‹ La jeunesse de Bougainville et la Guerre de sept ans [microforme]Chapitre 100 sur 113 · TAG · texte numérisé non relu

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écrit-il à sa chère maman; « j'ai passé près de 80 nuits blanches, souf. fert des fatigues incroyables et des misères d'un genre inconnu en Europe. » Avec le repos du corps, il cherchait le repos du cœur, Six semaines auparavant, le 22 septembre, dans les quelques lignes qu'il adressait à M"° Hérault, par l'intermédiaire du major de Joannès repassant en Europe, malgré sa douleur de la mort de Montcalm et ses appréhensions de toute nature, il avait eu le temps de lui dire : « Ma chère maman, votre enfant a rompu les liens qui vous dénlaisaient, et mérite au moins que vous le plaigniez. » — « J'espère, » ajoutait-il cette fois, « que vous serez contente de votre enfant. Dix-huit jours passés dans les glaces auraient amorti des feux plus violents. Je suis mainterant comme l'oiseau sorti de la cage et je ne crois pas que l'on m'y rattrape!. » Il ignorait encore la mort de son camarade et se flattait de le revoir, en même temps que de faire la connaissance de sa charmante femme. On comprend avec quel douloureux serrement de cœur la pauvre mère dut lire l'expression de cette joyeuse espérance déjà démentie par l'événement.

Un souci commun aux fidèles amis de Montcalm était d'éviter pour sa mémoire tout ce qui pouvait offrir l'apparence d’un bläme. Lévis avait dû commencer par tenir tête nettement à Vaudreuil, qui souhaitait mettre la main sur les papiers du général?, « On impute à M. de Montcalm, » écrivait-il au M* de Belle-Isle, « d’avoir trop divise l’armée et d’avoir attaqué trop tôt les ennemis, sans avoir rassemblé toutes les forces qu'il aurait pu avoir. Je dois à sa mémoire, pour assurer la droiture de ses intentions, de dire qu’il a cru ne pouvoir faire mieux; mais, malheureusement, les généraux ont toujours tort quand ils sont baitus#. » C’est à peine si, entre eux, ces braves cœurs osaient discuter la responsabilité du désastre. « J'ai su dans le temps le détail, mais non les causes de nos malheurs, » avait écrit Bourlamaque à Bougainville le 30 septembre. « On parle d’un poste surpris. Gependant, de toutes parts, j'entends dire que l’armée mar-

1. À Mve Hérault, 22 septembre et 9 novembre. — L'abbé Casgrain (I, 322) arrange ainsi la phrase, en l'enchaînant à une phrase précédente : « Si la paix se conclut cet hiver, au nom de Dieu! procurez-moi mon rappel et ne me laissez pas dans cet exil éloigné de vous et de tout ce qui m'est cher... Je suis maintenant comme l’oiseau sorti de la cage, etc... » Avec cette ingénieuse et morale coupure, on voit que l'oiseau, loin d’être sorti de la cage, demande précisément à en sortir,

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