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qua quelques munitions, vivres et bagages, dont une partie périt à la Pointe-aux-Trembles; d'autres furent canonnés par les frégates et abandonnèrent leurs bateaux; d’autres sont montés je ne sais où. On les cherche, et un petit nombre s’est rendu à Jacques-Cartier.
« Les bataillons restèrent à la tranchée, comme à l'ordinaire, toute la journée du 16. M. le Cher de Lévis se replia, la nuit suivante, avec son artillerie légère et les troupes, derrière la rivière du Cap-Rouge et y resta tout le 17 à faire décharger les bâtiments échoués. La Marie, s'étant trouvée en état, passa la nuit devant les frégates anglaises et se sauva; les autres furent brülées. »
Le 48, on était à la Pointe-aux-Trembles. Le 49, on apprenait l’arrivée de huit vaisseaux devant Québec. « M. le Ch°" de Lévis m'envoie ordre de faire jeter un pont à Jacques-Cartier pour faire passer l’armée le soir. La chose était impossible; on passa pendant la nuit dans des bateaux, avec des peines incroyables, et, le 20, toute l’armée était en decà de la rivière. » Lévis voulait même évacuer le poste avancé de la Pointe-aux-Trembies ; mais, Bellecombe et quelques officiers blessés venus de l'hôpital général ayant appris que les Anglais n'avaient reçu aucune troupe et n'avaient pas l'air de vouloir agir, il se désisla.
« Bellecombe assure que la garnison anglaise a l'air très consternée de l’afaire du 28 et peu glorieuse de notre retraite, Ce qui restait de Français dans Québec vient d’avoir ordre d’évacuer avec tous ses effets. M. Murray très poli. Il permet aux officiers blessés qui sont à l'hôpital général de nous rejoindre. Il pouvait chicaner là-dessus, M. de Lévis lui ayant refusé les siens pendant le siège. »
Bourlamaque terminait en disant à Bougainville que Bellecombe partait pour l'Angleterre chargé de lettres et que lui-même avait pris soin d'écrire à Chevert pour renseigner le vieux général sur la siluation de ses fidèles élèves.
« J'ai malheureusement oublié dans ce moment que nos frères se connaissaient, et je ne parle point de vous au mien. Je n’y ai songé qu'après le départ de M. de Bellecombe. d'en suis très fâché; mais Bellecombe est une lettre vivante!
« Vous jugez, mon cher Bougainville, quels sont les embarras de
1. Il est probable que Bellecombe est celui qui devint gouverneur de Pondichéry, et dont il est question notamment dans l'ouvrage de M. Barbé sur Madec, ainsi que dans les Mémoires de Barras et de Mautort. On doit nécessairement étudier ensemble l'histoire de nos guerres coloniales si l’on y veut retrouver la trace des mêmes personnages passant d'un hémisphère à l'autre. Malartie devint gouverneur de l'île de France, et Bougainville allait bientôt choisir pour compagnons de voyage des officiers qu'il avait connus au Canada, comme La Giraudais et Thisbé de Belcour.
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M. de Lévis. J'ai fait ce que j'ai pu pour l'aider... Si la paix ne se fait pas, voici le dernier moment... Les troupes s’en vont par terre avec du pain pour toute nourriture!. Tout le monde ost découragé. Personne n’obéit, Si les bataillons eussent resté huit jours de plus, la maraude eût été affreuse. »
C'était le dernier moment, en effet, Et nous n’ajouterons rien sur les opérations générales de l’armée, que la correspondance volumineuse de Bougainville n’éclaire plus d’un jour nouveau. Les lebtres qui vont le rejoindre à son poste ne sont que des détails de service, mélés de plaintes sur le dénûment et la misère constante des milices ou des troupes?. Pour ces dernières, on avait eu le grand tort, croyant encourager la colonisation, de pousser vivement au mariage des soldats de France avec les Canadiennes”, Beaucoup ne rêvaient plus que de se tirer de l'impasse où se débattaient leurs chefs et de disparaitre au bon moment pour défendre leur jeune foyer. Quant aux milices, outre qu'elles ne possédaient point l’héroisme intense que l’on ne saurait exiger de tout un peuple, elles étaient encore plus généralement anxieuses d'en finir à tout prix. Les bons traitements des Anglais, aussi bien que les menaces et les exécutions, leur élaient un égal prétexte pour mettre bas les armes. La crainte des Français n'agissait plus sur elles, Les historiens canadiens déclarent que la population
