, surintendant des Beaux-Arts. Sans aucun doute, au même moment, il fait appuyer sa demande, comme à Pordinaire, par les pressantes démarches d'ultras bien placés. Au vicomte Sosthène i! écrit : M. Bohain, lauteur d'un Ballet de Faust reçu ^1) par le jury littéraire « désire mé fournir « l'occasion de me produire sur la scène de l'Opéra; il « m'a confié la composition de la musique de son « ouvrage à condition que M. le Surintendant voûte drait bien m'agréer. Si M. le Surintendant veut con- « naître mes titres, les voici : j'ai mis en musique la « plus grande partie des poésies de Gœthe {sic); j'ai t( la tête pleine de Faust, et si la natxire m*a doué v de quelque imagination, il m'est impossible de ren- « contrer un sujet sur lequel mon imagination puisse « s'exercer avec plus d'avantage (2)... »

Et Lesueur, dans Bon apostille, avait certifié au ministre mcm« que le jeune musicien serait « peintre dans son artT>.

Toutefois, la musique du Ballet de Faust ne fut pas confiée à Beriîtœ. A nul autre, d'ailleurs. Bohain, malgré ses instances, et bien qu'il dirigeât un journal à 'Craindre, le Figaro, ne put pas faire naettre en musique le livret déjà reçu.

Maïs que voulait dire la 3)hrase : « J'ai iriis en

<1) « ... feç« il^ a ^«x »oi& » — B^ça le 19 juillet 4fiS8<Ar-

chives nationales).

(2) Fragment de lettre, cité par Daniel Bernard.

,./MU$iaUfc: JiT.AFFAIBES 311

mysixjue l^; plus grande partie des poésies de Gœthe? » Evid€\mmeajti il .n'avait . guère en vue les poâsies complètes de Gœthe, car cela ferait quelques centaines de roai.anQes, Il devait songer aux seuls couplets rimes par Gérard de Nerval dans sa traduction. En ce cas, dès l'automne 1828, il avait écrit, ou esquissé, les Huit scènes de Faust, c'est-à-dire la moitié de la Damnation» Et cela, on doit l'admettre, si ViQu admet que la phrase écrite pour amorcer le vicomte Sosthène (cette tête de cheval!) ne contient que la vérité stricte»ii

Que d'affaires! ce Ferrand, il n'est pas venu à la Côte-Saint-André lorsqu'Heotor y était! Et « maintenant, de loin, comment s'expliquer pour les retouches au livret, des Francs- Juges? Toujours mou, apathique, souffrant; il se laisse dominer par sa , famille, et on le tient plutôt à l'écart de son ami trop passionné. Si Faust manque, ne pourrait-on tirer quelque chose des Francs-Juges (ou de leur succédané le Cri de guerre de Brisgaw), remanier le livret, le faire recevoir, et ainsi utiUser, tout de suite, la « musique faite? » Mais, Ferrand n'est jamais prêt,..

Berlioz va d'un imprimeur à l'autre, débat des prix : la Révolution Grecque, combien coûterait-elle? En lithographie, mande-t-il au brave Ferrand, qui peut collaborer à la dépense, ce ser^t un tiers plus cher qu'en gravure; et en gravure, il faudrait compter € sept* cent cinquante francs ». -^ Autre affaire ; ne pourrait-on pas faire recevoir à l'Opéra un livret tiré d'Atala et obtenir la commande de la musique? Car, vraiment, le livret de Ferrand, par quelles retouches l'empêcher d'être monotone?... Il risque trop d'être refusé. — Autre affaire : on va fonder une Société du Gymnase lyrique : aussitôt Berlioz, encore élève au Conservatoire, se fait charge;* dû

312 LA JËfiK^iiSSË 1)^UN ROMANTIQUE

chdMr 'et^'dé'l[*emplô€«ét Ms fïhusicten&^diyjlotict des

'iiisfi^umëtits' r déjà iGâ « souscripteurs ■ combiGiicent)*) à Vbnil'.'.. Mafe'il''pTtes^ftt ^<èS -tramé» 'eec^ète^q'GHeqa-

'biki,' Î^Hl\istrë'' vieillard, 'ît<"€8l îenM'iïli^tation «pour âà'^ii* ^'ilnotl4 servïï»a ou sri>]fiiiklu»h^d<?ï;l'et^idiByis les orehektres, ■ tout le " mbndè? « dal^aude! » » -t^ i Que d'afffaires! que d'affaires! ' >• = ! ..ni ;. m-'

Et 'rtôri-iett-Ophélia (fin- octobre) 'd (Juittëi Piarts! elle est à Bordeaux, en tournée théâtrale. — Ah! llectôr-rië vit plus! Ou plutôt; décWrp-t-il, 'iltrlé vit que trop! Anathème et dérision? De s«t i l^êti^ei, rUe dé RifchdièUi il rie voit plufe» son étoiW, sui^^le trottoir qu'il épie, âilbr aîu théâtre 'et e» revenir... ! 'j-r

Lès affaires lé repi^ennent; Choron,' pour* sesfbohciôrtè; Itrrùdè'Tn'ande iin oratorio pour -voir et oi:»gue )>(?); vite,irfaxit le faire,- car « eelame ferauh peu oonnî^tre d'ànsl ' le ■ f aUbou'i^g Saint-Germain » .:^+^ Autre affairé : Uîi journal, te GùrrespoMant, esï eîi . formation ftet va biéMôt ]{>araître; voilà doitc une ^lade à prendre : la tîhroniquie musicale. "Aussitôt notre polémiste '• du Corsaire se fait recommandei*, dt s'offre à l'essai. 'Il a des chances, car le journal est dfems-là note bien pien^antë' du Constitutionnel, -^ Quelle admirable lettre',' et poKtiqUe; il écrit ators à oe bon Ferrand : 'ildëmatide son appui au milieu de la: lettre; mais au début et à ïafin, il parle, à Ferrai^ïd, de Ferralid

'ïhêtrié : <f S'ouff^rez-vous toujours de vOs dents?:.. »• 'Ophélia, de = nouveau, occupait tout le cœur- du Jë^infe^Frdnce; Elle y faisait irruption; de lertipsà

"àtitrë,'*et toute affaire cessant... Dans l'imagination dë'Bërlréz! Cet ne prenait^il pas son imagiaatiûn pcmr s(3ii''cdeuf?), c?'^tâit im chassé-'ctoisé d'images, chacune

■ 'àppoi^taïrt, imposant soïï cortège d'émotions. Une 'affïéte'de'tfeîéâtrë; une aniïôACe' dans tm Joùrnai,' la

' 'iriiiie'hfetik'dusè du « cygn^ de Pesaro'» rencontré 8?ur

-ië feoiiIevàrdr<iei(t< [Voilà -BerlLo^^ rSOujCFrant d'^ib^ei.in-

cdnsur ûhangé ^a .hQiDmjS-^'aflairesi,. ea. icompiBiUi.^ur

ipoUtique.lèt. flpuséw.iCouBSi^ isur- eouïôe», >1 les f^it

'ravpc'juûeiiàpdeun' déliriinte,! r-j-;;^t/ unisiMig-ifroid, de

- 1 viëui' ' dipUMsmiet \>lh note . oe ^q-ià^ . Fétiisi ou . tel . .autre,

(lui a-t-oîi irap^ok'té) ditde lui! di^nsr uu salpii...

Surgisse l'image d'Ophélia. :: c'est Hesctar.qnv pst Hârtnlet! M:0 fantôtne^ m'antraîaeB-tu «aux alplrti^s;?... »

Hailrielit-Ophélia est reveaiae! — Horreur! EHq.jv^a rbten.tôt:piirtir pdur Amsterdam. ,. , .; ..

