‹ La jeunesse de Bougainville et la Guerre de sept ans [microforme]Chapitre 107 sur 113 · Conseil de guerre tenu à l'ile aux Noix, 27 août · texte numérisé non relu

Conseil de guerre tenu à l'ile aux Noix, 27 août

4. Nous suivons, pour tout ce récit, le fragment des mémoires du Ch°' Johnstone, que M. Faucher de St-Maurice reproduit assez singulièrement, en anglais, dans sa Collection de Mss., sans aucune indication de provenance ni de mom d'auteur. Cependant, ils n'ont, ce semble, plus rien d'inédit. Outre les fragments français sur le Canada publiés par la Soc. hist. de Québec, un avocat d'Aberdeen, M. Charles Winchester, a donné en 1870, d'après le Dictionary of National Biography, une traduction complète :'e &ss intéressants mémoires, y compris ce qui touche à l'insurrection des Highlands de 1745; mais nous l'avons jusqu'ici fait chercher vainement en Angleterre,

missive écrile et une dépêche verbale, la seule qui tienne est celle qui couvre la responsabilité !. Toutefois, comme en définitive son sentiment propre conspirait avec l’uprion de Lévis, il écrivit pour réclainer des instructions plus explicites ou plus uniformes. Mais, dès la soirée de ce même jour, il apparut manifestement qu'un entêtement généreux n'était plus de rise. Aussitôt Bozgainville se résolut à l'évacuation avec une décision, une promptitude et une justesse de mesures dont Jobnstone multiplie l'éloge. Bateaux, canots ou pirogues, toutes les embarcations furent réunies sous une étroite surveillance pour empêcher quelque déserteur d'aller prévenir l’Anglais, comme à la veille d'Abraham. A dix heures du soir, la garnison était en ligne dans le plus complet silence, avec toutes les précautions pour que le cliquetis des armes ne irahit point la mise en route. Un officier de la colonie, le CGap° Le Borgne?, sans doute celui-là même que Bougainville avait désigné jadis comme l’un des quatre justes de la Sodome canadienne, dut rester avec une quarantaine d’invalides pour masquer le départ en continuant le feu jusqu’à l’heure dernière de battre la chamade. Da dix heures à minuit, le passage du Richelieu se fit avec tant de prudence que l'ennemi n’en soupçonna rien, quoique l’on entendit la voix de ses factionnaires. Puis, à la file indienne, la petite armée se dirigea vers Montréal, sous le couvert des bois, à travers des marécages où l’on enfonçait parfois jusqu’à la poitrine. Mais, après toute une nuit et une matinée de fatigue, désagréable fut la surprise lorsque, à midi, l’on s’aperçut que l'ignorance des guides avait égaré l'armée et que, tournant et retournant en cercle, la troupe n'était encore qu’à une demi-lieue de l'ile aux Noix. Si proches même étaient les avant-posles anglais qu'un soldat put leur dérober un cheval pour son commandant incapable de suivre la route à pied. Bougainville prit alors le parti de descendre les bords du Richelieu jusqu'au fort St-Jean, où il arriva vers quatre heures du soir. Le brave Le Borgne, fidèle à sa mission, croyant la troupe déjà près de Montréal, avait hissé le drapeau blanc à une heure de l’après-midi et obtenu de l’assiégeant, qui se flattait de tenir la garnison captive, tous les honneurs d'usage. De St-Jean,

1. Johnstone raconte à tort qu’il y eut deux lettres, une de Vaudreuil, l’autre de Lévis. Le procès-verbal du conseil de guerre ne laisse aucun doute à cet égard.

2. Johnsione, Ibid. — Le Borgne ne figure point parmi les membres du con= seil de guerre : « MM, de Trivio et de Launay, lieutenants-colonels aux régiments de Berry et de Guyennc; :e Manneville et de Cadillac, capitaines de grenadiers auxdits bataillons; de Kaymond, commandant quatre piquets de la marine; de Valette, commandant trois piquets de troupes de terre; de Lotbinière, ingénieur; d'Espinassy, commandant à l'artillerie, »

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qu’il incendia et dont il rallia la garnison', Bougainville se rabattit sur Montréal, terminant sans autre encombre une retraite « qui avait plus de danger que de soutenir un assaut?. »

Enfin, le deraier jour se leva. Le 7 septembre, dans la matinée”, il se rendait, accompagné du Cap° de Las, — du régiment de la Reine, — de quatre cavaliers et d’un tambour, aux avant-postes anglais, sous les murs de la ville, porter au général Sir Jeffrey Amherst l'offre de reddition de la colonie. Il dut subir l’amertume des pourparlers cruels qui suivirent, où le général Amherst se montra impitoyable dans les conditions qu'il faisait aux troupes. Le jeune colonel s'associa à la protestation de Lévis (8 septembre) qui préférail un dernier combat, malgré l'inégalité des chances, à la perspective d’une longue inaction pendant toute la durée finale de la guerre. Il fallut céder; et, les signatures une fois échangées, ce 8 septembre, Bougainville fut envoyé par Lévis à Québec présider à l’'embarquement des restes de l’armée. Il partit des derniers pour rentrer en France avec son ami Bourlamaque.

Il descendit à Paris, au faubourg S'-Honoré, chez M"° Hérault, qui venait d'abandonner son hôtel de la rue de Varennes, et devint sans doute la grande consolation de cette pauvre mère, à laquelle il devait prodiguer des condoléances dont on retrouve l'écho dans sa lettre de fin d'année à une autre affligée, la Mis° de S'-Véran, mère de Montcalm.

« Le seul soulagement à la douleur que m'a causée sa perte, » écrit-il

1. Johnstone, Ibid, — En ce cas, Roquemaure n'avait pas eu le temps d’exécuter le mouvement qui lui était prescrit.

2. Bernier (Dussieux, p. 328). — En janvier ou février 1892, un journal canadien, {a Colonisation, annonçait que l'on venait de retirer du Richelieu, en face de St-Jean, un vieux canon jeté sans doute dans la rivière par Bougainville, « On y voit encore parfaitement dessinées une fleur de lys avec les lettres S. C... 11 mesure 7 pieds et 6 pouces et pèse environ 2,760 livres. » On parlait alors d'installer cette épave avec honneur dans l’un des squares de la ville qui remplace l’ancien fort. Ajoutons que, le 24 juin dernier, 1895, fête nationale de la Saint-Jean-Baptiste, on à inauguré à Québec la statue du Mal de Lévis.

3. L'abbé Casgrain écrit, par erreur, le 8 (II, 403). Johnstone, Malartic se trompent également d’un jour, fait d'autant plus bizarre de la part de ce dernier que son journal, suffisaminent détaillé, devrait, ce semble, être exact sur un incident de cette importance. Le conseil de guerre, où se décida la reddition, eut lieu le 6, à huit heures du soir. IL était composé de Vaudreuil, Bigot, Lévis, Bourlamaque, Roquemaure, Rigaud, Bougainville, Pontleroy et Montbeillard. Nous avons deux copies du procès-verbal, lux? signée de Vaudreuil et l'autre de Lévis. « M. le M de Vaudreuil, » porte le dernier paragraphe, « assuré du consentement unanime de ces messieurs, a dit qu'il députait M. de Bougainville pour porter les premières propositions au général ennemi... » Le laisser-passer annexe est, en effet, daté du lendemain 7 septembre. Mante reproduit assez exactement l'échange de correspondance, p. 310 et suiv.

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