1. Elles n'avaient point mangé de viande depuis très longtemps.
2. La détresse matérielle de la colonie éclate encore aujourd'hui dans cette correspondance, qui finit par n'être plus écrite que sur une sorte de papier d'emballage, Parmi les lettres les plus intéressantes, celles où Bigot s'épanche en confidences et en récriminations contre la Cour ne sont pas les moins curieuses, « L'arrivée des secours anglais ne m'a point surpris; ce sont des gens qui n'aiment pas à céder le pas à leurs rivaux. Je n'en attends pour moi aucun de la part de la France... La Cour en sait plus que nous, sans doute, Elle aurait cependant épargné bien de l'argent si elle nous eût fait savoir de rester tranquilles, Le Canada est peut-être bien près de sa perte. Cela ne sera pas notre faute, quoique le ministère le répande dans Paris, suivant ce qu'on m'a marqué par le Vau de Gaspé, Je ferai voir le contraire en temps et lieu et d'où proviennent les calamités du pays » (Bigot à Bougainville, 22 mai 1760).
3, D'après l'abbé Casgrain, les commandants auraient mis obstacle autant que possible à ces mariages (1, 169). L'instruction du Mi de Montcalm aux lieutenants-colonels d'infanterie en 1756 (Lettres et pièces militaires, p. 15), sa lettre au miaistre, du 18 avril 1758 (Faucher de St-Maurice, IV, 157), et l'intérêt avec lequel il rend compte à la Mi de Montcalm du nombre de mariages effectués (Casgrain, 1, 213) témoignent que le reproche est absolument faux à l'égard des soldats, Pour les officiers, on veillait simplement, comme aujourd’hui dans l'armée, et surtout actuellement aux colonies, dans la marine, à les empêcher de faire un coup de tête (Albert Babeau, la Vie militaire sous l'Ancien Régime. Paris, Didot, 1990, I, 214-215). Wolfe exerçait la même surveillance dans l'armée anglaise (Bradies, p. 74; Kingsford, IV, 16).
4, Dès le 30 septembre précédent, Bourlamaque écrivait : « Les habitants
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avait assez fait pour la France qui se détachait de la colonie, et que les chefs de l’armée française ne songeaient qu'à leur égoisme ambitieux en prolongeant la lutte‘. A cet audacieux plaidoyer, une seule réponse convient : ce n’est point sur le champ de bataille que de pareils calculs sont admissibles. Et, si l’on peut expliquer la désertion des miliciens par les infirmités de l’humaine nature pliant sous le faix d’une charge écrasante, il ne sied point de lui chercher une justification. À l'égard des officiers français, le reproche tout uniment est monstrueux. Certes, il n’est guère d'officier qui, se battant pour son pays, n'ait le droit de songer à son avancement ou à sa glorification propre. Suivant le mot de Bacon, prétendre supprimer l’ambition chez un militaire, c’est vouloir lui enlever ses éperons. Cela n'empêche que le patriotisme trouve dans l’exercice du métier la part de sacrifice et d’abnégation qui font sa noblesse. L'intérêt personnel el l’intérêt général se lient trop étroitement en chacun de nous pour qu’on les puisse séparer. Mais dire qu'en acceptant, la mort dans l'âme, la reddition du Canada, nos officiers ne songeaient qu’à la perte des récompenses de cour, c’est se placer à un point de vue que pouvaient accepter sans doute les concussionnaires dont la fortune s’élevait sur les ruines de la colonie ?, mais qui ne convenait assurément
{de l'île aux Noix], qui sont tous de Québec, aspireni à retourner joindre leurs familles sous la domination anglaise. Ceux du gouvernement de Mnntréal qui sont dans les côtes commencent à refuser le service et les blés, M. de Rigaud attend avec impatience M. de Vaudreuil pour y mettre l'ordre » (A Bougainville). Mais Vaudreuil était fort embarrassé lui-même et s'en remettait à autrui. « Je vous laisse fort la liberté de vous servir des habitants, lorsque vous en aurez besoin, et de les faire revenir de la fausse prévention où ils sont, qu'ils ne sont plus sous la domination du Roi de France. Cela demande beaucoup de douceur. Il pourrait être dangereux de les trop rebuter » (A Bouguinville, 10 octobre 1759).