• - Atori^ il se décide (Janvier 1829). Il n'a. déjà qnj? tpop parlé de.oèinapiageîJVlort et furies!. Le gl^ci^li tpiiriâllan- des affaires ïi-a pu refroidir le volcan de son cœur. D'ailleurs, le jeune chef de la np^usique- roman- <tique ne vient-il pas de finir ses HuU scènes 4^.Fau$t? Ëlle6 vont.conquérir le.moncie : pourquoi. une» femipe, •fût-«lle Ophélia mém«, leur échapperait-elle?. Et puis, si l'on publie les Mélodies Eœssaises de Be^ethoven, Berlioz va bientôt publier les Mélodies Irlandaises, Et sur la plus Iwûlante il inettra F. H. S.;.., c'est-àdire for Harriett SmithsonI

Il fait donc agir ses amis auprès de l'inaccessible étoile. Du moins, hamlétique croque-jaotes, il l!écrit à ses bourgeois amis de province. Ces missives, éjaculaioirés, quelle vérité cachent-elles dans leuc.p^ache de flamme? S/'il faut l^s croire, la rçiiie- de tl^éâtre, qui porte encore les bijoux offerts au nom de Charles X et. de la Cour, accueille à demi les projets, paatriaioniaux du jeune Hector : « S'il m'aima véritçd)lement, aurait répondu la tragédienne, c« ne sopjt paS' qi^elqjLfes mois d'attente qui pourront lassier • sa oOiOstaAjQe. . ». D'ailleurs» pourquoi Harriett. n'auraijb-eUe. .pa^ dit cela? Elle ne promettait rien; elle .aliait.ipafUnJ, et .une femme qui paraît en public et dépepjd. ]dq.,la

presse, pouvait très bien aocger à ménager ç^ jeunie fou dont on lui rapportait, agrémentées encore^ îles extravagances.

Feux et tonnerres!... A cette d-emi-réponse, Hector délire... Délire de joie, pendant douze heures i^fin janvier 1829)! Terre et ciel! Sa force est centupléel

Etre aimé d'Ophélia!

Donc, il écrit à Nanci, sa sœur si littéraire, une immense épître : il va se marier. Mais il ne dit pas que c'est avec une actrice. Il n'a pas d'argent; qu'importe? il va devenir un colosse en musique. Oh! cette symphonie qui fermente et bouillonne; ce Faust, oette tumultueuse et gigantesque fresque, cette coulée de lave ardente : quand il lui donnera la liberté, oui, le monde musical sera consterné (1).

Paraissent les Orientales, de Victor Hugo. Berlioz lei^ lit, les dévore. Quels spectacles brûlants : Navarin, Byron, les Turcs, la Grèce captive! Et quel coloriage éclatant, quel romantisme dans ce livre tout neXif! « Il y a des milliers de sublimités! »

Aussitôt, Berlioz fait une Chanson de, Pirates, avec un accompagnement de tempête. C'est de la musique d'éoumeur de mer, de forban à voix rauque et sauvage!... C'est de la musique « poétique! »

Mais les Huit scènes de Faust, on n'ea finit pas de les imprimer. A peine écrites, il faut qu'elles paraissent : Harriett Smithson va partir! Pour surveiller, pour presser l'éditeur Sehlesinger, quelle ardeurl C'est -devant chez lui : rue de Richelieu, Hector au 96, Sehlesinger au 97. Devant ses fenêtre, quel angle fatal! La boutique de l'éditeur trop lent, et, rue Neuve-Saint-Marc, Thôtel d'Ophélia, de la fugi-

(1) Ces expressions, et beaucoup d*aatres» viennent deB Lettreg.

liVêî Ah! ces tues se t^oiipeiit, fee traversent, comme deux destinées, — et elles s'écartent!... Le soir, il regarde s'éteindre la lampe de son étoile!

Pour ses projets de mariage, Hector reçut de sa famille une réponse affectueuse et sensée. Cela douche son délire. Et l'exaspère. Cette Ophélia, elle ne se prononce toujours pas; et elle va partir pour Amsterdam! Et ce Turner, cet agent d'affaires, ce pilote de miss Smithson, il ne veut rien dire. Ahl ce flegme britanniquel Que de choses doit savoir oe Turner, qui ne dit rien! Et même la femme de Turarer ne dit presque rien, elle non plus!... « Ah! être aimé d'Ophé- « lia, incompréheiïsible immensité de bonheur! Je « vivrais donc! J'écrirais donc! J'ouvrirais mes ailes! (( O life, Loçe, AlU AU! »

Il écrit donc à miss Smithson.

Il ne se fait pas présenter : il a peur d'une crise, s'il la revoit! Mais il écrit; il écrit même en anglais!

L'actrice célèbre, obsédée sans doute par les coutumières épîtres qu'étudiants et collégiens ne manquent jamais d'écrire aux actrices célèbres, refuse de lire les nouvelles lettres d'Hector. Et même elle s'effraye à ces divagations d'une âme affolée. Par prudence, elle prévient sa femme de chambre : il habite si près, il peut la guetter, et un soir, dans cette rue déserte,.. On lui a dit qu'il était épilep tique!

Ophélia est donc perdue pour lui?

Non, il veut la conquérir par les victoires de son génieïSi seulement Schlesinger faisait paraître ce Faust/ Hélas, sur Ophélia, que pourrait cette partition d'or •chestre? Et Ophélia va partir, avec la troupe anglaise, ■en Hollande!,,.

O joie! On annonce une grande représentation •extraordinaire à Feydeau : Harriett Smithson jouera •et il y aura un intermède musical» Si Hector Beîlioz,

816 LA JKUNESdIi'D'CN ROJkïÀNriQUE

sons Im yéu« d^Ophélia;' remportait unHtDiomphel licfs journaux' (21 févrreî^) i^ubliderli .iKlifli Af^iaon de Refuge,' mi étiaMisséinenl' si philahihawpMpm^^i&sJB tdm lëâ regards' et dwieflt T'ôbjet -^dgsi'ièncoupàfeB* ittôntsi d<3 tous les amis (ie- )"hil«i«lnitB;'.l «Dotie^merleredi 25),- représentation extraordiinairej-ru - ■' u .i:

« 1^ périot,. et ?on jeune élève Henrjr VjeuxtemijS^ ^gé de huit ans, se feront entendre sur le violon;

2« Los artistes anglais joueront deux actes de Roméo et Juliette, tragédie. Les principaux rôles éii seront renlplfs par M. Abbott et miss Smithson. Cette 'actrice," dont le talent est si retnàrquable, consent, pour contribuera une bonne actton, à retarder d'un jour son départ pour Amistérdàffl, où elle se rend avant d'^alleren Angleterre; • ■ 8^ Lé specl^ole finira par la Fiancée,.» »

. Epiçr, et dapiuation! rien de Berlioz! (1).

Mais il affirme, dans ses Mémoires, que la veille du départ de miss Smithsou, une ouverture de lui, exécutée dans une représentation . à bénéfice... Harriett jouait : à une répétition, il Payait vue, sa Juliette, dans les bras d'un autre Roméo/,,.

Çè dramatique épisode, nous l'avons déjà rapporté (et analysé),; il y a plus d'un an, lors du bénéfice de l'aQteur Huet.

Hélas, Berlioz a beau confondre les deux épisodes en un seul, il a beau réunir en un même soir deux soirées distantes de plus d'un an, l'une, bénéfice dî'un acteur, et l'autre, bénéfice d'une Maison de Refuge, TT il ne donne pas plus de vérité historique à ces événements imaginaires.

