‹ La Jeunesse de BonaparteChapitre 17 sur 25 · L'EXPÉDITION D'EGYPTE · texte numérisé non relu

L'EXPÉDITION D'EGYPTE

Le 3 prairial an VI (22 mai 1798), une scène grandiose se déroulait à l'est de l'Ile de Corse, sur la mer tranquille qui bleuissait à perte de vue.

Dans l'or éclatant d'un radieux soleil, l'escadre de l'amiral Brueys, qui conduisait en Egypte l'armée de Bonaparte, était rangée en ligne de bataille. Quinze vaisseaux, treize frégates, quatre avisos, douze chaloupes et deux cents bâtiments de transport profilaient leurs silhouettes sur l'azur ensoleillé.

•Tout à coup, un vaisseau de cent vingt canons, l'Orient, se détacha de la ligne, une musique militaire éveilla les échos des montagnes lointaines, le canon tonna, des acclamations éclatèrent.

\J Orient, glissant majestueusement sur l'onde, passa lentement devant les autres bâtiments, salué par le tonnerre des canons et par les hourras des soldats et des marins.

A la galerie du vaisseau, on apercevait, dans une

éclaboussure de soleil, la silhouette menue de Bonaparte.

Le général avait voulu, avant le départ, se montrer à ces soldats auxquels il devait tant et qui allaient cueillir pour lui de nouveaux lauriers.

Des savants, des artistes, qui accompagnaient nos soldats, mêlaient leurs acclamations à celles des équipages. Parmi les hommes illustres qui entouraient Bonaparte sur le pont de VOrient, on se montrait Monge, Méchain, Berthollet, Geoffroy Saint- Hilaire, Desgenettes, Larrej', et bien d'autres que l'amour de l'art ou de la science entraînait vers la terre d'Eg3^pte.

Trois jours plus tard, l'escadre doublait le cap de Bonifacio et virait de bord pour attendre quelques bâtiments de transport venant d'Ajaccio.

Bonaparte contempla les montagnes sauvages qui lui rappelaient son enfance un peu triste, les chères montagnes dont il avait si souvent rêvé dans son petit lit de Brienne.

Un soupir souleva sa poitrine, il eut un geste vague, puis il détourna la tête et porta ses regards sur un groupe de grenadiers d'Arcole et de Rivoli.

C'était la réalité qui se dressait, à ses yeux, devant les souvenirs d'autrefois. Le passé n'avait plus d'attrait pour lui.

Il allait vers sa destinée.

Le 19 prairial, l'amiral Brueys donna l'ordre de forcer les voiles et piqua droit sur Malte, et les troupes apprirent avec joie qu'on allait prendre, en passant, cette ville qui semblait imprenable.

Le 21, l'escadre fit plusieurs évolutions pour se placer devant la rade ; un parlementaire fut envoyé au grand maître, et les vaisseaux approchèrent de la terre.

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