1. « Les Canadiens avaient fait pour la France plus qu'ils ne devaient. Mais cela ne faisait pas l'affaire de Bourlamaque et de ses compagnons d'armes qui auraient voulu terminer la guerre avec plus de distinction, afin de pouvoir demander des grâces à la Cour de Versailles » (Casgrain, I, 331).
2. Et encore, malgré l'intérêt que Bigot pouvait avoir au paiement des lettres de change restées en souffrance, nous admettons une part de sincérité dans ses protestations au nom des Canadiens. « Il peut être de la politique du ministère d'insinuer que, si le Canada est à deux doigts de sa perte, c'est la faute de ceux qui l'ont administré. Mais le refus du paiement des lettres d'échange roulerait sur lui et marquerait une impuissance qui ferait un mauvais effet sur l’étranger... Ils |les colons] sont ruinés et ne s’en relèveront pas de longtemps, en supposant même leurs papiers bons.. Ce peuple a d’ailleurs trop bien servi pour essuyer un pareil traitement. Le paiement de ces lettres pourrait être retardé, car celui qui n’a pas d'argent ne peut en donner ; mais, pour être refusé, je n’en crois rien » (A Bougainville, 28 mai 1760). — :l est assez piquant de
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point à la fierté de sentiment dont les officiers de France avaient donné si souvent l'exemple.
D'ailleurs, les Canadiens aussi, — nous leur devons cette justice, — après avoir mis leur humble fortune et leur famille à l'abri, n’acceplèrent pas tous avec indifférence, quoi qu’en pense Voltaire', le régime anglais. Trois ans plus lard, s'ils n'osèrent pas se joindre à la conspiration de Pontiac pour soulever les tribus de l'ouest, ils se renfermèrent dans une expectative hostile et ceux des pays d’En- Haut refusèrent de secourir le fort de Détroit. « Dans ce village, dont une moilié mériterait la corde et dont il faudrait décimer l’autre, » écrit le commandant du fort, « il ne reste que quelques honnêtes gens auxquels j'ai des obligations infinies ?. » Parmi ces quatre ou cinq honnêtes gens figuraient, au premier chef, deux négociants avisés qui s'élaient chargés de ravitailler la garnison. Grâce à leur opportun appui, les Anglais sortirent sains et saufs d’une terrible aventure. Ces négociants s’appelaient les frères Baby *.
Lorsque le cerele de fer se rétrécit autour de Montréal, pendant que Bourlamaque battait en retraite et remontait le fleuve‘, Bougainville
voir Bigot, dénoncé par Bougainville, faire celui-ci juge d'une faillite en bonne partie causée par les malversations du plaignant. Mais l’histoire de ce papier décrié, qui fut la ruine des Canadiens, se poursuit au delà du point où les historiens s'arrêtent d'ordinaire, la convention de Londres du 29 mars 1766. Les Anglais en rachetèrent une certaine quantité à bas prix et voulurent se faire rembourser par la France, qui, après avoir déclaré en principe ne le reconnaître que comme dette d'État, consentit à le régler par préférence pour empécher le ministère anglais d’être renversé par l'opposition (Le duc d'Aiguillon à l'abbé Terray, 10 août et 28 novembre 1771; pièces communiquées par M. Charavay). Noter que les Anglais, pour leur part, en prenaient fort à leur aise avec leur papier-finance, surtout dans les choses de la marine, et ne se pressaient jamais de le solder (Edinburgh Rev., janvier 1895, p. 77).