. Son ouverture même fut-elle jouée? Au dernier moment, un seul . journal (et dévoué à l'auteur)

(1) Journaux divers. Rien dans les programmes, rien dans les- 'èobjpleë t'ettdus.

knhpnçàiiWap'e^^inîpiaisi il ft'^ri! f dit mn, dans-^oa compile i!€dSidu; Daôi^iitiQUBiljB^ iautreg.jpurnftM^ pcirmi djBiînoEBbirpuKîidétaU^ ,SrUf.;C0tte^:$0inée,i pas.un wiQt, nijjlej mention. i de iciattô' ouyqi:/ture !«. fou4roy^ute. 3>;E.t l'ion. paît .cbmbièii. Iq , JeunedFrance^ poljémiquant, luimême, soignait iSa finesse!, m- Faiitnil crpire une é jaculatoire épître de notre visionnaire? L'ultra Duboys, retour'h'è 'dâiis sa province, maïs qui collabore aux romances et nieme aux fMîs de rimprèssion, et qui s'empjoîe utilement prés des ultras, — Duboys pourrait constater le silence des journaux : Hector (2 mars au soir) lui parle de rafflche; même, il dessine comme uDî fao-simile du papier fatal, qu'ont: déjà déchiqueté les orages r detix; noms « hec... thson », réunis un jour., et le lendemain en lambeaux;]... D'après cet hoffinanesque fac-similé, Waçerley aurait précédé Roméo. Hélas, les journaux témoignent que là soirée commença par Roméo. . . ;

Quant à rOpliëlia- Juliette, son Hàihlet écrit :« J'ai senti qu'il était absolument ati-desfeus de niés forces de la i^ôir et de renouveler des sensations aussi extraordinairement déchirantes que je n'avais pas éprouvées depuis deux ans [lettre du 2 mars]; je n'ai pas même entendu le son de sa voix ». — Dans les Mémoires, il contera qu'il a i^u sa Juliette dans les bt'às d*un autre Roméo, il rapportera même lé cW de l*Irlandaise : « le gentleman » aux yeux sàtaniques!...

En effet, pour, ce génie pittoresque, imàginatif, visionnaire, les rêves se réalisent (du moins dans son cerveau) avec des détails précis : poui» Berlioz, quelle intérieure réalité, quelle vie active, plus Jdrdehtê que la vie même, prennent les rêves ' qu'il sub'titue à la réalité extérieure, morte pour lui! i : :

— Quelle est donc cette faculté: singulière quji substitue ainsi r imagination à la réalité y s'écriefart-il

bientôt, par la bouche de son Lélio, qui es«t Beiçlioz même? .'

Ophélia, perdue!... Demain^ 3 mars;, elle parti

Brisé, mourant, il s'étend sur son lit» Toute la nuit, toute la matinée il y reste. A trois heures^ il se lève. Machinalement il s'approche de la fenêtre... Feux et tonnerres! Devant la porte de l'hôtel, une voiture, miss Smithson... Ah! « cruauté gratuite et lâche du « sort!... Arrachement de cœur... isolement affreux;... « monde vide;... mille tortures circulent dans Ifes veines avec un sang glacé;... dégoût de vivre;... impos- « sihilité de mourir;.», rien, rien que souffrir... »

Voilà ce que rapportera Berlioz.

Or voici, d'après le manuscrit original, un document qui date de ces heures mêmes :

Paris, le 3 mars 1829.

Monsieur le Vicomte,

Je publie en ce moment la partition des Huit scènes de Faust, de Gœthe, dont j*ai composé la musique; c'est le premier ouvrage que je livre à Fimpression (1); veuillez. Monsieur le Vicomte, me faire Thonneur d*en accepter la dédicace.

Je. vous dois beaucoup et je serai bien heureux si vous daignez, etc..

J'ai l'honneur» etc.

Hector Berlioz.

Rue de Richelieu, n« 96.

Cette lettre d'affaires est écrite, ou mieux calligraphiée avec grand soin, sur beau et grand papier, d'une main fort calme. Par son aspect même, outre

(1) Il avait déjà publié des romances. Mais les Huit scènes reçurent de Berlioz l'indication : « Œuvre 1. »

MUSIQUE ET AFFAIRES ai3

âesiformùlesilopt régulières, elie a le caractère officiel et cérémonieux qui convient à une dédicace respectueusement offefifte par un jeune crbque-sol à un aide de cômp du Roi, surintendant des Beaux-Arts.

Prouve^t-elle que le « volcanisme » est de commande, pour la légende à créer puis à soutenir, « volcanii^me » qui serait d'une invention toute postérieure? Ce volcanisme, dira quelque railleur, n'est qu'un bouquet d*artifice pour finir, strepitoso, un chapitre des Mémoires où l'imagination seule de Berlioz a déjà fourni les soleils, pétards et accessoires divers...

A ce raille^ur, nous répondrons : pour comprendre Berlioz, il faut sentir que dans Berlioz il y a du Tartarin. Ne soyons ni railleurs ni dupes. Essayons de voir clair, Tâchons de résister à l'agacement que donnent les continuelles galéjades des Mémoires. Ces Mém^ireSy plus tard, seront écrits par bribes, chaque bribe dans un moment de crise. Or, à force de se raconter soi-même en amplifiant, à force.de promener à travers le monde son propre génie qu'on fait précéder d'une légende, Berhoz n'aura pas pu éviter, dans ces crises où une fièvre le fait écrire, de prendre le ton d'.un barnum hamlétique, le ton d'un commisvoyageur byronien et méridional. Que faire? C'est ainsi. Nous deyons même admirer que ce ton avantageux de beau ténébreux, de Tartarin en noir, Beriioz ne l'ait pas pris davantage.

Ce ton, d'ailleurs, est loin de nuire à un héros romantique,, lyrique. Il est même tout à fait nécessaire au lyrisme, dès qu'on veut rendre le lyrisme sensible à la foule : dans la rue, comment faire reconnaître une grande âme foudroyée, sinon par l'embroussaillement de la chevelure?... Et quelle heureuse fataHté, quand cette chevelure est rousse, d'un brun rouge calciné, satanique! — Mais, sous cette chevelure-réclame.

326 LA JECNESSli'D'iJN BOMANVIQUE

n'y a-t-il pa«' de véritable^, de belles îtempêtes/lde sincères k volcanisfties? » Bridé d'«!monr, une-'hewei est aux délires, Ist sufvantè à PaccïibleïMent téftia^* gique, et la suivante aux affaires. Pourquoi pa^ Cette âme diverse a 'diverse» ttïnniéres d'être sincère : chaque fois, avec véhémence, elle se donne tout entière. A peine réprise;' elte se redonne = à !àuti*e chose. Pofurquoi pàs?'C'e^tune âme à éôHpfees et à feux tour-* nants; mais chaque fois, elle projette toute sa flammé intérieure. ; . i

Il faudrait' multiplier, diversifier lés images, pour mieux faire sentir cette mobilité. Pourquoi, dans cette âme à brusques déclanchements, n'y aurait-il pas de véritables changements à vue? Dans la n^usique de BerliDfe, ce t[m est dé règle^ c'est le sursaut; la surprise... Sa musique reflète son âme. Un- jour, il part pour des cfoursés d'affaires, tout à coup, il fuit dans la campagne... Ses pensées s'enchaînaient de même : très logiques, très solidement attachées,* en raison même de leur petit nombi^e et de leurs liens nombreux avec sa sensibilité, — pensées en quelque sorte adhérentes à ses nerfs... Surgisse une image, une sensation :.sur le coup, autre série d'états intérieurs, logiques à leur tour et réguliers.

C'est ainsi que nous venons de voir, en quelques heures, l'amour le plus volcanique, l'accablement le plus prostré, et la dédicace la plus correcte.

Sous le nom protecteur du vicomte Sosthéne de La Rochefoucauld, surintendant des Beaux-Arts, le jeune musicien, à demi couronné, plaçait ses Huit scènes,

« Ce n'était pas pour lui! » mandera-t-il au bon Ferrand : elles furent écrites F. H. S., c'est à dire for Harriett Smithson!

