‹ La Jeunesse de BenthamChapitre 42 sur 197 · CLASSIFICATION DES DÉLITS · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION DES DÉLITS

et si l'on s'attache à la considération de ceux-ci, qui seront encore des délits contre la personne, contre la réputation, contre la propriété, ou contre la condition 2!). La même méthode permet encore, dans chaque division de chaque classe, de distinguer des genres. Soit la première division de la première classe : délits privés, délits contre la personne. La personne est composée, ou supposée composée de corps et d'âme. Les actes qui exercent une influence malfaisante sur la partie corporelle de la personne peuvent l'exercer soit d'une façon immédiate, sans affecter la volonté de la personne, soit d'une façon médiate et par l'intermédiaire de cette faculté. Lorsqu'elles l'exercent d'une façon médiate, c'est au moyen d'une contrainte mentale, qui s'appelle proprement contrainte, dans le cas où elle nous impose une façon positive d'agir, restriction, dans le cas où elle tendra à nous interdire d'agir d'une certaine façon déterminée 30. La surface de la terre pouvant se diviser tout entière en deux parties, l'une plus grande et l'autre plus petite, la restriction s'appellera confinement, dans le cas où la partie de la terre dont l'accès nous est interdit est plus grande que l'autre, bannissement dans le cas contraire. Si les actes malfaisants le sont immédiatement, ils sont ou mortels, ou non mortels. Si non mortels, ils sont réparables, et ce sont des injures corporelles simples, ou irréparables, et ce sont des injures corporelles imparables. D'autre part, si le mal qui résulte de l'acte est éprouvé par la partie spirituelle de la personne, la peine éprouvée est ou d'appréhension,

et le délit s'appelle menace — ou de souffrance positive, et le délit s'appelle injure mentale simple. De là neuf genres de délits contre la personne, obtenus par dichotomie : injures corporelles simples; injures corporelles irréparables ; restriction injurieuse simple; compulsion injurieuse simple; confinement illégitime; bannissement illégitime ; homicide illégitime ; menaces illégitimes ; injures mentales simples 31. Nous sommes parvenus au point où l'application de la méthode dichotomique nous ramène en présence des formes de délit connues, et où, les principes étant posés, il devient inutile, à moins de rédiger un code proprement dit, d'aller plus avant. Bentham poursuit l'application de la méthode de classification par dichotomie aux trois autres genres de la première classe : là, encore une fois, il s'arrête. Une analyse régulière ne saurait s'appliquer ni aux délits réflectifs (la question préalable se posant, de savoir s'il convient de légiférer à ce sujet), ni aux délits semi-publics ou publics, eu égard à la complication des circonstances locales 32.

La classification des délits, ainsi conçue, est une classification « naturelle », parce que, fondée exclusivement sur le principe de l'utilité, elle ignore les motifs qui peuvent avoir inspiré les actes dénommés délictueux, et ne tient compte, à la différence d'une classification « sentimentale ». que des conséquences, diversement nuisibles à la collectivité, de l'acte une fois commis. Elle est encore, dans l'esprit de Bentham, une classification « naturelle », par opposition à une

Page 1