Voir ci-dessus, p. 4L
30000 francs. Mais il ne semble pas que cette somme ait été réellement versée; car, nous voyons que, le 23 août 1826, Balzac père répond, pour son fils, auprès d'une amie de la famille, Mm' Delannoy: « Balzac (il s'agit du père) répond à Mme de Lanoy (sic) de tout ce qu'elle pourra faire pour son fils, à quelle somme que cela puisse se monter, et de la rembourser si l'emprunteur ne satisfait pas à ses engagements. Elle comprendra mieux que je pourais (sic) l'écrire que ceci doit rester dans le plus absolu secret. — Versailles, 23 août 1826*. »
Donc, de ce côté, Balzac, le fils, devait encore. Il n'avait pas reçu de l'argent comptant, et son père ne lui avait donné rien autre chose que sa garantie.
Cependant, l'affaire du Molière et du La Fontaine était une perte sèche. Les livraisons ne se vendaient pas. On devait de l'argent à Canel.
1. Madame Joséphine Delannoy, née Doumerc. C'est à elle que Balzac a dédié La Recherche de V absolu (juin-septembre 1834). M. Hanotaux possède un exemplaire des Romans et contes philosophiques, seconde édition. Paris, Charles Gosselin, 1831, in-8°, qui porte, sur le faux-titre du deuxième volume, la dédicace suivante : Offert à Madame Delannoy comme témoignage de reconnaissance de V auteur : Balzac. — Balzac écrit à sa sœur, en septembre 1835 : « Dablin a été récemment gracieux, obligeant et ami, comme l'est Mma Delannoy, Borget, madame Carraud ou Y Aima soror. » (Collection Lovenjoul, ms. A 276, fol. 221. — Œuvres complètes, t. XXIV, Correspondance, p. 224.)
Celui-ci, qui était sur le point de tomber en faillite, devenaitexigeant. Peut-être Mmede Berny avait-elle souscrit les billets sans l'aveu de son mari. Il fallait de l'argent à tout prix.
Balzac croit se tirer d'affaire en cédant tout le La Fontaine h un librairenommé Alexandre Baudouin. Il devient, alors, la victime d'une de ces manœuvres que, par la suite, il s'entendra si bien à raconter, et qui font tout le drame de César Birotteau.
Balzac, on s'en souvient, avait acheté, en 1825, à Canel le La Fontaine en feuilles, et, comme nous l'avons vu, il avait payé Urbain Canel en argent ou en billets souscrits par Mme de Berny. Or, maintenant, que fait-il? Il cède toute ; l'édition du La Fontaine, en feuilles, non encore achevé, à Alexandre Baudouin, en prenant l'engagement de livrer l'ouvrage complet dans les deux mois.
En échange, que va-t-il recevoir de Baudouin? D'abord, 2000 francs versés à Urbain Canel. Et, pour le surplus, c'est-à-dire pour les 20000 fr. environ que représentent 2500 exemplaires à 8 francs le volume, Alexandre Baudouin lui écoule (sans garantie d'aucune sorte) : 1° une créance sur le sieur Frémeau, libraire à Reims, actuellement en état de faillite, créance montant à la somme de 28840 francs; 2° une
autre créance de 1 650 francs sur le sieur Dabo jeune, également en état de faillite; 3° une autre créance de 1 335 francs sur une maison Bouland et Tardieu qui ne paraît pas valoir beaucoup plus1.
Nanti de ces rossignols, le pauvre Balzac se met en chasse pour obtenir pied ou aile des débiteurs du compère Alexandre Baudouin.
Finalement, après des frais sans nombre et un échange de papiers — où le papier timbré domine, — le libraire de Reims, Frémeau, s'arrange pour glisser à Balzac, en paiement de ses 28000 francs, tout un stock de livres faisant le fonds de boutique de sa librairie de province : c'est-à-dire les Œuvres complètes de Gessner en nombre, les Œuvres complètes de Florian, les Œuvres de Gilbert, et puis des Molière , des Fènelon, des Condillac, des Pausanias, des Colardeau, des Colin d'Harleville et des Pamy ! Trop heureux que, dans cette étonnante nomenclature, il ne se trouve pas des squelettes anatomiques ou des lézards empaillés !
Balzac accepte tout, et, après ce détour aussi imprévu que compliqué, il se trouve à la tête d'un lot de vieux papier noirci, alors qu'au début de l'affaire, pour un premier lot de papier