»l.H»iT.'«fiÈNES,0E;FA,usT, tragédie d^ Gœihe^trqduite p^ i^émrd (i)y,\mti>siqm dédiée .^.M^r ^le- vicomte de J^Rmhef^omaWld^ uUk de ,€^in*jh(iii roi,*,*;, œuçre U (PriK j .3(i^. ifrafllcs-). , , : /: ; .:,..!/ ..

C'est UH6 t graade pçif tiUoû, ; pour. i^Ii^ choeurs ; et orobefttre, •! ■ -. •-. ^ .;;. . /..•..,

A* iquir .en 1829, peut-elle s'adresser? , Y . a-t-il un public pour Ure les pçMrtitiQnsid'prcbestre? Ou.n'e^t-ce làt.qju'mie- pu^iicatiioa destinée à gi^gner.le^ juges, de l'Institut avant le prochain prix de Rome, à; gagner le Surintendant afin, d'en obtenir la conimande d'iun opéra, ou , d'un ^balleit? : . -: , . :,

' Le pins si«iple^ ici, doit être Je plu^ .vrais^nibl^l?le, \ au jouj le jour ^ plein de Faust depuis. une lani^ée entière, projetant : quelque ballet « bypocritiqiiç,.» jtpu une « symphonie descriptive », le jeune Berlioz sie laisse aller à écrire ce qu'il entend en lui. Comrpe d'ordinaire, sa musique intérieure s'agglutine aux, paroles- d'un texte. Spontanément et aussi sous l'attraction des paroles de Gérard, il écrit de&. scèiies pour voix et orchestre; ou plutôt, ce sont comme des visions que son pittoresque génie essaye de fixer grâce à. sa palette orchestrale.

Ces visions, en hâte, Berlioz les livre au public,, telles qu'elles lui sont apparues. — Un jour de septembre, .en Dauphiné, il écrit le Roi de Thulé, ballade gothique et aussitôt, il propose à Ferrand de la lui envoyer : Ferrand la mettra dans son Faust, comme on met une gravure dans un livre aimé... Depuis lors (et peut-être a-t-il commencé un peu avant), malgré sa passion et ses innombrables courses d'affaires, malgré les. leçons à donner pour gagner quelques cachets, et malgré les leçons à recevoir pour faire acte de présence au Con-

(1) Gérard de Nerval. — Il ne prendra ce nom qua plus tardy

servatoire, il a écrit d'autres scènes : au printemps de 1829, il les publie comme des gravures à joindre à la tragédie de Faust. En musique, et pour la traduction de Gérard, c'est l'équivalent des lithographies de Delacroix, pour la traduction de Stapfer. Notre compositeur « imitatif, descriptif », cite, avant chaque scène, quelques lignes de la traduction de Gérard de Nerval; il cite aussi quelques lignes après chaque scène. S'il y a, par le monde, des musiciens d'imagination, sans doute, en lisant Faust, se joueront-ils à eux-mêmes ces Huit scènes évocatrice^ : pour eux elles seront de magiques illustrations...

De tels lecteurs existent-ils, et comment les trouver?

N'importe, Berlioz, en hâte, fait imprimer son œuvre telle que son génie la lui dicta.

Gomme tout bon romantique, il met force épigraphes. Sur la couverture : « Je me consacre au tumulte, aux jouissances les plus douloureuses, à l'amour qui sent la haine, à la paix qui sent le désespoir » (Faust); — et deux vers pris dans les Mélodies Irlandaises de Thomas Moore et qui signifient : « un souvenir fatal, un chagrin qui répand son ombre froide sur mes joies et mes désirs... »

La première scène. Chant de la Fête de Pâques, porte une épigraphe en sautoir; c'est une réplique d'Ophélia : Heavenly powers, restore him. — Malheureux amant d'Harriett-Ophéha! Il voulait bien lui dédier les Huit scènes : il se console avec une épigraphe transparente...

Une citation de Faust introduit la musique :

« Voici une liqueur que je dois boire pieusement; je l'ai préparée, je l'ai choisie; elle sera ma boisson dernière...

— « Christ vient de ressusciter! »

Ce sont les anges (un chœur de quatre parties de

MUSIQUK Eï AFFAIRES 323

dessus), qui lancent ce cri de victoire et d'allégresse. Aussitôt un « chœur de disciples » (deux parties de ténors et deux de basses-tailles) :

Quittant du Tombeau Le séjour funeste, Au parvis céleste.

Il monte plus beau.

Ces chœurs, à part de menus changements, sont déjà les chœurs mêmes qui prendront place, quelque vingt ans plus tard, dans la Damnation de Faust Le pizzicato des cordes, pour évoquer les cloches, y est déjà; et ce sont les mêmes sonorités farouches et caverneuses pour faire ressentir l'horreur du tombeau. Ici, Berlioz ajoute même un nota bene : aux contrebasses il a donné une note qui est au dessous de leur registre; mais c'est qu'en France, écrit-il, « on se sert des contrebasses à trois cordes; j'ai écrit ce fa graine néanmoins, parce qu'il est probable qu'on en viendra enfin à mettre en usage les contrebasses à quatre cordes comme on l'a fait depuis longtemps dans plusieurs villes d'Allemagne. »

— « Monsieur le docteur, ils hurlent comme des possédés, et ils appellent cela de la joie et de la danse. «

Cette citation de Faust introduit la musique de Paysans sous les Tilleuls.

En sautoir une épigraphe tirée de Roméo,

Quant à la musique, Berlioz baissera d'un ton (intercalera le deux-quatre épisodique, si ingénieux), il aura l'un des meilleurs tableaux de la Damnation de Faust,

De même le Concert de Sylphes :

Bientôt, oui, bientôt, sous un voile D'or et d'azur...

passera dans la Damnation; de même la Chanson du

324 LA JKq?jV^S^K^D'jUJV pp]^|^ijrjj;iQUK

rdt (appelée ici Ecot de Joyev^;K^ ^^^^^ffî^)f[»~rr/^^ même Ja Chanson àe la Pùçe; —, à^ ^j^Q^Q^le .^J^f^ de Thulé; de même la Rôniçnce de Mqrgueri^^ {i), . \\ ^. ,. ^ Vraiment, à yinp'Cinq^^p^,.dd^^^cf^^i^'^it,^q^^^^ Ëerlipz ^ ^éjk composé une J^onij^e .partie de ja.^<a^y nation de Faust. Il simplifiiai:^ qpalc^ues f;ytly:j]Lea^ supprimera . quelq^ues . syncope^, .donperà, plu3; cj^ netteté, plus de cprps, à la çQulei^f Qrch^ptral|ev|. ^èp 1829^ tous les grands effe^ sont .trouyé?.,fî;t j.u^qM'p la der'iiière des Huit scènes, la Sérénc^de de j^téph^S',

tophêlès,. . "-..,,'.;, ,.;',i' ,!; 1./..;. ,•:

Devant la itiaiscyn < i; :

' ^ Dô celui qui Vâdore, ' ' '

'•^ . Petite Louison... ■'''-' > ^ ,

déjà (sauf la fausse rentrée si ingénieuse, trop ingér

nieuse), elle est entièrement réalisme. Certes, , ui^e guitare seule l'accompagijie... Mais, plus tard, Berlioz n'aura qu'à changer cette guitare en quatuor divisé pizzicato : transcription agrandie, sonpritjé.^us^i légère; — arpèges cinglants, « effrontés >?, où vibre la démoniaque raillerie d'un Don Juan hofimanesque.

