juillet. Népôt de la guerre, vol. 3611, fol
2. Soubise à Choiseul, Grumbach, 6 août (vol. 3612, fol. 41). Soit dit en passant, il serait fort à souhaiter que l'on utilise bientôt les archives de la guerre de Sept ans pour nous donner la vraie physionomie de l'époque. Nous sommes persuadé que le malheureux prince de Soubise y paraîtra tel que l'ont jugé Voltaire et Guizot, un honnête homme, intelligent, modeste, consciencieux, qui n’a eu d'autre tort que de n'être point à la hauteur d’une situation exceptionnelle.
3. « J'ai fait partir hier M. de Bougainville, et j'ai fait le détail de notre position à mon frère. » Stainville à Soubise, Hirschfeld, 10 août (ibid., fol. 92).
4. Bougainville se trompe légèrement quand il dit, dans la note que nous reproduisons : « Je restai à l'armée avec le OC“ de Stainville jusqu'à la fin d'août. » Nous ignorons comment et pourquoi il obtint, en récompense et souvenir de ses services, deux pièces de canon, qu'il installa plus tard dans sa terre de la Brosse, au village de Fourches, entre Brie et Melun. Le fait, raconté par Delambre, est confirmé par une double réquisition de la garde nationale en 1789 : « Nous, soussignés, syndics, commandants, officiers municipaux de la ville de Villeneuve-S'-Georges, reconnaissons qu’à notre réquisition Monsieur de Bougainville nous a remis et confié un canons de régiment, du calibre de fonte,
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« On m'avait fait, pendant mon absence, une tracasserie atroce dans l'intérieur du duc de Choiseul. Le prétexte en était une liaison trop intime dont on m'avait acctusé avec une personne considérable. La duchesse de G*** [Gramont] me reçut fort mal, et ma disgrâce auprès d'elle a continué depuis. Je pris mon parti de n’aller plus chez le ministre que comme tout le monde, sans liaison particulière. Il voulut bien solliciter auprès du duc de Bedfort, [qui représentait l'Angleterre à Paris pendant les négociations du traité de paix}, ma liberté entière, sans restriction. Il l'avait obtenue, et j'avais déjà l'ordre d’aller à Dunkerque prendre le commandement d’un corps de 2,000 hommes, destiné à se joindre à celui qui allait faire voile de Brest, sous le commandement du Cte d’'Estaing, lorsque la paix fut signée à Fontainebleau et à Londres.
« On me fit l'honneur de me proposer le gouvernement de Cayenne, dont je renerciai, ayant alors un projet qu’il m'a été permis d’exécuter.
« L’Angleterre, maîtresse du Canada par le traité de paix, de la mer par une marine incomparablement plus forte que celles réunies de toutes les puissances de l'Europe, me parut n’avoir plus à désirer que les établissements de la mer du Sud,
« S'emparant avec eux des sources de l’argent, elle effectuait ce projet de monarchie universelle faussernent imputé à Louis XIV. Anson avait conseillé à sa nation de s'établir aux iles Malouines, que leur position rend la clé de la mer du Sud, Qu’avaient à faire autre chose ies Anglais, dans l'intervalle d’une paix telle quelle, que de s'emparer d’un entrepôt qui les mit dans le cas, au premier mouvement de guerre, d’être les arbitres de l’Europe? J’ai cru que la France devait les prévenir; et j'ai obtenu la liberté de faire, à mes dépens et à ceux de MM. de Nerville et d’Arboulin!, l’un mon cousin germain et l’autre
montés sur son affüt, pour la sûreté de notre ville et des environs et la mettre à l'abri des insultes des partis qui battent la campagne, lesquels canons nous lui remettrons fidèlement.
« Fait à Ville-Neuve-S'-Georges, en assemblée du Conseil de sûreté. Ce 29 juillet 1789.