1. Siècle de Louis XV, ch. xxxv. Voltaire compare l'attitude passive des Canadiens anglicisés à celle des Louisianais cédés à l’Espague. Nous trouvons, dans les papiers de Bougainville, un mémoire du Cte d'Estaing sur cetle opposition des gens de la Louisiane où l’on réclame pour eux une sorte d'autonomie républicaine, sous la garantie des deux puissances (Versailles, 10 mars 1769).
2. Gladwyn à Amherst, 8 juillet 1763 (Parkman, Conspiracy of Pontiac, I, 248).
3. Les sieurs Baby étaient les ancêtres de l'abbé Casgrain (Casgrain, I, 162- 163, 528).
4. Bourlamaque, obligé de courir après les miliciens qui désertent tous, — ainsi que ses soldats mariés, du reste, — écrit à Lévis, le 19 août 1760 : « Agréable besogne! On mandera sans doute à la Cour que j'avais ? à 3,000 Canadiens qui ont fait merveille, » Aussitôt, l'abbé Casgrain prend la plume et ajoute à ce passage une note inutile, comme presque toutes les rares notes de sa publication officielle : « Bourlamaque, sous le coup de la défaite et d’une déroute générale, se montrait sévère jusqu’à l'injustice envers les Canadiens...
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Le dat
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éssaya vainement de retarder l'ennemi qui vint l’assiéger dans l'ile aux Noix. Située à huit lieues au sud de Montréal sur la rivière Chambly ou Richelieu, à deux lieues au nord du lac Champlain, longue d'environ 2,000 mètres et large de 3 à 400, l'ile, malgré les estacades qui la rattachaient aux berges voisines et les nombreux préparatifs organisés de longue main, ne devait offrir à la troisième armée anglaise qu'un obstacle de courte importance. Le corps du brigadier Haviland avait commencé d’apparaitre le 9 août!, et bientôt Bougainville fut harcelé par cinq batteries de caron, plus une de mortiers, qui rendirent les tranchées intenables, Si la terre sablonneuse n'avait élouffé la chute et l'éclat des projectiles, la défense eût été presque aussitôt paralysée. Seize jours durant, les assiéges soutinrent le bombardement de cette « bicoque, dominée de toutes parts, qui n'avait qu'une chemise, dix ou douze mauvais canons, » et où l’on était « réduit à moins de 3,000 hommes? » devant des forces très supérieures. D'ailleurs, on manquait de vivres. La pêche avait cessé d’être la grande ressource de la garnison et les sept ou huit bœufs tenus en réserve avaient été frappés par le feu de l'ennemi. Il ne restait que deux jours de rations, lorsque, le 27 août, à dix heures du matin, un lieutenant de Royal-Roussillon, M. de Noguer ou de Noguères, pénétra dans la place. Il arrivait de Montréal à travers bois, sous la conduite de sauvages auxquels la pluie de fer qui tombait sur les Français causa sur-le-champ une impression de malaise visible : décidément, la guerre à l’européenne n’était point leur fait, Le messager apportait une lettre de Vaudreuil, conseillant à Bougainville d’évacuer l'ile sans attendre le dernier moment et le prévenant que le commandant du fort Saint-Jean, M. de Roquemaure, avait ordre de se replier sur la rivière de Montréal, entre Saint-Jean même et la Prairie, pour faciliter la retraite des troupes de l’ile aux
Bourlamaqne, de retour en France et écrivant de sang-froid, disait des Canadiens : « Les milices du Canada sont très bonnes..., etc. » Personne ne conteste que les Canadiens fussent excellents pour la petite guerre, en leur temps et lieu. Cela prouve-t-il que, le 19 août 1760, ils étaient à leur poste autour de Bourlamaque ?