Ainsi ces Huit scènes, ces huit illustrations en marge de Faust, improvisées en quelques mois, dans un tourbillon d'affaires et d'amour, par un élève du Conservatoire, — ces Huit Scènes sont déjà la moitié de son futur chef-d'oeuvre, du plus populaire. : A la veille de 1830, c'est la . moitié d'une œuvre qui atteindra le public français vers la fin du dixneuvième siècle, huit ans après la mort de, l'auteur.

i(l) Notre .plan, noup est imposé par Berlioz même s quand il reprendra ces Huit scènes et les intercalera dans la Damnation de Faust {iS^6), nous reprendrons ces Huit scènes et les intercalerons, dans notre étude. Alors nous insisterons : elles sont devenues inséparables de l'œuvre complète.

'^'Aû di^bHit^ d^âVril) elles paraissent enfin, ^: . ' ^^Pôur le''ô1à[îi'V(!yyaht, 'pour le volcanique Hector, ces Huit scèhè^j^'i^ûe ne cohtiénherit-eiles pas? Lui, ratiféùr,'fl^^d(5it y 'Voir tout' ce qu^ôri y pourra voir pàEr'la suit'e^'ét jieùt-èti^e pïùs..'.' Il y voit tout soii FààmyW y ' ièvil' toùtéè ïès émotions à propos de Sbakeèpeai^è, de Thomas M(Ooré, d^e Walter Scott et d'Ophélia: lï retrouvé quelque clibse de ses rêves et de! ses' Souffrances, de ses tempêtes anïoureuses, jusque dans les épigraphes en sautoir qui bigarrent fantasquement le haut des pages. Cette musique, sa musique, comme elle doit être éyocatriQe pour lui-même! « Je me consacre an tumulte, aux jouissances les plus douloureuses, à P amour qui seM la haine, à la paix qui seïKt le désespoir L,. » Est-ce là une épigraphe pour se mettre à la mode du jour; ou plutôt n'est-ce pas un aveu, un aveu sincère?

Pour l'auteur, sa musique contient ou évoque tout cela. " '

Pour les contemporaîfis, que valent ces Huit scènes? Et surtout, que valent-elles pour les maîtres, pour les musiciens de l'Institut, dispensateurs du prix de Rome?... Uannée dernière, après mille difficultés, il fit la dépense d'un concert; cette année, à ses frais, il publie les Huit scènes ': ces mises de fonds lui vaudront-elles la pension' et les avantages de Rome? Tristes juges! Aigris par le succès du cygne de Pesaro, éblouis par Weber et chicanant sur Beethoven, t vieux podagres » s'écriait volontiers notre Hector! Immortels sur le retour, relayés dans l'ombre de leur coupole en attendant la mort, ils regardent les jeunes gens, qui «ont vraiment jeunes, d*un mauvais œil : ils aiment ce qu'ils ont fait et non pas ce que d'autres vont, faire, impuissants même à s'ouvrir à ce qui est neuf, cerveaux ossifiés, sans curiosité, sans- imagination..;

— « Vieux podagres! » s'écriait notre Hector.

Un jugement lui tenait au cœur, celui de Gœthe.

« Monseigneur », écrivit donc (10 avril) le jeune musicien... Il avait d'abord écrit « Monsieur »; mais, comme l'Olympien de Weimar avait été ministre, leur devint eigneur, par une surcharge adroite. Hector, d'ailleurs, avait acheté un magnifique papier, format de chancellerie :

« Depuis quelques années, Faust est devenu ma lecture habituelle;... des idées musicales se sont groupées dans ma tête autour de vos idées poétiques;... la séduction a été si forte, le charme si violent, que la musique de plusieurs scènes s'est trouvée faite à mon insu... Dans l'atraosphère de gloire où vous vivez, si des suffrages obscurs ne peuvent vous toucher, du moins j'espère que vous pardonnerez à un jeune compositeur qui, le cœur gonflé et l'imagination enflammée par votre génie, n'a pu retenir un cri d'admiration.

J'ai l'honneur d'être, Monseigneur, etc..

Goethe trouva la lettre bien écrite et di^n ton élevé (1).

Alors il comptait quatre-vingts ans. — L'année précédente, il avait publié Hélène, un fragment du Second Faust : on y voit Hélène (la beauté et l'harmonie grecque, l'idéal grec uni à l'éternel féminin dans la divine pureté de la forme), apparaître au docteur Faust. Gœthe, depuis longtemps déjà, avait quitté les incertaines bruyères du Brocken et les démoniaques Walpurgisnachtstraum, pour la lumière du Parnasse et les marbres du Parthénon. Depuis longtemps cet artiste-protée ne faisait plus sa prière que sur FAcropole.

(1) Eckermann à Hiller. — Gœthe Jahrhuéh, 1890.

Et pourtant, il accueillait encore avec plaisir les romantiques productions que suscitait chaque jour son premier Faust Depuis presque un demi-siècle, ce premier Faust, ce germe détaché de l'arbre gœthéen, vivait dans l'esprit des hommes et faisait sourdre des floraisons diverses : Gœthe, curieux de tout, s'intéressait à voir comment sa pensée lui revenait, revécue par autrui. Voilà trois ans l'Olympien de Weimar s'était plu aux compositions d'Eugène Delacroix : rudesse sauvage, oppositions de blanc et de noir du jeune romantique; Faust, effaré par les spectres, emporté aux abîmes par un cheval de ténèbres, tandis que Méphistophélès, démon calme, galope élégamment sur un squelette de cheval que recouvre à peine une peau si claire, si mince, phosphorescente (1)..»

Or, à Paris, les Jeune-France n'étaient pas sans savoir combien Gœthe s'intéressait à leur tentative d'art nouveau. Dans le journal le Globe, acquis à leur cause. Ampère venait de publier le récit de sa visite au poète. On savait que le créateur de Faust avouait son plaisir à se relire lui-même dans Gérard de Nerval : quelle consécration pour le traducteur!

Tout cela, Hector Berlioz ne pouvait l'ignorer.

Bien plus, depuis quelque temps il fréquentait le pianiste allemand Ferdinand Hiller : celui-ci, correspondant avec Eckermann, le fidèle secrétaire, le confident de Gœthe, demandait, dès l'envoi d'Hector, comment le maître avait reçu, et jugé, les Huit scènes. Pour un Jeune-France, pour Hector Berlioz, aucun jugement ne pouvait venir de plus haut.

Gœthe, a-t-on prétendu, ne fut pas toujours clairvoyant en ce qui est de la musique; et on lui a reproché de n'avoir pas pressenti tout le génie de Beethoven.

(1) GcBTHS-EcESBMANN, Entretiens,

3ââ LA JËU^SÇ^^ D'UiN ROMANTIQUE

Au lieu de jcepp^^nd^ei , Gpstbe-, : ^ !vaudDaiJbi!'iaiie«ixj<: sâus; doute, es^ay^r d<^ poiQpren4re:I^ jii^enietiiBi'â^uhl < tel ^pipme, , c'jçst-àrd^r^i . ^saayeop 4ei ptécteery oiu^dut moi^. d'entrevoir, quel état, intérieur! ilaraflètenti m-

Sou iatelligeinçe .?tait une pnefteieneiB uniy>erseUet£i< elle. était dicçqrdée». liarn|oniq:uezu^0ib^ au: myettèré» diesi choses.. Punant sa liongiue vie^ GcBibe, dau» ses v^myré» d'art e^ ses re^l^erches 3cieatifiq4ibÊ&, ae donmifai lib. jouissance de cet accord ptr^ét^U; U. kaVddtUa, joyeu»" sèment,, à le rendre plu» subtil, à eu mulÉÂplierilès résonnances, ou même à en faire jouer les disôonnances passagères, ,Ge qui manquait pieut-être à Gœthe, où plutôt, ce qu'il en\ moius une fois la quarantaine passée, (c'est-à-dire depuis 1790), c'était le bouillonner ment de sensibilité, la prédominance du sensible ou de l'imaginatif sur l'intelligible. GœUie s'était presque libéré, dirait Nietzsche, « de l'état dionysiaque ». Il aspirait au pur « état apoUinien » : intelligence, eurythmie, lumière... S'il avait aimé d'une façon plus simplement, plus profondément humaine, il eût atteint à la perfection de Mozart,..