« Signé : Picard, syndic municipal; Mahot, Léger, Lavallée, Thomas de Dancourt, électeur extra-muros, major de la milice bourgeoise, etc. » Les mots que nous avons soulignés sont ajoutés ou corrigés après coup d’une autre écriture. On voit que la réquisition a dû être préparée d'avance pour les deux pièces ; mais l’autre fut le même jour confiée, sur réquisition pareille dans les termes, au sieur Brécourt, avocat au Parlement et procureur du roi dans la capitainerie royale de Sénart : « Fait à Fourche, le 29 juillet. » Du reste, les deux canons donnés à Bougainville n'étaient pas une exception. La Bonne d'Oberkirch dit que Louis XV avait fait à son oncle, le C'° de Walüner, caileau de quatre canons, que celui-ci avait pris sur les Prussiens et qu'il plaça dans sa terre d'Alsace (Mémoires, I, 49, éd. de 1883; cfr. A. Babeau, Vie militaire, II, 154-155).
1. Jean-Pierre de Bougainville venait de mourir à Loches, chez sa sœur, M®° de Baraudin, le 22 juin précédent, 1763. Il avait constitué, sur sa mince légitime, une rente viagère de 1,500 livres à sa vieille tante, M''° de Bougainville, qui s'était chargée d’élever les enfants de Pierre-Yves après la mort de
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assurât à la France la possession, Ainsi donnait-on autrefois aux zélés la permission de vendre leur bien pour le voyage de la Terre-Sainte, »
Le 22 septembre 4763, Bougainville partait de St-Malo avec les frégates l’Aigle et le Sphynæ pour sa première expédition, d’où devait sortir plus tard l’idée de son tour du monde. Nous l’abandonnerons à l'entrée de sa nouvelle carrière. Les années d’apprentissage sont closes; les années de voyage vont commencer. Peut-être essaieronsnous d'étudier un jour leurs aventures maritimes et diplomatiques.
En relisant les pages qui précèdent, et qui sont, plus que nous ne l’aurions souhaité, un travail de critique et de polémique, nous ne pouvons nous garder d’une impic:sion de tristesse. L'histoire est une œuvre de science, de conscience et d'intelligence. Elle s’édifie lentement, à grand’peine, et il suffit d'un esprit brouillon pour détruire en quelques pages légères un échafaudage d’érudition, dressé scrupuleusement à force de patience. Assurément, l’auteur canadien dont l'ouvrage nous a forcé de prendre la plume ne méritait guère l’attentio: que nous avons dû lui prêter. IL ne lit point les textes qu'il a sous ies yeux ; quand il les lit, il ne les comprend point; quand il les comprend, il les fausse aussitôt qu'il y voit la moindre utilité. « On sent bien, » disait Voltaire en pareille rencontre, « que des impostures si extravagantes ne méritent point d’être réfutées. Mais, puisqu'il s’est trouvé un homme assez dépourvu de connaissance et de bon sens pour écrire de si singulières absurdités, dont son histoire est toute remplie, il peut se trouver un jour des lecteurs capables de les croire. IL est juste qu’on prévienne leur crédulité. »
Si, pourtant, les textes dont il se sert avaient tous été mis par l’impression à la portée du public, nous aurions laissé probablement à la sagacité des historiens futurs le soin de faire justice de sa mau-
leur mère, en 1734. « Je suis persuadé que mon frère et ma sœur me sauront gré de cette disposition, Ils sentent comme moi les obligations que nous avons à ma tante, que je prie d'agréer cette marque de ma reconnaissance et de mon attachement. » Puis il avait partagé le reste de sa fortune entre son frère el sa sœur. Mais dans cette fortune rentraient des biens encore indivis avec la famille d'Arboulin, du chef de leur aïeule maternelle.
Il est probable que M"° Hérault mourut aussi vers cette époque ; car, en 1765, Bougainville, qui, jusque-là, descendait toujours chez elle, donne son adresse « chez M. d'Arboulin, rue Poissonnière, » à propos de lettres de change payables chez son notaire, M° Dupré (4 MM. Tourlon et Baur, banquiers, 18 août 1765; communiqué par M. Charavaÿ).
