Bernier à Bougainville, 3 novembre
volontiers à l'hivernage'. Murray lui-même, recevant Bernier qui prenait congé de lui, insinua qu'il ne serait point fâché de voir les généraux français se tenir tranquilles jusqu'au printemps et qu'il se proposait pour sa part de se clore dans la place?, Bougainville remit le poste de Jacques-Cartier à Dumas, sur l’ordre de Vaudreuil, et vint s'installer à Montréal®, « Il est temps de prendre un peu de repos, »
1. Avant de s’embarquer, Townshend écrivait à Bougainville : « Malgré les nombreux amis que vous avez en Angleterre, je vous demande de me faire l'honneur d'employer mes services pour vous et vos connaissances. » Un autre oflicier de l'état-major anglais, John Spital, blessé à la tête dans l'affaire du 13 septembre, et qui allait chercher dans la N''*-Angleterre un climat plus doux, lui écrivait de son côté : « Ce que je puis vous dire, c'est que lout le monde croit que nous aurons la paix cet hiver... Je serai très heureux de vous voir au printemps à New-York; et, comme vous paraissiez exprimer l'année dernière le désir de visiter le sud de ce continent, si vous êtes encore dans les mêmes intentions, je suis tout prêt à vous accompagner » (Spital à Bougainville, 13 octobre).
2. Bernier à Bougainville et Lévis, 10 novembre. — « En somme, par dégoût et par inutilité de personnage ici, j'ai tout disposé pour mon départ, Je fais partir mes petites affaires, et, la veille, je dois aller manger la soupe de Son Excellence, en qualité de particulier; et en cette qualité il m'a dit qu’il me couseillerait d'user de mon pouvoir pour insinuer à nos généraux un peu de tranquillité pour l'hiver, après tant de mois de fatigues; que, pour lui, il se clorait si bien dans la place, qu'en dépit de la saison et de toute autre raison, il en jouirait, »
3. L'abbé Casgrain, toujours obligeant, ne manque point d'écrire que « les preuves d'inexpérience données par Bougainville au cours du siège de Québec le firent reléguer au second rang par Lévis... Avant de quitter Jacques-Cartier, il remit le commandement de ce poste avancé à un soldat éprouvé, le majorgénéral Dumas » (t. I, p. 311). Or, Lévis écrit à Bougainville, le 5 novembre, à la Pointe-aux-Trembles où il se trouvait : « Je vous prie, mon cher Bougainville, de vous donner la peine de venir ici demain matin. J'ai reçu un courrier de M. de Vaudreuil; je voudrais vous voir pour nos derniers arrangements. M. de Vaudreuil désire que j'aille le joindre à Montréal et que vous restiez ici jusqu’à l'arrivée de Dumas. » Ce n'est donc point Lévis qui le relève brusquement de son poste, mais lui-même qui demande à se reposer et Vaudreuil qui le prie de rester encore quelques jours, jusqu’à l'arrivée de son successeur. Bourlamaque aussi lui écrivait le 25 octobre : « Mandez-moi où vous comptez passer l’hives. » Si Bougainville, qui n’était rien moins qu’un sot et auquel l'abbé Casgrain prête un détestable caractère, se füt aperçu de quelque mauvais procédé, il n’eût point écrit quatre jours plus tard à M®° Hérault : « Je trouve dans M. le Ch‘ de Lévis les mêmes bontés et la même confiance dont m'honorait notre infortuné général » (9 novembre 1759). Enfin, l'abbé Casgrain lui-même reconnaît que Bougainville était exténué et avait dû prendre le lit avant de quitter la Pointe-aux-Trembles (t. Il, p. 236), Cf. de Caire à Bougainville, 1° novembre. « Je pense que vous aurez quelqu'un à qui vous pourrez dicter [une lettre]... Je ne suis pas surpris de l'état où vous vous trouvez. » De Caire était ingénieur (Casgrain, 1H, 91). L'abbé lit à tort Decaux pour le signataire de cette lettre (ibid., p. 326).