Comment allait-il juger les Huit scènes de notre Berhqz? Gomment les iugea4-il?

Nul ne le sait. Il reçut les deux exemplaires envoyés par Hector, et les montra au fidèle Eckermann. Eckermann constata que le maître lisait... Jusqu'à quel point Gœthe put-il entendre par les yeux cette musique d'orchestre qui ne ressemblait à aucune autre? A la lecture, bientôt, un merveilleux lecteur, Mendelssohn, entendra mal l'orchestre de Berhoz^. Donc, dans l'incertitude, le poète, pour avoir l'avis d'un musicien de profession, envoya un exemplaire à son ami Zelter.

Zelter, qui entretint avec Gœthe une si longue corj?espondance, était ,, un très bon musicien. Violo-

:i i<,M1D6f<}^B«B¥'A'FPAlKES' '■ ' 329

nistft'^ifondteUéiirfet Idire^feeur'd^associatîonâ rtîusicaïes (Liedeptiafeli,» iSigigdkavï^ttiiiâ); • aûteûï* ' dé càiitatés, d'iojpénas et ''de 'H^de^s, M exerçait 'litièéî^^nde'irifluéhce sur le riïiritivïenient' ttiUslcail 'à 'Berlin. — ^ " <Jtiiôlq\ies années-^ avant, il-av^it imetté lé petit Méndeissohn cheî- Go&thej. eti'c'éMit'éi^ôf"fe Ivd, ï'excbllèïit homme, quiôTait ^ocl&mé, au nom* de Bftch,'Ha^dri, et Mozaïrl, <pae le jeune- M^ndelssohn passait de fétat d'apprenti à cdiii d-ouwiek'-iiiaître.

-Zelter^ quand il reçût lèsr Huit scènes, ne répondit pas à' Goethe^

•Gcethfe, doux mfois plus taird, insista : «Àpâise à ta manière^ lui écrivait-il (11 juin), la curiosité qtie me donne lia vue de ces figures de notes, elles pârèiisàérit si étran^ et si merveilleuses... »

Alors Zelter se décida : '

Du 21 juiil 1829.

Certaines ^ns ne peuvent indiquer leur présence, et marquer leur participation en toute circonstance, que par des expectorations bruyahtes, des étérnuements, des croassements, des vomissements : M. Hector Berlioz paraît être de ces gens-là. L'odeur de «toufre, qui se dégage autour de Méphisto, l'attire, le fait éternuer et souffler de telle sorte que tous les instruments s'agitent et font rage dans l'orchestre. — De Faust, aucun cheveu ne bouge.

Au surplus, merci pour l'envoi : l'occasion se trouvera bien d'utiliser un jour ou l'autre, dans quelque leçon, cette excroissance, résidu d'avortement qui résulte d'un hideux inceste.

Gœthe, ainsi renseigné par son ami Zelter, né se soucia plus des Huit scènes, semble- t-il.

Par ailleurs, on sait comment le poète jugeait les Français qui s'occupent ou s'inspirent de la littérature allemande : ils sont, disait-il, comme le renard qui ne

peut rien tirer de la buire; l'encolure e&t si longue, si mince, et ils sont si impatients, qu'ils laissent la viande au fond. Pour eux il faut que quelque cigogne, quelque adaptateur, intervienne, morcelle, déchiquette. « Ce que nous avons travaillé avec art, les Français le brisent et le refont à leur usage. C'est pitié de les voir brouiller et défigurer nos œuvres. »

Au jeune Berlioz, pour les Huit scènes tirées de Faust, Gœthe ne répondit pas.

A Paris, dès que les Huit scènes de Faust sont en vente, l'actif Hector Berlioz est tout à leur lancement.

Cette édition qui le met encore dans les dettes, cette partition pour orchestre qui ne peut guère avoir d'acheteurs ni de public, il faut bien que l'auteur en tire quelque bénéfice moral, c'est-à-dire qu'il avance ses affaires auprès du surintendant ou des directeurs de théâtre, ou auprès des membres de l'Institut au prochain concours de Rome. •

Ah! si Gœthe répondait! Si l'Olympien de Weimar (par un mot, par un geste bénisseur, à la Chateaubriand) donnait la grande accolade au Jeune-France !

Hector surveillait son éditeur, la mise à la devanture. Il habitait en face!... Appartement fatal (ou pris exprès)... 0 torturante image d'Ophéha montant en voiture!... Enfer et dérision!...

Ses amis, « son parti », les professeurs au Conservatoire, les juges de l'Institut (musiciens et non musiciens) reçoivent les Huit scènes. Les journalistes, les critiques les reçoivent.

Juste en même temps (milieu d'avril) Hector Berlioz publie un article. Au bon moment, il fait acte de journaUste. Tenir une plume, disposer d'une certaine publicité, c'est forcer la main aux autres journalistes; c'est aussi prendre barre sur les musi-

ciens, les camarades, sur les « petits farceurs ».

Au Correspondant (11 avril) parut cet article opportun.

Le Correspondant n'était pas une simple revue, c'est-à-dire un papier imprimé, paraissant à dates fixes, servi à des abonnés bénévoles ou vendu à des acheteurs de rencontre. Le Correspondant, tout nouveau, était bien autre chose. Ses fondateurs se proposaient d'organiser une vaste association « entre tous les gens de bien, et pour la défense de la Religion ». Cette association avait une hiérarchie : on s'y plaçait soi-même à tel ou tel degré, par le nombre d'abonnements souscrits. Tous les ans, une assemblée générale devait tenir ses assises à Paris. « L'association, disait le prospectus de lancement, prend pour patrons la Sainte Vierge et saint Pierre; elle fera célébrer chaque année, à Paris, une messe le jour de la fête de la Chaire de saint Pierre à Rome. Les Associés (les abonnés) sont invités à réciter chaque jour un Ave Maria, suivi de cette prière : « Saint Pierre, intercédez pour l'Eglise et la France. »

Tel était le Correspondant Avant le premier numéro, Hector, brûlant déjà d'y écrire, avait entremis d'abord ce bon Ferrand; puis M. d'Eckstein, puis le très royahste Duboys, puis un M. Bailly, et d'autres encore... La feuille était hebdomadaire. Tout de suite, Berlioz sut faire passer son article. D'ailleurs, avec tact, il apportait, à cette feuille rehgieuse, des Considérations sur la Musique religieuse.

Article où l'on trouve le futur journaliste. Si les Huit scènes de Faust sont une bonne part de la future Damnation, — cet article est semblable aux nombreuses chroniques musicales que Berlioz écrira toute sa vie.

Mêmes idées, mêmes phrases.

L art, écrit le Jeune-France, a. une « marche progressive •», mais elle est souvent arrêtée par les « prejuges scolastiques », par 1^ routine et 1 egoisme des maîtres. ^— Le « but de'la musique eât d'émouvpir par l'expression des sentiments' qui respirent dans lep paroles auxquelles elje est adaptée ». — La musique religieuse, difïêre très peu de la musique dramaliquè; elle « e:3^clut là légèreté » : telle est la seule différence de ces deux musiquies. — Guerre à là fugue, « style barbare, ridicule, absurde, et cependant offert par les maîtres à la vénération de leurs élèves... La fugue, exercice utile, pour apprendre à tirer tout le parti possible d*iine idée mélodique... Le style fugué,.ni6difîë, peut quelquefois être employé avec bonheur (1). » — Ehfln, ce qui arrête les progrès de l'art, c'est qu'on n'encourage pas les. compositeurs : impossible « d'obtenir de belles exécution^»; — « un compositeur, après avoir écrit une messe, peut être bien sûr que personne ne i'achètera et que, pour là faire entendre il sera oblijgé de dépenser beaucoup d'argent. » (Hector a^ait payé pour le savoir). — Au contraire, chez les anciens, chœurs et orchestres gigaotesques. Et, en bon élève de Lesueur, pour avoir reçu les confidences du chè^ valier sur l'antiquité et sur les fêtes révolutionnaires, il déclare :« L'Ecriture nous apprend que plus de quatre mille Lévites, dans le temple de Salompn,.. » Que dire de nos. quarante ou cinquante exécutants? « Dans un vaste local, la quantité doit l'emporter sur la qualité. » A Notre-Dame, avec soixante artistes choisis, on n'aura qu'un « effet maigre, mesquin ou tout à fait nul; au contraire, avec cinq cents personnes assez capables mais prises au hasard, « l'effet sera majes-

(1) Aveu à retenir. Le fugato sera l'un des « développements » les plus employés par Berlioz, ennemi de la fugue. Sans doute (tout génie à part), il doit à Reicha le goût du fugdto.