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vaise foi. Mais le silence n’était point possible. Montealm et Bougainville avaient protesté d'avance contre les interprétations perfides dont ils sentaient que leur mémoire, avec la fausseté de certains Canadiens, finirait par être Pobjet. N’en croyez pas les Canadiens, éerieit Bougainville à son frère, comme s'il prévoyait son contradicteur : « Croyez toujours de préférence nos journaux. Les Canadiens se vantent et mentent. Nous autres ne savons dire que la vérité?, » Le malheur est que, pour établir cette vérité, il a fallu réunir autour de la déposition de Bougainville les dires concordants de plusieurs témoins dont l'entente fortuite présente les habitants du Canada sous un jour plus défavorable qu'il ne convient. Nous n’avious pas à réerire l'histoire de la guerre en pesant toutes les responsabilités, mais à montrer comment un officier venu de France, l'esprit sain, le cœur généreux, devait naturellement envisager le monde étrange où le jetaient les hasards de sa fortune militaire, C'est là ce que nous avons essaye; car, pour rendre justice aux personnages d'autrefois, il est indispensable de se replacer dans les conditions où ils ont vécu, de réveiller les mobiles qui les animaient. L’historien ne saurait être un juge s'il n'est d’abord un évocateur. Cependant, l'impression qui se dégageait alors de ce milieu bizarre et qui se juslifiait aux yeux de nos ancêtres par tant de faits répréhensibles perdrait maintenant quelque peu de sa justesse si nous prétendions nous y tenir. Aussi, pour en prévenir le retour, devons-nous ajouter ici quelques mots de réflexion générale.
La réalité, que nous pouvons aujourd’hui mieux comprendre, après tant d'expériences coloniales essuyées par la France et les autres puis-
1. Nous ignorons, d’ailleurs, si les papiers de Bougainville pourront être bientôt imprimés. Malgré l'obligeance du gouvernement canadien, nous n'avons pu savoir si ces papiers devaient être compris, en tout ou en partie, soit dans l'édition complète des documents tirés de nos archives, que publie ofliciellement l'abbé Casgrain, puisque le Journal de Bougainville existe ou doit exister aux archives de notre ministère des Colonies, soit dans sa collection Lévis, qui renferme déjà la correspondance de Bourlamaque, provenant d'une source étrangère. Comme il nous est impossible de rien publier nous-même sans être fixé sur ce point, nous devons attendre sans doute que l'éditeur canadien ait terminé son travail pour apprendre ses intentions. Le lecteur aura pu constater que, durant les deux mois d'août et septembre 1759, la correspondance de Mont- Calm et Vaudreuil avec Bougainville offre des renseignements d'un intérêt exceptionnel si l'on veut connaître l'état d'esprit des chefs de l’armée française à la veille de la prise de Québec.
2.3 juillet 1757. « La fausseté canadienne n'est pas encore prête à me séduire » (Montcalm à Bourlamaque, 29 juin 1757). — « Le Canadien est indépendant, méchant, menteur, glorieux. » (Montreuil au ministre, 12 juin 1756. Dussieux, p. 210).
sances de l’Europe à l'envi, — jusqu'aux moins capables de se risquer en de si suûteuses entreprises, —- la réalité est qu’Anglo-An\éricains et Canadiens ne différaient guère, par leurs qualités et leurs défauts, des colons placés dans des conditions analogues !. Sans doute, la race jouait son rôle dans leur tempérament, donnant plus de légèreté captivante aux Français du Canada, plus d'égoisme robuste à l'habitant de la N'le-Angleterre, Mais, obligés de défendre chèrement leur vie contre des obstacles de tout genre et noyés dans un flot de populations inférieures dont le laisser-aller faisait appel aux pires instincts de notre nature, ils devaient acquérir fâtalement une rudesse de mœurs qui ne pouvait qu’effaroucher les nouveaux venus des centres plus éclairés de l'Europe?, On sait le charme de la vie sauvege, el les exemples abondent de civilisés qui, après y être revenus de gré ou de force, n’ont plus eu le courage d'y renoncer“. Le mélange facile des Canadiens blancs et des sauvages devait amener un certain abaissement moral. Comme Plutarque le raconte des Grecs et des Romains,
1. La corruption financière régnait aussi chez les Anglais. Shirley, comme Vaudreuil, était entouré de fripons (Kingsford, IV, 25); et Wolfe pestait contre les munitionnaires avec autant de virulence que Montcalm ou Bougainville.
