‹ La jeunesse de BalzacChapitre 18 sur 155 · Voir Appendice VI, pièce n · texte numérisé non relu

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élevée, peu à peu, au seizième et au dix-septième siècles, sur les terrains vagues qui s'étendaient entre l'abbaye Saint-Germain-des-Prés et le quai Malaquais. De vastes jardins, des potagers, les communs des hôtels qui avaient leur façade sur la rue du Colombier (maintenant rue Jacob) l'occupaient autrefois; la population s'étant accrue, les maisons hautes et plates du Paris d'autrefois s'élevèrent en bordure de l'étroite venelle et la plongèrent, pour toujours, dans l'obscurité.

La rue subsiste, telle quelle, aujourd'hui : c'est la rue Visconti. Elle est si étroite que deux voitures ne pourraient s'y croiser. Son pavé, gras et glissant, ne voit pour ainsi dire jamais le soleil.

En entrant dans la rue Visconti, on est frappé de l'aspect antique et sombre des constructions qui la bordent; de larges portes cochères s'ouvrent au fond de baies profondes, destinées à permettre aux carrosses de tourner.

Si on jette un coup d'œil par les portes entr'ouvertes, on aperçoit des cours, des jardins, et l'on s'étonne de trouver, au milieu de Paris, ces vestiges survivants de la vie large et discrète de nos aïeux.

Au numéro 19, une plaque fixée sur la muraille évoque les gloires de l'ancien théâtre : « Hôtel

de Ranes, bâti sur remplacement du Petit Pré aux Clercs. Jean Racine y mourut, le 22 avril 1699, Adrienne Lecouvreui, en 1730. Il a été habile aussi par la Champmeslé et Hippolyte Clairon1. »

Or, c'est dans la maison voisine, celle qui porte le numéro 17, que Balzac exerça la profession d'imprimeur. Seule peut-être de toutes les constructions élevées sur la rue Visconti, la maison numéro 17 est relativement moderne.

Elle est de plusieurs mètres en retrait; ce détail semble indiquer qu'elle fut élevée postérieurement à un projet général d'alignement de la rue qui pouvait dater du premier Empire. L'aspect de la bâtisse confirme la date de la construction, qui paraît être 1826.

Il est probable que la maison occupe, en partie, l'emplacement des beaux jardins de Nicolas Vauquelin des Yveteaux, où celui-ci, au dire de Tallemant des Réaux, recevait Ninon et menait une vie « voluptueuse et cachée, comme une espèce de grand seigneur dans son séraiP ». Le terrain ne fait qu'un seul tout avec l'immeuble qui a son entrée principale sur la rue Jacob, et où est installée actuellement la Librairie agricole.

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