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tueux, imposant, sublime,... et l'art apparaîtra dans toute sa grandeur (1). »

I expose et disp< dans son orchestre \ ]à iécoj^verù ?i^ prose, comme sa musique, e^t bien le reflet immédiat dé lanp^ême âme : c'^ést' net,, franc, vivaiit, nerveux, c^est d'un comhaiil (2); c est d'un entraîneur d'hommes. Il voit quel est (et quel' sera toujours) son ennemi; et il fonce dessus. Ppur grouper les jeunes gens avec soi, il faut leur donner quelque chose à combattre; et il le combat. Autre avantage : l'ennemi d'Hector est aussi l'ennemi de ses professeurs. C'est ftossini et Pits^lianisme. Le style italien, écrit-il, n'est guère moins « souverainement ridicule » que la fugue. « Quels termes cout viendraient à flétrir ces messes qu'on entend fréquemment en Italie, dans lesquelles figurent toujours un concerto de violon et quelques cavatines à roulades, et où l'on vient admirer la vigueur de l'archet et la légèreté de la voix des artistes à la mode? »

Violent contre l'ennemi commun, Berlioz n'oublie pas les puissants du jour. Mais il oublie leurs injures. Kreutzer l'a repoussé; Berlioz glisse un mot aimable pour Kreutzer. Cherubini a voulu lui refuser ,1a salle du Conservatoire; Berlioz avoue, qu'il pleuré à certaine musique de Cherubini. Roueries sincères, artifices spontanés : ce qu'il vante de' Kreutzer, c'est la Mort d'Abel; or, il avait écrit l'enfantine lettre O Génie/ je succombe, je meurs...; et s'il pleure, dit-il, à certaine musique de Cherubini; c'est à la Marche de la Communion; or, nous savons

(1) Plus tard Berlioz organisera volontiers des exécutions « babyloniennes, écrira-t-il, pharaoniques et ninivites. »

(i) Je demande pardon pour ce mot; mais il est nécessaire.

qu'il ne pourra jamais l'entendre sans ^ire ému. Tel était l'article qui coïncidait avec le lancement des Huit scènes.

... Et « depuis trente-six jours »„ depuis quarante jours, depuis cinquante, elle est partie!... O Juliette, Ophélia, Jane Shore, noms enchanteurs et maudits!... « Et les jours ont tous vingt-quatre heures » ... « Sang glacé,... dégoût de vivre,... impossibilité de mourir!... »

Et il pousse ses affaires musicales.

Aussi, il écrit à ce bon Ferrand : « Fatales semaines,... impossibilité de parler de cela,... ni de retourner lé fer demeuré dans la plaie... Oh! mon cher,... vous êtes poète! » Et il lui emprunte cent francs, à nouveau, pour payer l'imprimeur des Huit scènes : « J'aime mieux vous devoir qu'à ces gens-là... » — D'ailleurs, le livret des Francs- Juges étant corrigé, Hector ajoute : « Nous allons mettre en jeu tous les ressorts pour le faire recevoir sûrement. »

Sur les Huit scènes, la sévère Revue musicale^ dirigée par le docte Fétis, fit un article. «... L'imagination de ce jeune compositeur est empreinte d'une couleur fantastique et bizarre. Faust était le sujet le plus favorable au développement de ses idées originales ». On analysait le Chant de la fête de Pâques, le Concert des Sylphes et la Ballade du roi de Thulé; on remarquait, avec intelligence, les « idées entièrement neuves de l'orchestration ». — « En résumé, concluait la Revue musicale de Fétis, cette partition de Faust, originale jusqu'à la bizarrerie, est l'ouvrage d'un homme plein de talent et de facilité (1)... Si M. Berlioz calme un peu cette fièvre de sauvagerie

( 1 ) Plus tard, Musset dira : « Du génie et même de la facilité », en parlant de Lamartine.

dont il est tourmenté, nous n'hésitons pas à lui prédire les plus grands succès. »

Aussitôt, Meyerbeer écrit de Baden pour demander un exemplaire.

Meyerbeer, on le sait, était fort riche. Il plaçait une partie de sa fortune dans la musique : délicatement, au moment voulu, il faisait tomber, dans la poche opportune, les louis désirés. Semence, dont Jakob-Liebmann Meyer-Beer, Berlinois, fils de banquiers juifs, récolterait les fruits... Cet or donnerait une moisson d'or. Car l'ingéniosité de Meyerbeer, son activité laborieuse, patiente, tenace, sa « souplesse couleuvrine » (le mot est de Berlioz), son entente à fournir l'article musical dont on aurait besoin, son intelligence des affaires, et même, comme compositeur dramatique, son incontestable tour de main, — que de dons, que de chances pour devenir le maître de l'Opéra et du « monde musical » dans toute l'Europe, aux temps prochains de Louis- Philippe et du second Empire! Tout cela était favorisé par une fortune considérable; et Meyer-Beer (non plus Jakob- Liebmann, mais Giacomo), avait le louis facile et discret. Placement sûr...

Donc Meyerbeer, qui préparait alors les voies à son Crociato (le premier ouvrage de lui qu'on allait « donner » à Paris), s'intéresse aux Huit scènes du compositeur-journaliste. — Il s'intéressera bientôt à un camarade de Berlioz, à Joseph d'Ortigue. Peut-être s'y intéressait-il déjà, ou mieux l'intéressait-il à ses entreprises soi-disant musicales. Ce Joseph d'Ortigue, méridional, presque « pays » de notre Hector, était un critique musical qui pouvait prendre de l'autorité : chose rare, il savait la musique. Mais luimême, on pouvait le prendre à service, car il avait

grand besoin d'argent... Plus, tard, Tiou^ verrons de curieux engrençiges : MeyerJ)eçpd.'Ortigue; perliozd'Ortigue; Meyerbeer-Bçriioz-.. Bprlioz admirers^ l^^ucoup les Huguenots» et il le publiers^ Ijjen i^ouyent, ^fix Débats et à la Gazette,,. , . ,

Mais voici (14 mai) qu'une troupe d'apteur? . allemands vient à Paris jouer le Freischiitz, Fidélio, la Flûte enchantée, Berlioz a ses entrées. Le Freischiitz et Fidélio lui « donnent des sensations nouvelles, ». Quant à Mozart (qu'on chantait. le plus souvent en italien), le Jeune-France le confond avec les compositeurs italiens, et il les déteste.

Il écrit même, pour le Correspondant, une vive attaque contre l'école italienne. Les directeurs du Correspondant le prient de faire un article sur un autre sujet... « Feux et tonnerres! La prostituée (la musique italienne, Mozart compris) trouve donc des amants, même parmi les gens religieux! »

Et il se met à préparer une « notice biographique sur Beethoven ».

Comment composer?

Ophélia,... perdue!...