2. Bigot se plaignait notamnient d'un grand fond de paresse chez les Canadiens. La bourgeoisie refusait d'étudier ; et, dans le peuple, le mal n’était pas moins sensible, « Quelque encouragement qu'on pût donner aux habitants du Canada, pour les encourager à élever des bœufs illinois, ils ne l'entreprendraient pas d'abord qu’il s'agirait de quelque soin ; ils laissent agir la nature sur tout, et ce qui vient est bien venu. Ils ne cerclent même pas leur blé, quoiqu'ils voient tous les ans en le coupant qu'il y a plus d'herbe que de paille, ce qui ne peut que leur avoir fait beaucoup de tort pour la quantité et pour la grosseur » (Bigot au ministre, 30 sept. 1749; arch. des Colonies, fol. 252). On ne savait pas non plus préparer le chanvre ni le faire rouir : il fallait envoyer deux ou trois cultivateurs de France pour montrer comment s'y prendre (id., ibid., 25 sept. 1749, fol. 234 et suiv.). Puis, l'administration demandait un âne et deux ou trois ânesses, parce que, disait Bigot : « Nous voyons tous les jours les habitants employer un cheval avec leur charrette pour y [à la ville] porter douze œufs » (id., ibid., 21 oct. 1749, fol. 206). On faisait venir de France jusqu'aux ramoneurs (id., ibid., 30 juin 1753, fol. 49); et le gouvernement devait importer et entretenir dans les grands centres, comme Louisbourg ou Québec, une sage-femme qui, du reste, y vivait misérablement avec son traitement de 400 livres (id., ibid., 28 sept. 1749, fol. 245). — Même aujourd'hui, la Canadienne « est rarement bonne ménagère, » quoique pouvant, grâce à des facilités de vie exceptionnelles, se consacrer toute à son intérieur; et la grande mortalité parmi les enfants qu’elle met au monde sans compter, avec une virginale et candide insouciance, finit par réduire sa famille « à des proportions presque ordinaires » (Jean Keller, « l'Ouvrier canadien. » Réforme sociale, 16 août 1894, p. 366, 369).
3. Lesage a indiqué ce sentiment dans son roman de Beauchéne, qui s'ouvre précisément au Canada, sous le C'° de Frontenac.
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les peuples échangent plus facilement leurs vices que leurs vertus !, Assurément, les Canadiens étaient d'excellentes gens à leur manière, qui ressemblaient assez bien à nos populations bretonnes, également croyantes et prolifiques, mais qui, malgré tout, gardent un arrièrefond de brutalité naïve et de goût ingénu, sinon pour le vol, du moins pour le maraudage et la pillerie. Le contact des sauvages ne pouvait qu'accentuer ces dispositions qui remontaient par contagion dans les sphères supérieures, d’où elles réagissaient par le mauvais exemple pour augmenter encore le mal dans l'esprit de la population. C'est là, malheureusement, un fait de tous les jours; et le phénomène s'observe encore dans toutes nos colonies, dont l’histoire officielle, ou autre, n’est qu’une longue série de cruautés outrageantes et de friponneries grandioses, de scandales administratifs et domestiques ?. « Quand on lâche, avec des armes perfectionnées, au milieu de peuplades sauvages, des gens qui n’ont pas grand'chose dans la cervelle, » dit en substance la Revue d'Édimbourg, « il en résulte une civilisation telle que mieux vaudrait laisser les natifs s’entre-dévorer à leur guise *. » Le pillage, le gaspillage, l’incohérence, les rivalités sottes, les emportements de l'arbitraire jusqu’à l'odieux semblent autant de vices inhérents à la constitution coloniale‘. Au Canada, vers cette époque, l'habitude de la guerre devait d'autant bronzer l’épiderme, enfiévrer les passions et faire considérer la destruction de l'ennemi, par tous les moyens, comme une œuvre légitime à iaquelle les chefs, eux-mêmes endurcis, prêlaient une certaine complaisance. Cest ainsi
1. Cf. D' Corre, l'Ethnographie criminelle. Paris, Reinwald, 1894 (Bibl. des sciences contemporaines), p. 11-17.
2. Nous avons encore des travaux publics qui absorbent de 30 à 90 °/, en faux-frais, comme nos routes d'Algérie (Ch. Benoist, l’Enquéle algérienne. Paris, Lecène et Oudin, 1891, p. 169). Nous avons des gaspillages dont on finit par se désintéresser, en les passant à profits et pertes sous le titre de « cor lages classiques, » comme nos chemins de fer du Sénégal et du Tonkin (Débats roses, 8 mars 1894; Chambre des députés, 1°" mars 1895).