‹ La jeunesse de BalzacChapitre 14 sur 155 · Voir Appendice V, pièce n · texte numérisé non relu

Voir Appendice V, pièce n

les profits, bénéfices, charges et périls d'une édition de Molière en un volume in-octavo entreprise, jusque-là, par Delongchamps et Canel. L'ensemble de l'opération devait coûter dix mille cent vingt-deux francs, y compris des intérêts très lourds, qu'il fut nécessaire de verser d'avance pour obtenir de l'argent de M. dAssonvillez1.

Celui-ci est, à la fois, l'initiateur et le bailleur de fonds. Les documents publiés à l'appendice le montrent avançant l'argent dès le début,

1. Voir Appendice VI, pièces n09 45 à 49. Nous avons rencontré, dans divers actes, le nom de ce personnage écrit tantôt (et le plus souvent) d'Assonvillez, tantôt Dassonvillez. De quelques documents conservés dans les archives de la mairie de Cerneux, près Provins (Seine-et-Marne), qu'a bien voulu nous indiquer l'instituteur de cette commune, M. G. Ravione, il résulte f que l'ami de Balzac, qui habitait le château de Montglas, s'appelait Dassonvillez de Kougemont.

C'est évidemment à M. d'Assonvillez que fait allusion Mme Surville (Balzac, sa vie et ses œuvres, p. 79) lorsqu'elle écrit : « Le bailleur de fonds, qui avait ainsi perdu le gage de sa créance, intéressé à voir prendre à mon frère une profession qui lui donnât la chance de s'acquitter avec lui, le conduisit chez un de ses parents qui faisait une belle fortune dans l'imprimerie... » « Le créancier de mon frère, satisfait de cette résolution, l'encourage, se charge d'obtenir le consentement de nos parents et l'argent nécessaire à cette nouvelle entreprise ; il réussit; mon père accorde à Honoré, à titre de dot, le capital de la rente qu'il avait désirée pour ne s'occuper que de littérature. »

C'est également ce M. d'Assonvillez qui est visé par Balzac quand, en juin 1853, il écrit à sa sœur : « ... Que diable allezvous faire à Montglat?... Enfin, vous êtes libres, et ce n'est pas un reproche, c'est une curiosité ; entre frère et sœur, cela se pardonne. » (Œuvres complètes, t. XXIV, Correspondance, p. 177, (lettre CIX.)

poursuivant le remboursement de sa créance à travers les différents avatars par lesquels passe Balzac, prenant ses sécurités, intervenant à la faillite d'Urbain Canel, mettant la main sur le matériel de l'imprimerie, dont Balzac et son associé, Barbier, ne seront plus que de simples locataires, enfin, agissant, au moment de la liquidation, pour tirer son épingle du jeu, tout en écrivant à Balzac : « Ma sécurité ne peut résulter que de la connaissance que j'ai de votre extrême délicatesse. »

A travers les réticences de Mme Surville, on sent bien que la famille Balzac a toujours, à tort ou à raison, gardé rancune à cet ami trop zélé qui se montrait, en même temps, un homme d'affaires si pointilleux.

Sur la somme de dix mille cent vingt-deux francs, avancée par M. d'Assonvillez, les deux participants, Canel et Balzac, s'engagent au prorata de leur prise de fonds, c'est-à-dire chacun pour cinq mille soixante et un francs.

Ainsi, Balzac, du fait de sa spéculation sur les deux ouvrages, se trouvait débiteur d'au moins quatorze mille soixante et un francs. En plus, il fallait vivre.

Il est vrai que l'on comptait sur le produit prochain de la vente par livraisons. Les livraisons du Molière et bientôt celles du La Fontaine

r»8 LA JEUNESSE DE BALZAC.

parurent, en effet, régulièrement, dès le mois de mai de Tannée 1825. Elles se vendaient, chacune, cinq francs. L'un ou l'autre des deux ouvrages, complet, devait valoir vingt francs. On le cédait aux libraires au prix de treize francs, sans compter le treizième. On l'offrit même à huit francs1.

Il est démontré, maintenant, que l'idée des éditions compactes n'appartient pas à Balzac. L'affaire était décidée avant qu'il s'en occupât. D'ailleurs, s'il s'agit d'un type analogue à celui du La Fontaine et du Molière, la conception, assez banale, est, en même temps, des plus médiocres. La non réussite de l'opération s'explique, sans qu'on s'en prenne, comme l'a fait Mme Surville, à la jalousie « des confrères patentés ».

Le La Fontaine et le Molière sont imprimés en caractères trop fins; les gravures sont exécrables2. En outre, le prix de l'ouvrage était trop élevé. L'édition compacte n'eût pu avoir de

Page 1