II copie des parties, prépare un concert, écrit des « correspondances » pour la Gazette musicale de Berlin,

Ophélia!... « Cette passion me tuera», annonce-t-il au candide Ferrand.

Il lui annonce aussi que, malgré toutes ses démarches, le livret des Francs-Juges vient d'être refusé.

Qu'importe! A Ferrand, il assure qu'il va faire traduire les Francs- Juges en allemand : « J'achèverai la musique, j'en ferai un opéra comme le Freischiitz, moitié parlé, moitié mélodrame, et le reste musique, »

'""'' ' kb'élQ'uÉ tt ÀPFAlRÉfe ' ■ 337

' "A* ' W^éT8^, 6h iïiohtait Giiillàufhë ' TetL On menait grand briiit autour dès répétitioiis... Musique pros- 'tîtuee! Pàiitïh dé Pèsaro! Cé'Rossihi, il'osé'Venir au

' théâtre àllemaÂd et ïâîre'cc d'absurdes plaisanteries sur Weber! » Berlioz est exaspéré! Ce Figaro bouffi, il déclare, à qui veut l'entendre, que le Freischiitz « lui donne la colique! » Feux et torinérres! Gomme Berlioz, « voudrait lui lâcher sa bordée! » ]\ilais il « n'est pas de la conversation. » On lui propose de le présenter. Il refuse!

Et toujours la dévorante douleur!... O^hélia perdue!

... Mon pauvre Ferrand, cette passion me tuera... Je reste obscur... et tous les journaux anglais retentissent de cris d'admiration pour son génie... Quand j'aurai écrit une composition instrumentale, immense, que je médite, je veux pourtant aller à Londres la faire exécuter; que j*ob tienne sous ses yeuît uni brillant succès*...

Oh! mon cher ami, je ne puis plus écrire : la faiblesse m'ôte la plume des doigts.

Adieu!

Le concours de Rome approchait.

L'élève Berlioz, second prix de l'année dernière, ne pouvait manquer d'avoir le premier prix. Du moins, il le croyait.

Et voici ce qu'il combinait, pour accompagner un succès aussi assuré : articles d'amis sur les Huit scènes, dans lesquels on citerait la réponse de Goethe (il l'attendait avec impatience); grand concert; Francs- Juges montés en Allemagne, à Cassel; lancement des Mélodies Irlandaises,,. A ce brave Ferrand, trop simple et qui donnait trop dans le dithyrambe, il indiquait des plans d'article : s'inspirer de l'article de la Reçue musicale, et l'approprier « au cadre du journal »; — surtout « ne vous laissez pas entraîner par votre amitié en parlant de

mon Faust : rien ne paraît plu$ étrange, aux . lecteurs froids que cet enthousiasme qu'ils ne conçoivent pas », — Déjà, pour la Messe, un article de Ferrand, tcop lyrique, n'avait pu paraître.

En atteAdant de monter en loge, Berlioz continuait de copier ses parties d'orchestre. Il payait l'imprimeur des Huit scènes, « car une élève lui était survenue ». Et il rédigeait une Notice biographique sur Beethoven, Elle paraîtrait dès le prix remporté.

Cette Notice biographique, écrite deux ans après la mort de Beethoven, se composait, déclarait l'auteur, de « détails presque tous inédits et recueillis de la bouche de personnes qui ont été en relations avec Beethoven ».

Pour nous, un siècle après, ces détails, assez nombreux et rapportés avec une exactitude très suffisante pour un article de journal, n'offrent plus guère d'intérêt. Nous savons, grâce à des travaux postérieurs, ce qu'il faut en prendre et en laisser, et ils ne nous révèlent guère les « sensations nouvelles » que Beethoven donnait à Berlioz. Tout ce début de la Notice biographique est même d'un ton si académique, d'un plan si sage, d'une propreté si gourmée, que l'on hésite à reconnaître là* de la prose du volcanique Jeune-France. A coup sûr, il écrit tout ce début sous l'influence de quelque autre ouvrage; cette nomenclature des œuvres lui vient d'un catalogue où d'une étude critique; peut-être transcrit-il des notes d'un cours ou d'un entretien, et l'on pense à l'encyclopédique érudition de Choron et à la logique toute mathématique de Reicha. Fétis même, bibliothécaire au Conservatoire et qui faisait de si bons articles sur le jeune Berlioz, a pu fournir des éléments à cet article si honorable.

Sô'udaiii, des impressions personnelles, des « Sensations )S des aveux.

Voici donc, enfin, l'intéressant.

Berlioz parle de ce quatuor où Beethoven a écrit : Le faut-il? — Il le faut y il le faut. Avant le finale, les notOB mêmes des deux thèmes portent les mots : Muss es sein? es muss sein, es rnuss sein,

Berlioz avoue qu'il ne « connaît pas encore d'explication satisfaisante de cette étrange idéb )>.

Aveu notable. Les tragédies lyriques, Lesueur, lui ont appris (et lui-même il a senti) que la musique pouvait exprimer des sentiments; mais toujours, pour Lesueur et son disciple, ces sentiments étaient unis à une image : ils étaient illustrés, précisés, par le développement scénique d'un drame. Et ce drame était représenté par des acteurs; ou bien les paroles d'un texte chanté, les indications d'.un programme imprimé, suscitaient dans l'esprit l'image de ce drame. Car là musique, pensaient le maître et l'élève, est « descriptive, imitative ».

Or, dans ce quatuor dont parle Berlioz, il constate que Beethoven exprime les sentiments sans ce cortège d'images précises.

Nouveauté!... Berlioz s'étonne.

Le doute, l'angoisse, l'interrogation que' l'âme pose à la destinée (muss es sein), qu'est-ce là, se demande-t-il ? Et la conscience du fatal, qu'est-ce encore?... Cela est-il du domaine de la musique?...

Oui, répondent Beethoven, Mozart, Schubert, Schumann : c'est du domaine de la musique pure. (Et mw^i'gwe pure ne signifie pas musique purement formelle).

Cela reste étranger à Berlioz. Son âme méridionale, c'est-à-dire ses sens ardents, son imagination précise, son triple plaisir (comme Latin, Français et Dauphinois) à « ratiociner » sur ce qu'il éprouve, sa fa-

340 , ^ LA JEUNESSE D'UN RC)^ANi;tQUE , ,

culte ou son habitude (1830 approche) ' de à^émbii^ô^ avec véhémence^ — Têtre de Berlioz, eh uâ mot, resté étranger à cela.

Lesueur, pour une de ses Messes Oratorios d'avant 89 avait écrit : « ... Ce trio peindra l'inquiétude. Or^ l'inquiétude, dit M. de Lacépède, frissonne . souvent; sa démarche est incertaine et vaciUantei elle hésite,' elle s'arrête comme pour examiner, elle avance, elle écoute le bruit le plus léger, elle tressaille ou recule en frémissant.»

Que l'on pense à une musique que Berlioz écrira dans quelque dix ans, à la Tristesse de Roméo : cette musique, qui suggère la vision de Roméo errant dans les jardins, semble être le calque musical de la phrase où « M. de Lacépède », cité par le chevalier Lesueur, décrit l'inquiétude.

Ainsi, un tableau jnusical, où l'on voit un personnage donné avoir tous les gestes de l'angoisse et interroger les ténèbres, cela Berlioz le conçoit. Et il le réalise avec génie. — Quant au muss es sein de Beethoven, cela reste extérieur, étranger à Berlioz. Pour lui, c'est incompréhensible. « Etrange idée... », écrit-il. Et il demande une « explication ».

A dire vrai, pour le quatuor de Beethoven, Berlioz demande le « programme ».

Chose bien naturelle. Berlioz cherche, dans Beethq^ ven, des germes de berhozisme. Et il en trouve. Il en trouve de purement techniques, surtout en ce qui est de l'orchestre.

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