‹ La jeunesse de BalzacChapitre 59 sur 155 · Mots illisibles · texte numérisé non relu

Mots illisibles

comme si le Destin des Anciens régnait encore. Je me sen[tirai] heureux si je me suis trompé, heureux si je puis rencontrer tout ce que j'ai remplacé en vous, avec tout ce que vous disiez vous manquer.

Je ne le crois pas. Je ne cherche pas à savoir. Et puis, cela serait; je ne dois pas compter sur une telle faveur. Mon écorce est désagréable, et ce n'est pas sur le coup que l'on découvrit que l'arbre de Java donnait du baume.

Laure, voilà les derniers mots que je me permets ; ce dernier pas dans la vie de bonheur qui s'offrait à moi, se fait avec délire? Cette lettre est sortie de mon âme brûlante, et la première plume qui a rendu mes idées est brisée, le papier est percé.

Adieu, désormais je ne t'écrirai plus que comme à une amie. Encore, je te cacherai le tiers, la moitié de mes sentimens puisqu'il te faudrait ne plus être un ami ! et alors j'en meurs ! . . .

Dès aujourd'hui je dis vous, je dis : madame, pour toujours, et jamais ma plume ni ma langue ne diront une idée qui ne soit de la plus sincère amitié. Seulement, je supplie que l'on respecte le malheur, et qu'on ne se permette jamais de soulever le masque qui me couvrira, puisque je le garderai toujours.

Ainsi, la cendre est jettée sur le feu; il se courrouce et lance ses dernières flammes; bientôt, il sera couvert, mais alors il ne faudra pas le plaindre de sa couleur terne et grise, et en voyant le lys coupé sur la tige, il ne faudra pas s'écrier: quel dommage !

[Villeparisis, ... 1822.]

Pensez-vous à moi, autant que je pense à vous, m'aimez-vous autant que vous le dites, je ne sais pourquoi, depuis j'en doute1.

Que vous étiez jolie hier, bien des fois je vous ai rêvée brillante et pleine de grâces, mais j'avoue qu'hier vous avez surpassé votre rivale, la solitaire création de ma pensée et, le doux sourire que je m'imagine excepté, vous resplendissiez de toute la beauté idéale que je vous prêtais si largement, désespérant vous y voir atteindre! Ne me parlez plus de votre âge, car j'en rirais, mais ce serait une mauvaise plaisanterie, et mon compagnon boiteux me disait lui-même que vous ne paraissez pas 30 ans!

Convenez que c'était là cette toilette qui fui reserrée dimanche et qu'hier vous ne l'avez mise que parce qu'elle ne pouvait pas m'être imputée, et que vous vouliez m'en faire jouir et compenser parla l'injure des papillotes.

Mais, pour me rendre tout à fait heureux, il fallait me dire lorsque j'arrivais un bonjour aussi tendre que le bonsoir que j'entendis.

Jamais ce mot, ce simple mot, et votre accent

1. Dans le haut de ce brouillon, trois lignes biffées; Balzac y a également calligraphié ces mots : 1 hélas — Marg.

ne sortiront de ma mémoire. Je crois l'entendre encore, et vous me paraissez ignorer à quel point je vous aime puisque vous me1....

0 soyez à jamais.

Je ne pourrai jamais assez vous voir, jamais assez vous parler.... Je suis triste sans savoir pourquoi, et comme je suis triste même en pensant à vous, il faut que ce soit une maladie.

Tout ce que je sais, c'est que depuis ces dix jours où il ne s'est pas écoulé une minute pendant laquelle je n'aie pensé à vous, je me suis dit que je ne pourrais jamais assez vous voir au gré de mes désirs, que vous ne m'aimez pas, que vous ne pensez pas à moi autant que je pense à vous, que vous ne me rendrez jamais heureux, et de ces idées s'est formé un nuage qui s'est étendu sur mon imagination et l'a rembrunie.

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