Balzac, sa vie et ses œuvres, par Mme L. Surville, p
2. « Le père de Balzac avait calculé, d'après les années qu'il faut à l'homme pour arriver à l'état parfait, que sa vie devait aller à cent ans et plus ; pour atteindre le plus, il prenait des soins extraordinaires et veillait sans cesse à établir ce qu'il appelait l'équilibre des forces vitales... A quarante-cinq ans, n'étant pas marié et ne comptant pas se marier, il avait placé une bonne partie de sa fortune en viager, moitié sur le grand livre, moitié sur la caisse Lafarge, qu'on fondait alors et dont il était un des plus forts actionnaires (il touchait, en 1829, quand il mourut par accident, à l'âge de quatre-vingt-trois ans, douze mille francs d'intérêt). La réduction des rentes, les gaspillages, qui eurent lieu dans l'administration de la tontine, diminuèrent ses revenus : mais sa belle et verte vieillesse lui
La mère de Balzac était une femme beaucoup plus jeune que son mari, fine, un peu sèche, serrée en affaires, active plutôt que tendre, dévouée plutôt qu'aimante, pratique, comme on dit, ayant le sens des chiffres et passant sa vie à remettre de l'ordre dans le ménage que les fantaisies du père et des enfants ne cessaient de troubler : C'est la fourmi silencieuse parmi les bruyantes cigales.
La mère et le fils se heurtaient souvent. Dans les « notules » précieuses qu'a publiées M. de Lovenjoul, Fessart, un ami de la famille, apporte ce témoignage : « M. de Balzac disait qu'il n'avait jamais pu entendre parler sa mère, sans éprouver un certain tremblement, qui lui ôtait toutes ses facultés lorsqu'il était en sa présence'. » Pourtant, la mère et le fils sont toujours restés étroitement unis. Dans toutes les crises, Balzac s'est retourné vers elle. Elle a été, pour lui, le soutien, le refuge, le réconfort : femme de charge ou homme d'affaires souvent, — mère dévouée toujours.
Voilà donc la double origine : le Nord et le Midi, la province et Paris; et la double nature :
donna l'espoir de partager un jour avec l'État, à l'extinction des concurrents de sa classe, l'immense capital de la tontine... » Balzac, sa vie et ses œuvres, par Mme L. Surville, p. 8.